Bpost en mode bricolage pour gérer ses colis

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Face au nombre record de livraisons à assurer, le service public est contraint de trouver des solutions partout où cela est possible. Une situation qui devrait encore empirer en décembre.

Ces jours-ci, c’est un peu la panique chez Bpost, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. De 280.000 colis à livrer par jour avant la crise, l’entreprise devait déjà en gérer 400.000 début novembre. A la veille du Black Friday, ce nombre est monté à environ 600.000, soit plus que le pic du printemps (527.000). Conséquence logique: Bpost est débordée! Les problèmes s’accumulent et le recours au système D est devenu une obligation. Avec toujours une question: comment faire une fois les fêtes arrivées?

Une montée progressive de la pression

Déjà début du mois, cela sentait déjà le souffre. Bpost a eu beau prévenir le coup avec une nouvelle machine de triage à Bruxelles et à Anvers, 800 nouveaux postes début d’année et 2.700 intérimaires, cela n’a pas suffi. Soumis à une forte tension même pendant le déconfinement de l’été, les travailleurs en sont venus à protester avec des arrêts de travail du côté de Liège selon RTL Info. Bpost, déjà consciente que ce n’était que le début des ennuis, n’a pas tardé à promettre des extras et 3.000 nouveaux emplois (soit 10% de son personnel) pour éteindre l’incendie.

Sauf qu’après cette première épreuve, le feu n’est toujours pas maîtrisé. Le 20 novembre, Bpost a tenté de relâcher la pression en renonçant à livrer 5% du total des colis, laissés dans les points d’enlèvement pour que les clients puissent aller les chercher. Tollé total pour le secteur du commerce représenté par Comeos qui dénonce une décision mettant en péril son chiffre d’affaire déjà affaibli et ne se reposant plus que sur la vente en ligne. Après une intervention de la ministre des entreprises publiques Petra De Sutter (Groen), Bpost a été forcée de revenir en arrière. Il fallait donc un plan B, voire C, D, etc.

Un début de semaine mouvementé

Depuis ce lundi, c’est donc vraiment la débrouille. Bpost a ainsi passé un accord avec Décathlon pour en transformer les magasins en points de récolte de colis. Une aubaine pour l’enseigne, fermée car considérée comme non-essentielle. Quant à savoir qui payera pour l’opération sauvetage, RTL précise que les deux entreprises évoquent un «arrangement confidentiel».

Au niveau local aussi les idées fusent. Car si Bpost assure au Vif qu’il «n’y a pas de points noirs» avec des régions plus problématiques que d’autres, elle précise quand même que la charge de travail est «logiquement moins élevée en zone rurale qu'en ville». Le bourgmestre brugeois Dirk De Fauw (CD&V) demande par exemple aux travailleurs de la culture et du tourisme confinés à venir en aide à Bpost. Mais comme le constate L’Avenir, même dans la province de Luxembourg, pourtant rurale, la situation est difficilement gérable. Avec moins de points de collecte et de plus grandes distances à parcourir, la machine s’enrhume. Là aussi donc, on est en quête d’alternatives. Des plus grands véhicules de livraison? Pas possible. Recruter des camions? Pas assez de personnel, même si Bpost fait cette semaine un test avec quelques-uns transformés en points de collecte mobiles. On pense plutôt désormais sur l’utilisation de containers comme structures fixes temporaires, mais «rien n’est prévu dans l’immédiat».

Pour ne rien arranger, La Libre a relayé ce lundi un message selon lequel Bpost aurait refusé des colis de France. Face à l’indignation du public, l’entreprise a démenti l’information en bloc et a assuré «prendre en charge tous les colis». Sa porte-parole, Veerle Van Mierlo, a néanmoins reconnu au Vif que «nous avons eu en effet un souci avec un e-shop français en particulier, mais cela n'est pas généralisé».

À l’épreuve du Black Friday

Depuis hier, l’entreprise a encore innové dans la foulée du Black Friday. Désormais, il est bel et bien prévu que tous les colis soient livrés, mais avec un bémol: ils seront d’abord laissés cinq jours dans un point relais (question d’encourager les clients à faire quand même le déplacement) avant de repartir dans les circuits de livraison. Une décision qui ne manque d’ailleurs pas de submerger de colis les petits points Bpost comme les librairies, comme a pu le constater la RTBF.

Et puisqu’on n’est plus à une nouveauté près: depuis ce matin, Bpost propose aux commerçants un service d'enlèvement local dans ses bureaux de poste. Autrement dit, le vendeur prépare les colis, les dépose dans un bureau de poste et l’acheteur reçoit un e-mail pour aller les chercher là-bas. En bref, un «click & collect» à la sauce Bpost, mais le vendeur devra payer un euro par colis. Un dernier détail qui pique aux oreilles des commerçants selon De Tijd alors que ceux-ci se plaignent déjà des délais de livraison.

Des fêtes de fin d’année qui s’annoncent chaotiques

Après tout cela, on peut quand même se demander si ces solutions bricolées seront quand même suffisantes. Car comme le précisait Bpost à l’Écho début du mois, «pour la Saint-Nicolas, nous nous attendons à un volume de 200.000 colis jouets qui viendra s’ajouter au flux habituel». Et après, les fêtes de Noël ne devraient toujours rien arranger à l’affaire.

Se pose donc la question de la gestion de la suite. Mais si les mesures de cette semaine avaient été annoncées un peu à l’avance, aucune information supplémentaire n’a pour l’instant vraiment été communiquée. Bpost précise juste qu’elle pourrait recruter encore plus de main d’œuvre et que «la capacité de livraison à domicile va être augmentée les prochaines semaines via des solutions créatives». On peut en tout cas imaginer que les délais de livraison pourraient être encore une fois impactés. Dans quelle mesure? C’est la grande question.

La ministre Petra De Sutter invite en tout cas de son côté à être compréhensif: «Ils n'ont que deux mains et se plient en quatre depuis des mois pour traiter les volumes considérables de colis. Cela mérite le respect de tous. Je lance dès lors cet appel positif: aidez nos facteurs et nos factrices! Si vous pouvez facilement vous rendre au magasin où vous avez acheté votre produit, mentionnez-le lors de votre commande». Du côté des syndicats enfin, même si on constate la difficulté du travail des employés, on ne met plus d’huile sur le feu. «Honnêtement, bpost a fait le maximum de ce qui pouvait être fait», explique ainsi au Soir Alain Faveaux, permanent à la CSC Transcom, suivi par Thierry Tasset, secrétaire général de la CSGP Poste. «On pourrait engager plus de gens pour faire du tri manuel. Mais on n’a pas l’espace suffisant. Déjà aujourd’hui, on a installé des chapiteaux autour des centres de tri pour stocker temporairement des colis. Recourir à des sous-traitants? Ils sont débordés aussi. On n’arrive même plus à trouver des véhicules de location. A l’impossible nul n’est tenu…».

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