Covid-19: n’en fait-on pas trop avec la liste des symptômes?

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Jour après jour, de nouvelles manifestations possibles du coronavirus, plus ou moins graves, sont identifiées. De quoi créer la confusion… Cette profusion inhabituelle d’informations s’explique pourtant simplement et il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure.

Depuis des mois, c’est presque comme s’il ne se passait pas une semaine sans que l’on découvre un nouveau symptôme du coronavirus. La presse anglo-saxonne vient encore d’en donner l’exemple ces derniers jours. Selon des quotidiens comme «The Express» et «The Daily Record», le Covid-19 pourrait provoquer des «sensations étranges dans le nez» comme une sécheresse excessive, ou encore une inflammation des gencives. Deux manifestations qui s’ajoutent à une très longue liste de troubles constatés avec le coronavirus. Sauf que ces symptômes doivent être recontextualisés pour ne pas sombrer dans la paranoïa.

Le fruit d’une recherche scientifique hyperactive

Alors comment expliquer que l’on n’en finisse jamais de découvrir de nouvelles manifestations du coronavirus? A priori, ce n’est pourtant pas si étonnant selon Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral pour le Covid-19, qui a sa petite idée sur la question. «Pour l’instant, tout le monde se penche sur le coronavirus et l’étudie partout dans le monde. Je pense donc qu’il y a tout simplement un effet de mode. On sait que si l’on fait des papiers là-dessus, on va attirer l’attention. Peu de maladies ont bénéficié d’autant d’attention, avec une demande mondiale d’avoir des informations sur le Covid-19», remarque-t-il.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant de voir que les professionnels de santé cherchent à identifier toutes les formes du Covid-19. Des spécialistes ont même été amenés à s’intéresser à la question alors que leurs compétences n’ont a priori rien à voir avec le système respiratoire, première cible du coronavirus. C’est le cas des neurologues qui ont pu remarquer des conséquences possibles de la maladie sur le cerveau. Mais il y a aussi de heureux hasards. On peut par exemple citer les ORL qui ont été à l’origine de la découverte de l’anosmie (la perte d’odorat) liée au Covid-19 en voyant qu’il y avait beaucoup de patients avec ce même symptôme, et ce bien plus que d’habitude.

Yves Van Laethem note aussi que cette multiplication des symptômes pour une maladie respiratoire n’est pas un cas unique. Il cite notamment une autre pathologie, bien connue: la grippe. «Comme pour le Covid-19, on a aussi identifié des complications comme des myocardites, des encéphalites, etc., pour la grippe. La différence, c’est que ces nouveaux symptômes ont été étudiés sur des années, contrairement au Covid-19», explique-t-il. L’attention inédite accordée au coronavirus a donc permis de braquer les projecteurs sur ses manifestations, là où les formes graves d’autres maladies sont passées plus inaperçues.

Pas de panique: la norme reste cantonnée à une poignée de symptômes

Il ne serait donc pas si étonnant de voir autant de manifestations différentes du Covid-19 dans les articles scientifiques et la presse. Mais comment s’y retrouver dans tout ce fatras? Il faut d’abord rappeler qu’il y a des symptômes classiques du coronavirus. Avec les millions de malades traités à travers le monde, on commence à avoir une idée assez claire sur le sujet.

Une étude de l'Université de Californie du Sud avait d’ailleurs fait le point l’été dernier en classifiant les symptômes les plus répandus de la maladie et leur ordre d’apparition. Sur base de 55.924 patients chinois, ils sont parvenus à la conclusion que les malades du coronavirus avaient généralement d’abord une fièvre, puis successivement de la toux, des douleurs, des vomissements et une diarrhée. Ils ont même estimé que cet ordre d’apparition était un bon moyen de différencier le Covid-19 de la grippe qui aurait plus ou moins les mêmes symptômes mais dans un ordre différent: d’abord la toux et les douleurs musculaires, puis des maux de tête, un mal de gorge, une fièvre et enfin la nausée.

Croiser les doigts pour que cela n’empire pas

Quant aux complications plus rares, c’est un peu au petit bonheur la chance. «Chaque personne contaminée peut réagir de façon différente au Covid-19 et on ne peut pas prévenir avec certitude telle ou telle complication», confirme Yves Van Laethem. «Une fois que l’on a attrapé le virus, c’est "alea jacta est", et ce sont les gênes et le système immunitaire de chacun qui en décideront», sans oublier l’âge avancé et les comorbidités qui sont connus pour être des facteurs de formes graves du Covid-19.

Il précise aussi qu’il n’y a pas que le désormais célèbre orage de cytokines qui peut provoquer des dommages en tous genres. «Il y a des patients qui n’ont pas été des cas graves de Covid-19 et qui ont pu avoir des complications sur des organes. Cela s’explique parce que cette pathologie touche les vaisseaux sanguins. Et puisqu’il y en a partout dans le corps, les conséquences des micro-thromboses qui surviennent peuvent être un peu de toutes sortes: rénales, cardiaques, neurologiques ou même cutanées».

Enfin, il y a un autre facteur de complication, plus subtil, qui peut avoir un rôle: le contexte spécifique de la crise. On parle par exemple de troubles psychiques liés à la maladie mais cela arrive pendant un confinement, en hiver qui est plus est maintenant, et cela n’est peut-être pas étranger à certains problèmes de santé, conclut le porte-parole interfédéral.

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