Comité de concertation: la question épineuse des voyages

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Le comité de concertation a rendu obligatoire le test et la quarantaine pour les voyages en zone rouge, afin de faire face à la nouvelle variante du Covid-19. D’autres pistes sont également développées pour répondre au problème.

Réunion au sommet cet après-midi au fédéral. Un comité de concertation s’est réuni pour savoir quelle position adopter face aux voyages à l’étranger. Le gouvernement a eu beau alerter sur les risques, cela n’a pas empêché certains Belges de gagner les stations de ski, notamment en Suisse où elles sont ouvertes. Le problème, c’est que comparé aux autres périodes de vacances, un nouvel élément complique l’équation, à savoir la nouvelle variante encore plus virulente du Covid-19. De ce fait, le comité d’aujourd’hui a sévi en la matière, avec une quarantaine et un test obligatoire pour les retours en Belgique depuis une zone rouge. Mais d’autres pistes de solutions sont également avancées pour répondre à cette situation, avec en premier lieu un testing renforcé et le certificat de vaccination.

La stratégie belge trop faible?

Depuis l’été dernier, le principal outil pour éviter des importations de coronavirus, c’est le PLF (Passenger Locator Form). Mais ces derniers jours, avec l’arrivée des vacances d’hiver, les critiques ont été particulièrement virulentes à son égard. C’est le cas de l’infectiologue Erika Vlieghe. «Ce système est vulnérable aux abus. Nous ne pouvons pas nous le permettre à ce stade de l’épidémie», dit-elle, en ajoutant: «Je ne cache pas ma frustration. […] Malgré les appels du gouvernement, de nombreux Belges sont quand même partis à l’étranger». De plus, aujourd’hui, 7 voyageurs sur 10 revenant de zone rouge n’est pas mis en quarantaine, selon le Comité interfédéral Testing et Tracing.

Du côté du fédéral, on s’inquiète aussi de ces départs à l’étranger. Ce mardi, la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden, a tenu à taper du poing sur la table: les contrôles aux frontières seront à nouveau renforcés pour vérifier que les voyageurs sont bien en ordre. Mais cette fermeté apparente a en réalité ses limites. L’épidémiologiste Yves Coppieters l’a bien fait comprendre lors du JT de la RTBF. Bien qu’insistant sur la nécessité de renforcer les contrôles aux frontières, qui sont «insuffisants» selon lui aujourd’hui, il avoue que cette tâche «demande une logistique énorme», surtout que depuis aujourd’hui la quarantaine et le test sont obligatoires pour les retours de zone rouge. «Il faudrait mettre des tests rapides à disposition aux frontières pour tester les gens qui n’auraient pas un certificat et isoler ceux qui sont positifs dans des lieux particuliers. Sur un plan organisationnel et logistique, c’est très compliqué».

La variante du coronavirus: un élément de tension dans les voyages

Malgré cette difficulté, le comité de concertation a choisi une ligne dure en imposant des règles sévères pour les retours de vacances. La peur de la nouvelle variante du Covid-19 a probablement joué un rôle dans cette décision. Au Royaume-Uni, où s’est développée cette menace, les cas de Covid-19 atteignent des sommets, laissant craindre une hausse à venir des décès. Pour l’instant, la variante a été détectée dans tous les pays d’Europe de l’Ouest (sauf au Luxembourg), mais de façon très limitée.

La Belgique n’y a donc pas échappé mais elle n’est plus réapparue depuis la semaine dernière. Cela limite les inquiétudes à son sujet, mais pas totalement. Il faut en plus préciser que seuls 0,5% des tests Covid positifs sont analysés pour détecter cette variante qui peut donc passer entre les mailles du filet. Ce chiffre est prévu pour augmenter à 2% à une échéance encore inconnue.

Un certificat de vaccination: une option pour le long terme

Pour échapper à cette variante, encore faut-il voir si les obligations édictées aujourd’hui en comité de concertation seront appliquées de façon stricte pour les voyageurs, ce qui n’est pas forcément gagné. Mais ces derniers jours, de nombreux États se sont montrés de plus en plus intéressés par une solution additionnelle qui pourrait aider en ce sens: créer un certificat de vaccination pour le Covid-19. C’est le cas de la Belgique où il est déjà disponible en Flandre et devrait l’être ailleurs ces prochaines semaines. Il s’agira ici d’offrir la possibilité pour chaque citoyen d’avoir accès à une attestation de vaccin via une plateforme web, dans le respect des règles sur la vie privée. Cela permettra de l’imprimer en vue de le présenter à une compagnie aérienne par exemple. Par contre, la porte-parole du gouvernement pour le Covid-19, Caroline Leys, a précisé que la Belgique ne créerait pas de blacklist comme l’Espagne, où seraient répertoriés les personnes refusant le vaccin, quand bien même cela respecterait la législation sur la protection des données.

Quant à savoir si cela peut vraiment répondre à la problématique de la contagion du virus via les voyageurs, il est encore trop tôt. La stratégie vaccinale belge ne prévoit pas de rendre disponible le vaccin à ces personnes avant la troisième phase, à savoir celle de la généralisation. «Il n’y a pas de raison de vacciner les voyageurs en priorité pour leur seul confort et personne ne plaide en ce sens», déclare Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19. «Ce ne sera possible que lorsque le vaccin sera largement disponible, ce qui n’arrivera pas avant plusieurs mois». Autrement dit: le certificat de vaccination, s’il existe déjà en début d’année, ne pourrait être utilisé que d’un nombre réduit de personnes d’ici l’été. Et il n’y a aucune chance de voir débarquer un quelconque passeport sanitaire pour voyager, comme le fait déjà la Russie, du moins pour l’instant.

Pour autant, une piste défendue par Herman Goossens, microbiologiste à l’université d’Anvers, pourrait aider à combattre rapidement la variante du coronavirus apparue en Angleterre, et plus largement l’épidémie en tant que telle. L’idée: ne pas donner de double dose du vaccin mais une seule, pour vacciner plus vite et plus de personnes. «C’est une piste scientifiquement intéressante», juge Yves Van Laethem. «Mais cela pose quand même des questions d’efficacité ainsi que sur la durée de l’effet. Tout en sachant que l’on perd tout le côté protection légale du vaccin puisqu’il n’a pas été conçu par Pfizer pour ne faire qu’une dose». Il y a donc à la fois des difficultés médicales et légales à cette tactique qui pourrait pourtant aider à rendre le vaccin plus rapidement disponible aux voyageurs. Plusieurs provinces canadiennes songent néanmoins à passer le cap et à n’utiliser qu’une seule dose du produit de Pfizer pour toucher le plus grand nombre. Des négociations sont actuellement en cours avec l’entreprise pharmaceutique pour faire sauter les obstacles légaux.

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