Vaccination: l'Europe est à la traîne

Un soignant prépare une seringue durant la campagne de vaccination en Espagne. - AFP
Un soignant prépare une seringue durant la campagne de vaccination en Espagne. - AFP
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Par rapport à d'autres pays, la Belgique et ses voisins accusent un retard important dans la course à la vaccination, obligeant certains à revoir leur stratégie.

La campagne de vaccination fait grincer des dents en Europe. Alors que près de 15 millions de doses ont été administrées dans le monde, à la date du 5 janvier, le Vieux Continent avance à une vitesse d'escargot. Une comparaison s'impose.

Changement de stratégie en Belgique

En Belgique, seules 700 personnes ont été vaccinées durant la première semaine de test dans les maisons de repos. Selon De Standaard, ils seront 19.100 de plus d'ici la fin de cette semaine, avec une différence importante entre les régions: 6.700 résidents flamands contre 12.000 wallons (et 400 à Bruxelles). Cela reste toutefois loin des 87.000 doses du vaccin Pfizer/BioNTech fournies chaque semaine.

Face aux critiques, surtout en Flandre, les autorités ont décidé de changer de stratégie. Les soignants ne seront pas prioritaires, comme ils avaient demandé dans une lettre au ministre de la Santé, mais la vaccination va s'accélérer. 100.000 doses seront livrées chaque semaine en février, soit 13.000 de plus qu'actuellement. Le vaccin nécessitant deux injections, avec un intervalle de 21 jours, Frank Vandenbroucke a suggéré mardi que, plutôt que de conserver la deuxième seringue au frais en attendant le délai, elle soit utilisée « pour vacciner davantage de personnes plus rapidement ». La conférence interministérielle Santé se penchera sur cette proposition ce mercredi.

Un résident de maison de repos vacciné en Belgique

Polémique en France

En bas du classement, la France se demande également « comment piquer plus vite ». À ce jour, seulement 5.000 Français ont reçu la première dose du vaccin, alors que le pays en reçoit pour l'instant 500.000 par semaine. Accablé de critiques, le gouvernement a promis mardi d'« amplifier, accélérer et simplifier » sa stratégie vaccinale contre le Covid-19.

La première phase, qui concerne les maisons de repos, a déjà été élargie à tous les professionnels de santé d'au moins 50 ans ou présentant des facteurs de risque. Avant la fin du mois de janvier, les personnes âgées de 75 ans et plus qui ne sont pas en établissement pourront également demander à être vaccinées. Mais les méthodes pour accélérer la cadence et vacciner tout ce beau monde restent encore floues. « Le rythme de croisière de la vaccination en France va rejoindre celui de nos voisins dans les prochains jours », a assuré le ministre de la Santé Olivier Véran. « D’ici jeudi on va augmenter encore de façon très importante, on va être sur une courbe exponentielle. »

Les bons élèves en Europe et dans le monde

Pour l'instant, les chiffres français (et belges) restent toutefois très inférieurs à d'autres pays européens comme le Danemark (51.500), l'Espagne (139.000), l'Italie (182.000) et l'Allemagne (317.000). Les Pays-Bas ne font pas encore partie de ce classement, car ils commencent seulement ce mercredi à vacciner.

Mais même dans les pays « bons » élèves, cités parfois comme exemples, la campagne de vaccination est jugée trop lente. En cause, un coup d'œil, avec une pointe de jalousie, vers le Royaume-Uni, beaucoup plus rapide. Outre-Manche, le premier pays occidental à avoir lancé sa vaccination début décembre a déjà vacciné plus d'1,3 million de personnes. Boris Johnson a promis d'en vacciner quelque 14 millions d'ici février. Un objectif ambitieux, mais motivé par une situation sanitaire terrible et des hôpitaux au bord de la rupture en raison du variant du SARS-CoV-2, plus contagieux. Pour le contenir, le gouvernement britannique a d'ailleurs annoncé lundi soir un reconfinement total.

Malgré une rapidité enviée, le Royaume-Uni n'arrive qu'à la quatrième place du classement. Rapporté à la taille de la population, c'est l'Israël qui mène la course, et de très loin, avec près de 16 doses administrées pour 100 habitants, devant l’État du Bahreïn (3,75) et les Etats-Unis (1,46).

La stratégie européenne en cause

Mais pourquoi sont-ils si rapides et les pays européens si lents? La réponse est dans la question. En juin dernier, les Vingt-sept se sont mis d’accord sur une action commune. Il revenait donc à la Commission européenne, au nom des Etats membres, de passer des contrats avec les différents producteurs de vaccins contre le Covid-19. Six ont déjà été conclus avec six groupes pharmaceutiques différents pour un total de près de 2 milliards de doses. A priori, c'est largement suffisant pour vacciner les 450 millions de citoyens européens.

Encore faut-il que ces vaccins soient approuvés par l'Agence européenne des médicaments. Pour le moment, un seul d'entre eux a reçu ce feu vert, celui de Pfizer/BioNTech. On devrait bientôt pouvoir compter sur celui de Moderna, approuvé ce mercredi près de trois semaines après son autorisation aux Etats-Unis. Mais celui-ci représente la plus petite commande pour notre pays. Seulement deux millions de doses. Quant au vaccin d'AstraZeneca/Oxford, dont sept millions de doses sont prévues pour la Belgique et 400 millions dans toute l'Europe, il sera sur la table de l'EMA fin janvier. Alors que le Royaume-Uni a déjà commencé à l'injecter, les Vingt-sept pourraient attendre jusqu'à un mois avant qu'ils n'obtiennent le fameux sésame. Une procédure qui met la patience et l'unité européenne à rude épreuve.

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