Fraude aux aides Covid : « On a usurpé mon identité »

©BELGAIMAGE-91266380/ photo prétexte
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30 perquisitions ont été menées ce mardi par la police fédérale. La justice soupçonne une vaste fraude au chômage temporaire « Corona ». Au moyen d’identités usurpées, les suspects auraient indûment perçu d’importants montants, via des fausses entreprises ou des « coquilles vides ». Les victimes, elles, sont bien réelles et il leur est parfois difficile de faire valoir leurs droits. Témoignage.

Pour la Sécurité sociale, le préjudice est actuellement estimé à environ 2 millions d’euros. La méthode de la fraude ? D’abord, créer une fausse entreprise, ou passer par une « coquille vide », une société sans réelle activité. Ensuite, engager fictivement des individus, en usurpant leur identité. Puis demander, à la Caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage (CAPAC) ou à un autre organisme de paiement, des allocations « corona » pour le compte du personnel censé avoir été mis au chômage temporaire. Enfin, ouvrir un compte en banque, et empocher l’argent versé.

Voilà la combine qu’auraient utilisée les suspects arrêtés dans le cadre d’un large coup de filet mené ce mardi à Bruxelles et dans le Hainaut. Lors de ces opérations « 25 personnes ont été privées de liberté et sont pour l’instant entendues par les enquêteurs », a indiqué le parquet fédéral, confirmant une information de la RTBF. L’un des suspects a été blessé par un tir de la police. Trois armes à feu ont été saisies, ainsi que plusieurs véhicules de luxe. Il y aurait « plusieurs centaines de personnes dont l’identité a été usurpée », a précisé le parquet.

Partie de ping-pong

C’est de ce genre de fraude dont a été victime Vadim. « À la première vague, tout s’était bien passé, j’avais touché mes allocations de chômage temporaire sans problème », raconte ce responsable de bar dans un restaurant bruxellois. Puis arrive la mi-octobre, l’horeca est forcé de se reconfiner. À la fin du mois, les collègues de Vadim touchent leurs indemnités de chômage. Pas lui. Quelques jours plus tard, toujours rien, Vadim commence à s’inquiéter.

Après quantité d’appels, celui-ci parvient à joindre la Capac, dont il dépend, et est informé que son dossier est bloqué. Il est renvoyé vers l’Office national de l’emploi (Onem), où il apprend que son identité a été usurpée. « En 2013, j’ai travaillé pendant six mois pour une autre entreprise de l’horeca », explique-t-il. C’est là que le ou les fraudeurs auraient mis la main sur ses données personnelles, exploitant son numéro de registre national pour se faire passer pour lui et ainsi réclamer indûment une aide « covid ». Il n’est pas le seul concerné, un de ses anciens collègues ayant également été victime de la fraude.

Juste un numéro…

Vadim décide alors de porter plainte, pour faux et usage de faux et usurpation d’identité. À la mi-novembre, on lui fait savoir que sa situation va être régularisée, et que dans les trois jours ouvrables ses allocations lui seront versées. Les jours passent et une nouvelle fois, rien. Commence alors une partie de ping-pong entre Onem et Capac, qui se renvoient la responsabilité du blocage du dossier. Lundi 7 décembre. Via la Capac, il apprend que son dossier est finalement débloqué, et les allocations dues, versées. Pourtant, toujours aucune trace desdites allocations sur son compte en banque. Et pour cause : le numéro de compte renseigné par les fraudeurs n’a pas été effacé de la base des données de la Capac. L’argent a donc été versé dessus.

Une grosse, grosse boulette de « 2.200 euros », d’autant plus incompréhensible après deux mois d’enquête de l’Onem et de la Capac. « Toutes les informations nécessaires, dont le vrai numéro de mon compte en banque, étaient dans le dossier. Il suffisait de le consulter. Il y a vraiment un manque d’humanité là-dedans, t’as vraiment l’impression d’être un numéro. Personne n’a vraiment pris l’initiative de me contacter, on te laisse comme ça sans nouvelles. Là, on m’a dit qu’on me rappelait aujourd’hui pour enfin régler le problème. Ça fait 23 minutes que j’attends en ligne pour joindre le bon service… »

Depuis deux mois, Vadim vit donc sans salaire ni allocation. Propriétaire, il n’a droit à aucune aide du CPAS. « Si je n’avais pas de compagne, pas de famille, clairement je serais sans argent. Comment est-ce que je ferais pour vivre, là maintenant, tout de suite ? »

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