Qu’est-ce que Dominion, le logiciel électoral qui obsède Trump?

Donald Trump - Reuters
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Les accusations de fraude dans les élections américaines sont loin d’être terminées. La nouvelle cible de Donald Trump: les machines Dominion utilisées par de nombreux Américains pour voter.

Les agences américaines chargées de la sécurité des élections ont beau affirmer que « le scrutin a été le plus sûr de l’histoire des Etats-Unis », Donald Trump et ses supporters n'y croient pas une seule seconde. Sans preuve, le président déchu crie à la fraude et au piratage, montrant du doigt un certain logiciel du nom de Dominion qui aurait, selon lui, effacé ou réattribué à son rival démocrate des millions de votes. Mais de quoi s'agit-il?

Entreprise canadienne spécialisée dans les technologies électorales, Dominion Voting Systems fournit aux autorités les machines et le logiciel associé que de nombreux Américains utilisent pour voter. Selon une étude de l'école de commerce Wharton de l’université de Pennsylvanie, citée par l'AFP, la technologie de Dominion concernait plus de 71 millions d’électeurs américains lors de l’élection de 2016. Ce qui en fait le deuxième plus gros fournisseur du pays, derrière l’entreprise Election Systems & Software. À l’époque, son utilisation n'avait pas semblé déranger Donald Trump qui avait alors récolté 306 grands électeurs contre 232 pour Hillary Clinton.

Multiples accusations

Quatre ans plus tard, le perdant de cette élection - avec les mêmes résultats inversés - en a pourtant fait sa nouvelle cible. Le 12 novembre, le Républicain a partagé sur Twitter une affirmation de la chaîne conservatrice One America News Network (OANN), avançant que le logiciel Dominion aurait « effacé 2,7 millions de votes Trump à travers le pays », mais aussi que des centaines de milliers de votes qui lui étaient destinés en Pennsylvanie avaient été réattribués à Joe Biden. Deux jours plus tard, il insistait: « Les gens ne vont pas accepter que cette élection leur soit volée par la gauche radicale démocrate, Dominion et plein d’autres raisons. » Le 16 novembre, rebelote. Le milliardaire a partagé une vidéo issue d'un reportage diffusé sur NBC News, évoquant les réticences de Dominion et d'autres éditeurs de logiciels électoraux à participer à un concours de hacking. Leurs machines, finalement testées sans leur consentement, s'avérant aisément piratables.

Dans cette attaque, Donald Trump peut compter sur son camp, dont son avocat Rudy Giuliani, accusant Dominion d'être « une entreprise de la gauche radicale ». « Une entreprise étrangère, qui a des liens très étroits avec le Venezuela, et donc la Chine, et utilise un logiciel d’une entreprise vénézuélienne ayant servi à voler des élections dans d’autres pays », a-t-il déclaré sur Fox News. Même accusation de la part de Sidney Powell, autre avocate du président, affirmant que le logiciel avait été créé par une entreprise vénézuélienne. De fausses affirmations.

Donald Trump a-t-il raison?

Des problèmes ont bien eu lieu dans deux États dont les résultats sont contestés par Donald Trump et qui utilisent Dominion, selon le site de fact-checking Politifact. Dans le Michigan, le logiciel électoral n’a pas été mis à jour dans un comté, ce qui a conduit à un mauvais affichage des résultats donnant Joe Biden vainqueur. Mais cette erreur a été corrigée avant que les résultats définitifs du comté soient publiés.

En Géorgie, les machines de deux comtés sont tombées en panne brièvement le jour du scrutin, mais le problème a été corrigé par des techniciens de Dominion, et la fermeture des bureaux de vote a été repoussée de quelques heures.

Des supporters de Trump manifestant contre les résultats de l'élection

Des supporters de Trump protestant contre les résultats de l'élection présidentielle à Lansing, dans le Michigan - AFP

À ce jour, il n’existe aucune preuve que Dominion ait pu être utilisé pour une fraude à grande échelle. Mise en cause, l'entreprise a publié un communiqué répondant point par point à ces accusations de fraude et de dysfonctionnement. Concernant les incidents dans certains Etats, elle évoque des « erreurs humaines », rapidement réglées, ne permettant pas de mettre en doute la véracité des résultats.

Le système n'est toutefois pas infaillible. Des vulnérabilités à divers types d'attaques informatiques existent, mais cela ne signifie pas qu’elles ont été exploitées. Plusieurs autorités électorales locales et nationales, dont l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la Sécurité intérieure, ont par ailleurs écarté la possibilité d’une manipulation des votes sur machines. « Il n'existe aucune preuve d'un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », ont-elles ainsi affirmé. « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l'objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l'intégrité de nos élections. »

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