Les reports de soins explosent… sauf pour les plus riches

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Les classes moyennes et populaires sont désormais presque autant concernées que les plus défavorisés par le renoncement aux soins de santé. Mais on constate aussi des inégalités de genre, d’âge ou de statut familial et socioprofessionnel.

Le chiffre tombe comme un couperet: en 2020, selon Solidaris, presque un Belge francophone sur deux renonce à un soin de santé alors qu’il en a besoin. Sans surprise, les personnes les plus touchées sont issu des couches défavorisées (60% d’entre elles reportent leurs soins), par souci d’économiser. Mais aujourd’hui, elles ne sont plus les seules à partager cette préoccupation. Les classes populaires et moyennes sont également touchées par ce phénomène (respectivement environ 55% et 49% de soins reportés). Cette évolution est déjà frappante en soi, mais en examinant dans le détail, plus d’inégalités encore apparaissent.

Un écart croissant entre les plus riches et les autres

Si on remonte six ans en arrière, cette situation était légèrement différente. À l’époque, les plus défavorisés étaient certes déjà bien touchés par ce problème, mais les autres groupes sociaux étaient plus ou moins sur le même pied d’égalité. Les revenus moyens côtoyaient de près les statistiques relevées pour les ménages les plus aisés.

Désormais, l’écart est énorme. Les plus riches ne sont en 2020 que 24,6% à renoncer à un soin. Encore plus frappant : depuis 2015, ils sont les seuls à voir ce chiffre baisser. Les inégalités augmentent donc dans les deux sens. Et encore, Solidaris précise que les classes favorisées pourraient être encore moins concernées par ce phénomène si la mutualité ne prenait pas en compte «les surcoûts parfois exorbitants» de leurs soins.

Les femmes seules très exposées

Les inégalités liées au revenu, c’est une chose. Mais c’est loin d’être le seul élément qui amène une personne à subir un report de soins. Parmi les autres facteurs qui jouent, Solidaris met un point d’honneur à alerter sur la situation des femmes. Elles sont systématiquement défavorisées, quel que soit le type de besoin de santé. Mis à part avec les visites chez le médecin généralistes, l’inégalité des sexes se traduit par un écart de 8% à 11,6%. Comme l’explique au Soir la responsable du pôle études chez Solidaris, Delphine Ancel, «c’est notamment lié au fait que les femmes sont majoritairement à la tête de familles monoparentales. Et d’un point de vue strictement économique, elles travaillent aussi souvent dans des métiers moins rémunérés».

Cette précision permet de relever une autre constatation de Solidaris : les familles monoparentales (soit un quart des ménages avec enfants) sont les plus touchées par les reports de soins. La mutualité précise même qu’elles sont «en très grand danger». Près de quatre ménages sur dix de ce type renoncent à une visite chez le dentiste ou chez un médecin spécialiste. Ce triste constat ne date pas d’hier mais s’est aggravé depuis 2015. Une situation qui pourrait presque faire oublier une autre évolution. À cette même date, ceux qui vivaient seuls étaient les moins concernés par ce type de problème. Maintenant, ils rattrapent presque les familles monoparentales.

En incapacité de travail et âgé de 40-59 ans: le combo à éviter

Évidemment, dans tous ces cas-là, le souci de dépenser le moins possible est central. C’est clair lorsque l’on regarde les différences entre statuts professionnels. Les chômeurs sont bien plus concernés par les reports de soins, et ce de plus en plus, là où les actifs restent stables. Mais c’est encore pire pour ceux en incapacité de travail où une personne sur deux reporte une visite chez un médecin spécialiste, un dentiste, un psy ou un ophtalmologue.

On peut enfin ajouter un dernier facteur aggravant: l’âge. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les plus de 60 ans qui sont les plus touchés. Ce sont les 40-59 ans. «L’hypothèse du "poids" de la famille dans le budget disponible pour les soins est vraisemblablement un facteur explicatif de ce résultat», explique Solidaris. Cela dit, ces classes d’âge sont toutes deux frappées par une aggravation de leur situation, avec des besoins différents mis de côté toutefois. Depuis 2015, les 40-59 ans renoncent beaucoup plus à une visite chez le psy, alors que leurs aînés tirent plus souvent un trait sur leurs médicaments ou sur un passage chez l’ophtalmologue.

La faute au gouvernement Michel?

Reste une question: pourquoi une telle dégradation? Bien sûr la crise sanitaire n’est pas là pour arranger les choses. Solidaris précise d’ailleurs que l’arrivée du coronavirus a un impact fondamental sur les personnes atteintes de maladies chroniques par exemple. «Un patient chronique sur cinq estime que l’annulation ou le report de ses soins durant le confinement aura des conséquences importantes voire très importantes sur sa santé», précise une autre de ses enquêtes.

Mais ce n’est pas le critère le plus marquant pour expliquer cette évolution qui est déjà constatée depuis quelques années. Pour la mutualité, il n’y a pas d’hésitation: «la politique d’austérité sans précédent menée par le gouvernement sortant contre l’assurance maladie est directement liée à cette évolution». Maintenant que le PS est revenu au gouvernement, la mutualité (qui est liée à ce même parti) se dit sans surprise plus optimiste sur l’avenir. Elle précise cependant qu’elle reste «vigilante» quant à une évolution positive dans ses statistiques des prochaines années.

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