Le documentaire Hold-Up : quand le complotisme mène au succès

Malheureusement, le nombre de spectateurs de Hold Up ne cesse d'augmenter. ©Maxppp
Malheureusement, le nombre de spectateurs de Hold Up ne cesse d'augmenter. ©Maxppp
Teaser

Comment un film de plus de 2h30 de contre-vérités et théories du complot est devenu un succès sur Internet et continue de déchainer les passions, malgré l’insistance des médias pour le décrédibiliser.

Le documentaire Hold Up, histoire d’un complot continue de faire parler de lui. Partout en Belgique et en France, les médias et organes officiels ne cessent de démentir, ou nuancer, ses affirmations et d’expliquer pourquoi ce film et ses propos sont problématiques.

Une démarche logique puisque la popularité du documentaire ne cesse de croître. Mais il est difficile de comprendre comment un film tel que celui-là, fait de raccourcis et de théories fumeuses, peut être produit et diffusé, d’abord, mais ensuite, et surtout, rencontrer un tel succès. Car s’il y a beaucoup de choses à critiquer, tant sur le fond que sur la forme, les porteurs du projet ont, malheureusement, plutôt réussi leur coup.

L'avant

Tout d’abord, il faut rappeler que les producteurs de Hold Up ont pu profiter d’un public déjà quasi acquis à leur cause puisque, plutôt que passer par les circuits traditionnels du cinéma documentaire ou de la télévision, ils ont préféré lancer une campagne de financement participatif pour financer leur projet sur le site Ulule. Logique puisque selon le documentaire, les médias contribuent à perpétrer « les mensonges » qu’il cherche à dénoncer. Chaque contributeur (ils étaient 5.000) était donc un spectateur acquis à la cause, et probablement quelqu’un qui parlerait du film autour de lui. Rien d’étonnant lorsqu’on voit la facilité avec laquelle les fakes news circulent sur les réseaux sociaux. A noter que la campagne a récolté 190.000€, soit 9x les 20.000€ demandés à la base. Autant de soutien, forcément, cela attire la curiosité.

Le succès est aussi dû en partie au fait que les réalisateurs et producteurs ne sont pas d’illustres inconnus mais un ancien journaliste et un réalisateur et producteur de télévision, avec des dizaines d’années d’expérience. Après une rapide recherche, on apprend ainsi que le réalisateur du documentaire est désormais connu pour ses projets complotistes, mais reste que son C.V. n’a rien de mensonger. 

Ensuite, la description du film au stade de projet diffère légèrement du résultat final. Comme l’a expliqué sur Twitter, Alexandre Boucherot, fondateur de Ulule, souvent questionné sur Hold Up, « le pitch initial était principalement positionné sur le mode "d'autres voix sont possibles", et le propos s'est politisé au fur et à mesure de la campagne. Avec le succès que l'on sait. Très vite on s'est rendus compte qu'il débordait du cadre initial supposé (le pluralisme des voix) pour devenir un étendard de thèses complotistes très éloignées de ce que l'on défend sur Ulule. »

Même si, comme le souligne Numerama, dès le début de la campagne, certains indices laissaient deviner les relents complotistes du projet, comme des messages anti-masques et pro-chloroquine dans la bande-annonce.

Le site a tout de même laissé la récolte se terminer et a expliqué son choix. Quand une campagne de financement « déborde » de ce qui était prévu, Ulule  « ne fait aucune pub au projet, mais ne le coupe pas pour éviter tout Effet Streisand » (quand le fait de vouloir faire disparaitre des informations provoque un partage massif de celles-ci). Pour ce qui de l’argent touché par le site, il est reversé à une œuvre caritative, ici, une association de association de défense de l'information. 

L’après

Mais quelques jours après sa sortie, alors que tous les médias tentent tant bien que mal de le décrédibiliser, le succès de Hold Up se poursuit. Et surtout, il continue de convaincre ceux qui doutaient, grâce à différents facteurs.

Il a notamment été partagé par quelques personnes influentes sur les réseaux sociaux, dont l’actrice Sophie Marceau qui a soutenu Hold Up devant ses 500.000 abonnés sur Instagram. Une publication likée par Carla Bruni et soutenue par Christophe Willem, entre autres.

Ensuite, il faut le dire : le film "fait" sérieux. Image, montage, son, musiques : le résultat est plutôt professionnel, et donc loin des vidéos conspirationnistes habituelles, souvent le fruit d’un travail amateur. Parmi les intervenants, beaucoup de personnes peu connues et dont le sérieux reste à prouver, on retrouve même le docteur Philippe Douste-Blazy, ancien ministre sous Chirac, ajoutant un certain cachet au film. Aujourd’hui, il affirme avoir été piégé et demande à être retiré du documentaire.https://www.lepoint.fr/sante/philippe-douste-blazy-se-desolidarise-du-documentaire-complotiste-hold-up-13-11-2020-2400902_40.php

Et si Hold Up a profité du succès de son financement participatif, une deuxième campagne est toujours en cours aujourd’hui et continue d’engranger énormément d’argent. C’est sur la plateforme Tipee cette fois, qui propose aux internautes de faire des dons mensuels à un projet. Aujourd’hui, les producteurs reçoivent 150.000€ par mois par ce biais, provenant d’un peu moins de 8.000 soutiens. De quoi attirer à nouveau la curiosité. L’objectif de cette collecte : diffuser le documentaire gratuitement, en libre accès, ce qui devrait encore faire grandir le nombre de ses fans, mais aussi produire des contenus plus courts et plus régulier. 

Comme Ulule, Tipiee ne bloque pas cette campagne, mais le site affiche actuellement un message : « Nos équipes sont en contact avec les organismes compétents pour juger de la licéité des contenus proposés par le créateur et de la légitimité à les faire financer sur la plateforme. D'ici à ce que nous obtenions une réponse formelle, nous vous invitons à la prudence et à vérifier la véracité des informations que vous consultez en vous référant notamment aux recommandations du gouvernement. »

Complotisme en toute légalité

Il est logique de se demander s’il est légal de diffuser de telles informations et d’en tirer autant de profit. 

Comme l’a expliqué Le Monde, en France, cela n’est pas répréhensible. Il existe bien des lois sur la manipulation de l’information mais elles ne portent que sur la période électorale et les réseaux sociaux. Seuls les messages portant atteinte à l’honneur d’une personne ou d’une organisation, sans preuve, peuvent être poursuivis. 

Mais au final, un des facteurs du succès de ce film auprès des complotistes, des convaincus et de ceux qui doutent, se trouve au sein même d’un de ses postulats de départ. Hold Up met en cause les médias généralistes, en connivence, et leur rôle dans cette épidémie, fabriquée de toutes pièces selon ses auteurs.

Ces mêmes médias se retrouvent donc face à un choix cornélien : ne pas parler du film et laisser les théories dangereuses se propager ou démonter les arguments du documentaire, ce qui contribue à lui donner de la visibilité et à soutenir la thèse qu’il défend. En effet, le film a été supprimé des plateformes de diffusion Vimeo et Dailymotion, ce qui, finalement, appuie son propos. Plus on censure ce documentaire, plus les médias tentent de le décrédibiliser, plus on donne du grain à moudre à ses défenseurs. 2020, dure année pour la vérité.

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