Covid-19: La stratégie suédoise a-t-elle échoué?

Aucun masque à l'horizon dans les rues de Stockholm - AFP
Aucun masque à l'horizon dans les rues de Stockholm - AFP
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Confrontée à une flambée des contaminations, la Suède, paradis des opposants aux mesures contre le coronavirus, a finalement dû revoir sa stratégie.

Le contraste avec le reste de l'Europe est saisissant. En Suède, la grande majorité des citoyens sortent sans masque. Les bars et restaurants sont ouverts. Les commerces aussi. Cet air de « comme avant », le pays scandinave le doit à sa stratégie qui a retenu l’attention du reste de l’Europe. Depuis le début de la crise, le gouvernement suédois a refusé de mettre en place des mesures strictes face à la pandémie de coronavirus, misant plutôt sur la responsabilité individuelle et sur l'immunité collective.

Huit mois plus tard, celui-ci semble avoir fait marche arrière, en annonçant lundi, pour la première fois, des mesures face au rebond de l'épidémie. À partir du 24 novembre, et pendant quatre semaines au moins, les rassemblements publics de plus de huit personnes seront interdits. Du jamais vu en Suède, même lors de la première vague. Si cette limite ne concerne pas officiellement les rassemblements privés, le Premier ministre suédois Stefan Löfven a tout de même appelé les citoyens à en faire « la nouvelle norme » pour les prochains mois. « N'allez pas à la salle de sport, n'allez pas à la bibliothèque, ne faites pas de dîners, ni de fêtes. Annulez tout ! », a-t-il exhorté, soulignant que l'épidémie allait « continuer à s'aggraver ». « Nous vivons une épreuve. Faites votre devoir et assumez vos responsabilités pour arrêter la propagation de l’infection. »

La semaine dernière, le gouvernement suédois avait déjà interdit la vente d'alcool après 22h dans les bars, les restaurants et les boîtes de nuit, et ce jusqu'en février 2021.

Accuser le coup

« À l'automne, il y aura une seconde vague mais la Suède aura un haut niveau d’immunité et le nombre de cas sera probablement assez bas », avait pourtant prédit en mai l'épidémiologiste en chef Anders Tegnell dans le Financial Times. Selon l'architecte de cette stratégie suédoise, 40% des habitants de Stockholm - le plus gros foyer de contamination - devaient être immunisés au Covid-19 à la fin du mois de mai. Mais un rapport de l'agence de santé publique suédoise est venu contredire ses prévisions: seulement 7,3% des habitants de la capitale testés avaient développé des anticorps.

Anders Tegnell

Anders Tegnell, épidémiologiste en chef de la Suède. - AFP

Sans immunité collective, la Suède, comme le reste de l'Europe, n'a donc pas échappé à la deuxième vague. Après être resté sur un plateau encourageant durant tout l'été, le pays longtemps montré en exemple enregistre depuis plusieurs semaines une flambée de nouveaux cas de contamination au coronavirus. Vendredi dernier, un record de 6.000 nouveaux cas quotidiens et 42 décès supplémentaires ont également été recensés, portant le bilan à plus de 190.000 cas et 6.321 décès. Bien loin des 300 décès de ses voisines norvégienne et finlandaise, ayant opté pour un semi-confinement.

Même sur le plan économique, les résultats de la Suède sont moins bons, avec une baisse de 8,6% de son produit intérieur au deuxième trimestre contre 6,3% pour la Norvège et 3,2% pour la Finlande.

Vers la fin du modèle suédois?

Face à ces chiffres inquiétants, certains scientifiques n'ont pas manqué de critiquer les autorités. « Jusqu’à présent, la stratégie suédoise s'est avérée être un échec dramatique », a déclaré au Financial Times la virologue Lena Einhor, une critique de longue date de cette stratégie d'immunité collective fortement décriée. « Essayer de parvenir à l’immunité collective en laissant se propager librement un virus dangereux serait problématique du point de vue scientifique et contraire à l'éthique. Laisser le virus circuler au sein de populations, quel que soit leur âge ou leur état de santé, revient à laisser libre champ à des infections, des souffrances et des décès inutiles », avait d'ailleurs averti l'OMS en octobre.

Pour justifier ce revirement de stratégie, le Premier ministre suédois a pointé le relâchement au sein de la population par rapport au respect des recommandations. Les mesures annoncées lundi restent toutefois bien moins strictes que celles appliquées dans les autres pays d'Europe, dont aucun (ou presque) n'a réussi à éviter la deuxième vague. L'échec est donc partagé.

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