Zones 30 : vers moins de pollution à Bruxelles ?

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Le 30 km/h devient la norme en Région bruxelloise. Objectif principal : renforcer la sécurité et diminuer le nombre de morts sur la route. Et au passage, améliorer la qualité de l’air ? Sur le plan environnemental, l’impact de la mesure pourrait être moins perceptible à court terme.

À partir de ce 1er janvier, Bruxelles passe au 30 km/h. Quelques grandes artères, comme la Petite Ceinture ou l’avenue Louise, feront figure d’exception avec un 50, voire un 70 km/h. Mais le principe a changé : c’est la zone 30 qui sera désormais la norme et les autres vitesses, les exceptions. Celles-ci seront dorénavant renseignées comme telles par des panneaux ad hoc. C’est une évolution, donc. Une révolution, pas vraiment, puisqu’environ 60% de l’ensemble du réseau routier de la capitale était déjà en zone 30. Cette proportion grimpera à 85% à partir de ce vendredi. Bruxelles rejoint ainsi d’autres villes européennes passées, totalement ou presque, au 30 km/h, comme Berlin ou Madrid. Côté wallon aussi, l’idée fait du chemin ; Liège et Charleroi réfléchissent à prendre le train en marche.

L’objectif affiché par le gouvernement Vervoort est de rendre la ville plus sûre et plus agréable à vivre. Généralisées, les zones 30 devraient permettre de diminuer le nombre d’accidents graves sur les routes bruxelloises, où ont été dénombrés 20 tués et 177 blessés graves en 2019. Selon Vias, le 30 km/h est moins dangereux pour les usagers les plus vulnérables (piétons, cyclistes) ; un piéton heurté par un véhicule roulant à cette vitesse aura presque trois fois plus de chance de survie que si le véhicule roule à 50. En plus de ses promesses en matière de sécurité routière, la mesure annonce-t-elle également des gains en qualité de l’air ? Intuitivement, on pourrait en effet se dire qu’à vitesse réduite, les émissions de polluants devraient diminuer. 

Impact discuté

En réalité, ça serait plutôt l’inverse, du moins sur le papier. En termes d’émissions de polluants, « l’optimum pour les moteurs thermiques (essence, diesel) se situe autour de 70 km/h ( …). En théorie, le passage de 50 à 30 km/h entraînerait donc une hausse des émissions », note Bruxelles Mobilité. À vitesse constante, un moteur thermique consomme en effet davantage à 30 qu’à 50. Sauf que cet optimum est justement calculé à partir de vitesses constantes, qui ne tiennent pas compte de la réalité du trafic. Comme le précise Bruxelles Mobilité, « en ville, la vitesse moyenne pratiquée tourne davantage autour des 25 km/h, avec de nombreuses accélérations et décélérations ». « Il n’y a pas de réponse simple et l’argument de la qualité de l’air n’est ni positif ni négatif, avançait dans Le Soir Francesco Contino, professeur à l’UCLouvain. Beaucoup dépend du comportement du conducteur. La diminution des freinages/ accélérations est certainement positive ».

Fini d’ouvrir les gaz à la sortie d’une rue à 30 km/h ; la généralisation des zones 30 pourrait ainsi fluidifier le trafic et par là même, réduire la pollution de l’air. « Si nous devions constater une augmentation drastique de la pollution en raison de la zone 30, nous agirions en conséquence. Mais a priori, aucune étude sérieuse ne donne à penser que ce sera significativement le cas » expliquait cet été Alain Maron, ministre de l’Environnement (Ecolo), en commission du Parlement bruxellois.

Pour ses défenseurs, la mesure contribuera à favoriser l’usage de modes de transports « doux », comme le vélo et la marche, et de ce fait, à diminuer les émissions de polluants. Le 30 à l’heure devrait par ailleurs avoir un impact positif sur les nuisances sonores. À cette vitesse, le bruit du trafic diminue de 2,4 à 4,5 décibels. « Acoustiquement, cela équivaut à réduire de moitié la circulation », avance Bruxelles Mobilité.

Aménager

Reste que ces gains potentiels dépendront avant tout de la manière dont seront ou non respectées les limitations. Dans un premier temps, seuls les panneaux de signalisation seront là pour rappeler à l’automobiliste la nouvelle règle. Or, c’est avant tout le tracé des voiries et les aménagements dans l’infrastructure routière qui influent sur les conduites. Et coussins berlinois, ralentisseurs, plantation d’arbres ou réduction de la largeur des routes sont autant de dispositifs complémentaires qui arriveront au compte-gouttes et au cas par cas.

Sans ces aménagements, Vias estimait que 90% des conducteurs ne respecteront pas les 30 km/h. « Si c'est pour mettre deux panneaux annonçant un début et une fin de zone 30, et basta, ça ne sert à rien », prévenait Benoît Godart (propos rapportés par l’AFP), porte-parole de l’ex Institut belge pour la sécurité routière. À court terme, l’impact de la mesure pourrait dès lors surtout dépendre des contrôles de police. Si l’idée n’est pas « de flasher tout le monde », Bruxelles Mobilité a quand même prévenu : les contrôles seront renforcés. Aux 90 radars fixes que comptent la Région, 60 unités supplémentaires seront ainsi ajoutées dans les trois ans.

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