Le calvaire des femmes qui accouchent masquées

Accoucher masquée signifie aussi ne pas pouvoir embrasser son enfant à la naissance. - AFP
Accoucher masquée signifie aussi ne pas pouvoir embrasser son enfant à la naissance. - AFP
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Sur les réseaux sociaux, des voix s'élèvent pour dénoncer le port du masque imposé par certains hôpitaux durant l'accouchement. Une mesure contre-productive, voire dangereuse pour les femmes.

Le port du masque est obligatoire partout. Même dans les salles d'accouchement? La mesure peut surprendre tant la mise au monde d'un enfant relève d'un sport de haut niveau. En matière d’efforts physiques - on suppose que l'accouchement en fait partie - l'OMS a d'ailleurs déclaré qu'« il ne faut pas porter de masque quand on fait de l'exercice car les masques peuvent réduire l'aisance respiratoire. La transpiration peut entraîner une humidification plus rapide du masque, rendant la respiration plus difficile et favorisant la croissance des micro-organismes. » Mais alors pourquoi certaines maternités imposent-elles le port du masque?

L'illustration d’une voix que l'on étouffe

Depuis plusieurs mois, les témoignages de femmes obligées d'accoucher masquées se succèdent sur les réseaux sociaux. Nombreuses sont celles à décrire les conditions difficiles, parfois traumatisantes, dans lesquelles elles ont dû donner la vie, évoquant une sensation d'étouffement, des nausées et des évanouissements. Autant de difficultés qui compliquent l'effort. « J'ai accouché avec un masque: trois malaises à la poussée, impossible de bien respirer, obligée de m'arrêter de pousser en plein effort tellement je voyais des étoiles », confie l'une d'elles auprès du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.

Certaines regrettent également d'avoir rencontré leur bébé masquées. « C'était difficile de reprendre son souffle, mais ce qui m'a le plus affectée, c'est le fait de ne pas avoir pu embrasser ma fille quand ils l'ont posée sur moi », raconte une autre.

#StopAccouchementMasqué

Face à cette violence, un collectif français a décidé en septembre dernier de lancer le mouvement #StopAccouchementMasqué, dénonçant le caractère arbitraire des consignes médicales. En l'absence de recommandation officielle, chaque maternité, voire chaque soignant, décide pour les futures mères. « C'est inacceptable », estimait la présidente du collectif Sonia Bisch. Depuis, leur appel a été entendu. Ou presque. Lundi 9 novembre, le ministre français de la Santé Olivier Véran et la ministre française déléguée à l'égalité femmes-hommes Élisabeth Moreno ont indiqué dans un communiqué que le port du masque est « souhaitable en présence des soignants », mais il ne peut « en aucun cas être rendu obligatoire ».   

Si certains jugent ces déclarations ambigües, peu à l'écoute des femmes, la position est claire sur le fait qu'imposer le masque est interdit en France.

Et en Belgique?

La Plateforme pour une naissance respectée a récemment contacté les maternités bruxelloises et wallonnes pour connaître les procédures liées au Covid-19. Résultat: seulement quatre d'entre elles laissent les femmes respirer librement, optant plutôt pour une protection adéquate de leurs équipes. Il s'agit des maternités du CHM à Mouscron, du St. Nikolaus Hospital à Eupen, de l’hôpital Saint-Vincent à Dinant ainsi que, à Bruxelles, de l'hôpital d’Etterbeek-Ixelles. « Ailleurs, les femmes souffrent », constate la plateforme citoyenne. Dans les autres établissements, les pratiques sont variables. La plupart d'entre elles demandent le port du masque lorsque le personnel est présent dans la pièce. Enfin, huit maternités ont fait le choix de l'imposer pendant tout l'accouchement, soit du début du travail à la poussée: le CHR de Mons Site St-Joseph à Mons, la clinique Saint Pierre à Ottignies, le Grand hôpital de Charleroi-Notre Dame à Charleroi, l'Hôpital Civil Marie Curie à Charleroi, la maternité des Dix Lunes à Ath, le pôle Mère-Enfant à Hornu, la Maternité de Braine-l’Alleud, ainsi que celle de Saint-Elisabeth à Namur.

Une jeune maman prête à allaiter son enfant

- REUTERS

Un masque dangereux et inefficace

Contraire aux recommandations de l'OMS, l'obligation de porter un masque durant l'accouchement pourrait avoir de graves conséquences pour les femmes. Une enquête du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques a constaté une augmentation du pourcentage d'actes médicaux ou de complications depuis le début de l'épidémie de Covid-19, dont des déchirures périnéales, des fièvres et une hausse de l'utilisation des forceps. Sans parler des dégâts psychologiques comme les stress post-traumatiques et les dépressions du post-partum. C'est pourquoi le président du Collège national des sages-femmes Adrien Gantois n'a pas hésité à parler de violences obstétricales. « C’est choquant d’obliger des gens à porter un masque pendant l’expulsion. Il faut donner toute la liberté à chaque femme de vivre son accouchement. Ne pas donner la possibilité aux patients de vivre un accouchement respecté, c’est une violence obstétricale », a-t-il déclaré.

L'objectif est derrière le port du masque est louable: protéger le personnel médical, en première ligne, mais aussi les futurs parents. Mais on peut tout de même douter de l'efficacité d'une telle mesure, dès lors que le masque est imbibé de sueur, systématiquement décroché pendant les efforts expulsifs et touché par plusieurs personnes pour être remis en place. Surtout que des alternatives existent. Face à ce masque inutile car devenu inefficace, la solution pour protéger véritablement les soignants est de les équiper avec du matériel adéquat, comme des masques FFP2 pour l'instant réservés aux unités Covid.

« Les femmes ne sont pas tenues de sacrifier leur santé ou de gâcher leur accouchement pour pallier les carences du système médical ou les décisions sexistes de la hiérarchie hospitalière », dénonce Marie-Hélène Lahaye, co-fondatrice de la plateforme et autrice du blog Marie accouche là, dans une opinion publiée par Les Grenades. « Il est donc urgent que les hôpitaux équipent correctement les sages-femmes de leur maternité pour qu'elles puissent accompagner correctement les femmes qui accouchent. »

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