Puurs, la ville belge qui va «sauver le monde»

@BelgaImage
@BelgaImage
Teaser

Cette petite commune flamande a l’honneur d’être le lieu de production des premiers vaccins de Pfizer utilisés contre le coronavirus. Une particularité qui lui a valu une visibilité exceptionnelle ces derniers jours.

C’est une localité de 17.000 âmes, jusque-là peu connue, si ce n’est des Belges eux-mêmes. Et encore… Mais en plus d’être au beau milieu de la Flandre, Puurs est maintenant devenu le centre du monde. C’est en tout cas le constat qu’ont pu faire ses habitants en voyant des hordes de caméras parcourir les rues de cette ville paisible. Ce qui intéresse surtout les journalistes venus de partout, c’est une usine située en-dehors du centre, celle où est produit en avant-première le fameux vaccin contre le Covid-19. Une heureuse coïncidence qui pourrait valoir à Puurs le surnom de «Pfizerland». Les médias étrangers, surtout britanniques, préfèreront le titre plus évocateur de «village qui va sauver la planète». Et plus largement, c’est toute la Belgique qui semble être devenue subitement un pays modèle. Puurs compte en tout cas profiter à 100% de sa nouvelle renommée pour faire sa publicité.

Le portrait en or d’une ville qui fait figure d’exemple

Si le monde entier se penche en ce moment précis sur Puurs et sur la Belgique, c’est en partie grâce aux Britanniques. La semaine dernière, les autorités d’outre-Manche ont validé le vaccin de Pfizer, avant même l’Union européenne et les États-Unis, pour commencer à l’administrer. Conséquence logique: vu que Puurs est destinée à être l’épicentre de Pfizer en Europe, les premières doses réellement utilisées contre le coronavirus sortent de là (et non du centre américain de Pfizer, à Kalamazoo, près de Chicago). D’où l’afflux de journalistes, rassemblés pour voir le chargement sortir des entrepôts de l’usine, direction le Royaume-Uni.

Signe de l’emballement du monde entier pour l’événement: les éloges ne manquent pas pour qualifier Puurs. La commune, avec ses 3% de chômage (ce qui est souvent traduit par «plein-emploi»), est devenue comme un modèle, l’exemple qu’il fallait suivre pour s’en sortir en ces temps difficiles. La Belgique est quant à elle saluée pour sa politique favorable à la recherche et développement, sans oublier celle pro-business des années 1950-1960 qui a permis de développer cette zone, stratégiquement située entre le port d’Anvers et la capitale de l’Europe. Et c’est en plein milieu de la route qui relie ces deux pôles que l’on trouve aujourd’hui Pfizer, successeur de l’entreprise pharmaceutique Upjohn qui s’était installée là auparavant. Une danse ininterrompue de camions va désormais faire l’aller-retour entre cette usine, fièrement posée au pied de grandes éoliennes, et l’aéroport de Zaventem, situé à 25 minutes, pour «sauver le monde».

Une ville qui compte bien tirer profit de sa visibilité

Bien sûr, toutes les communes belges ne sont pas aussi prospères que Puurs, mais là n’est pas la question. Le monde entier a les yeux rivés sur la Belgique et ce serait dommage de ne pas en profiter. C’est en tout cas ce que semble avoir compris le bourgmestre CD&V de la ville, Koen van den Heuvel. Que ce soit pour l’Américain PBS, FranceInfo ou El País, il est toujours là pour faire la publicité de sa localité qui compte d’autres atouts que sa froide usine de Pfizer. En un rien de temps, la planète a appris que Puurs était célèbre pour ses asperges (auxquelles même une fête est consacrée). Le Daily Mail, fidèle à son ton plus populaire, n’a pas manqué de rappeler que Miss Belgique 2001, Dina Tersago, venait de là, avec une photo sexy mise bien en évidence. Et pour ceux qui l’auraient oublié, Puurs est avant tout le siège de la Duvel. Alors que la bière Corona a vu ses ventes fondre au début de la pandémie, la brasserie flamande pourrait désormais espérer voir les siennes monter en flèche.

Enfin, les médias les plus attentifs n’ont pas oublié que si aujourd’hui Puurs a des airs de village salvateur, il est aussi le lieu où se situe le tristement célèbre fort de Breendonk. Quitte à briser le climat de réjouissance autour du vaccin, certains ont donc rappelé qu’il avait abrité l’un des deux camps de concentration belges durant la guerre. Mais en faveur de son statut de lieu de mémoire, là aussi Puurs peut potentiellement attirer des visiteurs. Sans oublier le nouveau spectacle de la maison de production Studio 100 sur 40-45, qui a attiré 600.000 personnes selon le bourgmestre.

L’engouement dans les rues de Puurs (voire un peu trop)

Du côté des habitants, autant interrogés par des Américains que par des Norvégiens, on se réjouit généralement de cette visibilité énorme liée à Pfizer. «C’est bien parce que cela donne des opportunités d’emploi», note objectivement l’un d’entre eux sur PBS. «C’est comme si le monde entier avait soudainement découvert Puurs, et oui nous sommes très fiers de ça», se réjouit un autre, qui parle plus avec son cœur. L’ambiance est donc plutôt à la fête. Rares sont ceux à se montrer moins réjouies par le vaccin, à l’instar d’un pharmacien interrogé par le Daily Mail qui reste prudent à ce propos.

Mais généralement, c’est plutôt l’inverse qui se produit quand il est question du fameux produit de Pfizer, à l’image d’une certaine Clothide, elle aussi interrogée par le tabloïd. «J'ai eu un cancer et je suis à risque. J'ai été vacciné contre la grippe, alors je veux aussi le vaccin Covid. J'ai travaillé chez Upjohn il y a longtemps et je sais que les vaccins fonctionnent», assure-t-elle. Le bourgmestre a d’ailleurs fait savoir à La Libre qu’il avait reçu de nombreux messages de citoyens pour bénéficier plus rapidement du vaccin que le reste du monde, celui-ci étant produit à quelques pâtés de maisons de chez eux. Mais pas question d’avoir un quelconque privilège. «J’ai un bon contact avec le patron belge de Pfizer, mais les décisions importantes se prennent à New York. Il faut être réaliste, on parle d’une multinationale très professionnelle et stricte qui a des contrats avec des pays entiers. Ce n’est pas notre petit village d’Obélix et Astérix qui va passer avant tout le monde. Je ne crois pas que les Américains apprécieraient cela», explique Koen van den Heuvel.

Plus de Aucun nom

Les plus lus