Joue, c'est du belge

@Pauline Zecchinon
@Pauline Zecchinon
Teaser

Papa Noël a peut-être déposé des châteaux forts made in Belgium sous vos sapins ou alors c'est une idée à garder pour ses copines les cloches de Pâques… Visite des ateliers d’Ardennes Toys, marque de jouets imaginés et fabriqués dans nos vertes contrées.

Des petites pièces de bois emboîtées les unes dans les autres. Pas de vis, pas de clou, pas de colle. Ensemble, elles forment un immense château fort. Trônant fièrement sur son présentoir, la pièce phare de l’une des seules fabriques de jouets 100 % belges et 100 % bois de notre pays nous accueille à l’atelier. “C’est notre bébé”, s’exclame Pierre Maréchal, directeur et fondateur d’Ardennes Toys. Derrière lui, les machines s’activent. C’est là que les jouets prennent vie. Avant d’être le directeur d’Ardennes Toys, Pierre Maréchal est d’abord celui de 4Wood, société spécialisée dans la création d’étagères et présentoirs commerciaux en MDF. Ceux-ci sont entièrement conçus et réalisés ici. Des plaques de bois qui s’emboîtent les unes dans les autres sans vis, sans clou, sans colle…

L’idée était de proposer une alternative au mobilier utilisé dans les grandes surfaces pour la mise en avant des produits parce que les armoires en carton sont éphémères. C’est cher, et pas écologique”, pointe Pierre Maréchal. Il imagine donc, il y a dix ans, des présentoirs qui s’assemblent comme un puzzle 3D, solides, durables, compacts, aisément transportables. Le concept séduit. “Il faudrait en faire un jeu d’enfant”, s’exclame un jour un client. Le soir même, le directeur de 4Wood exécute ses premiers croquis. “C’était un peu approximatif, je suis ingénieur, pas dessinateur, explique-t-il, mais je les ai montrés aux designers. En quelques jours, on avait les plans d’un jeu basé sur l’emboîtage des pièces. Les machines étant ici, on a tout de suite pu tester. Quelques jours plus tard, le prototype était prêt.” Ce prototype, c’est celui qui siège toujours sur le bureau du boss: une petite voiture blanche faite de huit pièces. Ces petites voitures, disséminées un peu partout dans l’entreprise, ne se trouvent pas en magasin. “Il s’est avéré que les structures en bois que nous avions imaginées pour entourer la voiture et qui ressemblaient un peu à un château fort ont davantage séduit que le véhicule. On a donc suivi les conseils, transformé la structure en château et on n’a jamais commercialisé les voitures.” En 2012, Pierre Maréchal vend 480 boîtes de châteaux. Un démarrage en fanfare qui a conduit au développement de nouveaux modèles. “Je suis parti du premier modèle que j’ai amélioré”, explique Benjamin, designer industriel chez 4Wood et Ardennes Toys. Entre deux dessins d’étagères, il nous montre les plans des jouets. Sur son écran, les pièces s’emboîtent et laissent apparaître la figure finale, visible sous toutes ses coutures. “En quatre ou cinq ans, on a produit des châteaux, des villages, des tours, des ponts-levis…”, se souvient-il.

Du bois de chez nous

L’entreprise de Pierre Maréchal étant installée au coeur de la région la plus forestière de Belgique, le bois se devait d’être belge et la démarche, durable. “On trouve beaucoup d’industries du bois ici, et au sortir de ces industries, il y a énormément de déchets, commente-t-il. Seul un faible pourcentage de l’arbre est exploité dans les scieries. Nous travaillons donc avec du MDF, du bois défibré et décompacté, fabriqué à Vielsalm avec des chutes d’arbres abattus en Belgique.” Avant d’arriver chez Ardennes Toys, le MDF passe dans un atelier protégé, où il est prédécoupé. “C’est une collaboration qui fonctionne bien. Elle me donne la possibilité de pouvoir grandir tout en sous-traitant et en faisant travailler des gens de la région qui ont un accès plus compliqué au marché du travail.” Par contre, pas question de délocalisation - “Pouvoir continuer à maintenir de l’industrie dans notre pays est au centre de ma démarche.” Retour à l’atelier, où machines et ouvriers oeuvrent au découpage, au stockage et à l’emballage des pièces de bois. Ici, le bruit assourdissant remplit l’espace. Le geste est répétitif: placer, couper, enlever la sciure,
mettre de côté les excédents. Recommencer. Sur les palettes, des piles d’objets identiques destinés au stockage. “On ne produit pas des jouets tous les jours, on travaille en fonction de la demande, quand les stocks sont bas et que les magasins en demandent. On évite ainsi les pertes et le stockage pendant des décennies”, nous explique Cédric, un des cinq ouvriers de l’atelier.

Se renouveler

Sollicité par Wallonie Design pour représenter la région au salon du design de Milan, Ardennes Toys a travaillé avec des designers belges à une nouvelle gamme de jouets baptisée Small Worlds. “Un projet étudié avec des écoles à pédagogies actives”, explique le directeur. Toujours en MDF, le jeu est composé de formes en bois, plus ou moins suggestives, à peindre et à décorer avec des marqueurs gouache. “On est moins sur la construction, mais cela correspond à nos valeurs: sortir les enfants de leur monde virtuel et proposer des jeux éducatifs qui ouvrent et stimulent leur créativité.” Patiemment, Pierre et Cédric, assignés à l’empaquetage, emballent les pièces découpées du nouveau jeu. “On reste fidèles à nos convictions: on ne trouvera pas nos produits dans une grande chaîne de jouets”, résume Pierre Maréchal. Si quelques vestiges d’anciennes boîtes subsistent encore sur certains sites Internet, la marque privilégie aujourd’hui les petits commerces de qualité. “Ces boutiques indépendantes ont besoin de ce genre de produits qui nécessitent conseils et explications. Et nous avons le luxe de pouvoir nous passer des autres.” Même si 2020 sera assurément une année moins riche en termes de ventes, le directeur d’Ardennes Toys ne
se tracasse pas. “Économiquement, la stabilité vient de la maison mère - 4Wood - qui se porte très bien. Ardennes Toys représente moins de 10 % du chiffre d’affaires. C’est un projet qu’on poursuit avec beaucoup de bonheur mais sans volonté de croissance à tout prix.” Les jouets sont pourtant vendus sur Amazon, mais l’entreprise se défend… “On fait très attention à ce que nos prix ne soient pas plus bas que dans les boutiques physiques pour éviter la concurrence déloyale.” À la sortie de l’atelier, une affiche montrant une petite tête blonde attire notre attention. “C’est mon fils, précise le directeur en souriant. Là, il est en train de jouer avec le tout premier prototype.” Le petit garçon, âgé de quatre ans au début de l’aventure, s’est ensuite retrouvé sur les boîtes de jeu pendant des années. Huit ans plus tard et trop grand pour poser, il a cédé sa place de modèle. “Il en a eu marre”, rigole son père qui précise qu’il n’y a pas d’âge pour continuer à se rêver en chevalier. “Une autre motivation derrière ce type de jeu, c’est que les parents jouent avec leurs enfants, c’est important.”


Les autres jouets noir – jaune - rouge

Même s’il est difficile de trouver du 100 % belge, d’autres marques ou concepts belges tirent leur épingle du jeu.

Euclide
Un jeu de construction éducatif et évolutif fabriqué du côté de Maredsous et basé sur des pièces qui s’emboîtent les unes aux autres. Réalisées en fibres de bois, les pièces se déclinent en de nombreuses formes, tailles et couleurs.

Kabaka
Dessinées par le designer belge Nicolas Bovesse, ces cabanes, recyclables et modulables, sont réalisées à partir de panneaux en carton blanc à personnaliser. Elles sont nées de l’imagination d’Audrey Charles en 2015.

We Rock!
Conçues par Tine et Jan, établis dans la province d’Anvers, déclinées en quatre modèles, ces planches à bascule aident les enfants dans leur développement du sens de l’équilibre mais peuvent aussi être réappropriées par les bambins.

Lilliputiens
Créé en 1995, Lilliputiens (récemment racheté par le groupe français Juratoys) fait confiance à une équipe de “mamans créatives” à la base des créations. Une marque spécialisée dans le jouet en tissu de haute qualité et le jouet d’éveil pour les 0-6 ans

Plus de Tendances

Les plus lus