Le bien-être en chute libre dans le secondaire: comment y faire face?

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Les élèves, surtout des 2e et 3e degrés du secondaire, sont bien moins confiants qu’avant la crise. Pour y remédier, le simple retour du présentiel ne suffira pas. D’où la nécessité de réfléchir à des solutions plus subtiles.

Depuis des mois, les pédiatres alertent sur l’état mental des adolescents. Aujourd’hui, ce phénomène est chiffré. Selon une étude de l’UCLouvain et de l’ULiège, la proportion des élèves «heureux» baisse fortement, notamment dans les 2e et 3e degrés du secondaire. Pour ces années-là, ils étaient 77% en 2018 à se qualifier comme tel, 68% en juin dernier et seulement 58% en septembre-octobre. Au contraire, le nombre de ceux qui ne se disent «pas heureux» explose: 23% en 2018 contre 32% en juin et 42% après la rentrée. Enfin, plus des trois-quarts des élèves se disent stressés par les cours, là aussi un chiffre en constante augmentation. Et tout ça, c’est avant que la deuxième vague de coronavirus ne s’en mêle!

Mais attention à ne pas caricaturer: le confinement en tant que tel n’explique pas la totalité de ce phénomène. D’autres éléments, certes liés mais annexes, jouent un rôle important. Et ce sont sur ces points que de réels efforts peuvent être entrepris pour limiter la dégradation du bien-être des élèves.

Un retour pas si simple à l’école

Jusqu’en septembre, l’espoir d’une amélioration de la santé mentale des jeunes résidait dans le retour du présentiel à l’école. Les pédiatres ont d’ailleurs bien insisté là-dessus, non seulement parce que le confinement creuse les inégalités scolaires mais aussi parce que les contacts sociaux directs sont particulièrement importants lors de l’adolescence. Mais concernant le bien-être, les chiffres cités ci-dessus tempèrent cette vision. «Ce que l’on a remarqué lors de la rentrée, c’est qu’il ne suffit pas de revenir à l’école en présentiel pour que les élèves se sentent mieux», confirme Liesje Coertjens, co-auteure de l’étude de l’UCLouvain. «Ce n’est pas aussi simple. D’autres éléments de ce contexte ont également un impact sur le bien-être».

Parmi les facteurs qui ont joué, elle cite l’évolution des contaminations dans les écoles. Le port du masque est lui aussi déstabilisant puisqu’il complique les relations avec le professeur et les autres élèves pendant les cours. 53% des élèves disent d’ailleurs avoir du mal à s’y accoutumer. Encore plus intéressant: le mal-être est aussi lié à l’âge. Les enfants du 1er degré du secondaire sont ainsi bien plus «heureux» (73% en septembre-octobre, en légère baisse par rapport à 2018), moins incommodés par le masque et un peu moins stressés. (À noter qu’au moment de l’étude, tous les élèves du secondaire étaient encore en présentiel)

Des enjeux qui concernent aussi les professeurs

Liesje Coertjens tient ensuite à souligner un autre point qui joue un rôle particulièrement important selon elle. «On a constaté que un stress important des élèves par rapport à leur scolarité. Les élèves qui se sentaient le moins bien sont ceux pour qui les enseignants avançaient à toute vitesse et n’étaient pas dans une démarche d’évaluation formative. Les tests semblent être un élément de stress assez fort, alors qu’il n’y avait plus eu d’évaluations depuis des mois et que les élèves ont le sentiment d’avoir un niveau scolaire plus faible à la rentrée 2020 par rapport aux autres années», relève-t-elle. Bien sûr, si certains professeurs ont agi de la sorte, c’était probablement pour rattraper le retard et évaluer le niveau des élèves pour mieux adapter leurs enseignements, mais il y a un revers de la médaille.

On pourrait aussi pointer une autre influence potentielle des enseignants dans le mal-être des adolescents pendant les périodes de confinement comme celle actuelle. «Ce qu’on a vu lors de la première vague, c’est qu’il y avait une forte corrélation du stress des jeunes avec le nombre de travaux qu’ils recevaient sans avoir en parallèle de contact direct avec leurs professeurs. Certains élèves pouvaient assez bien s’en sortir à condition d’avoir ce soutien des enseignants et une aide adaptée à chacun. Mais s’il y a juste un envoi de travaux, on remarque que l’engagement dans les tâches diminue», fait remarquer Liesje Coertjens.

Plusieurs pistes de solutions

C’est pour cela que cette dernière insiste sur un point qui est essentiel aujourd’hui, alors que les élèves des 2e et 3e degrés sont encore en enseignement hybride. Ils doivent être soutenus par les professeurs, à la fois sur le plan des apprentissages et sur celui émotionnel. Garder la motivation est essentiel et interroger les jeunes sur leur vécu pendant la crise peut aider.

Pour Fabienne Glowacz, professeure de psychologie à l’ULiège, ces recommandations sont essentielles, même pour l’adhésion aux recommandations de sécurité sanitaire. «Plus on se sent investi dans la sphère scolaire, moins on est enclin à transgresser les mesures de distanciation et les gestes barrières», affirme-t-elle. Elle pointe aussi la nécessité de se préoccuper du sentiment d’appartenance des jeunes à une communauté. «Nos recherches dans d’autres domaines montrent que l’affaiblissement du besoin d’appartenance ouvre la porte à l’affaiblissement de la croyance aux valeurs fondamentales qui fondent la société et peut légitimer, entre autres, le recours à des violences». Développer des espaces d’échange et d’expression pour les jeunes pourrait aussi être une idée intéressante.

Plus difficile: lutter contre les difficultés liées aux milieux socio-économiques défavorisés, qui ont un impact important sur les inégalités scolaires. Cela se manifeste via le manque de ressources matérielles et d’un local pour travailler au calme, des tensions à la maison, des parents moins présents, une proximité potentiellement plus grande avec le virus… Bref, autant d’obstacles à un bon enseignement à distance. Mais évidemment, il n’est pas simple de répondre à tous ces problèmes. Un autre auteur de l’étude de l’UCLouvain, Benoît Galand, suggère néanmoins une piste de réflexion: «Les jeunes de milieux défavorisés pourraient moins bien vivre les mesures en raison d’une moindre connaissance de la manière dont se propage le virus. D’où l’intérêt, en termes de santé publique, d’avoir des messages plus ciblés», dit-il au Soir.

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