Les droits des aînés bafoués pendant la pandémie

Une résidente en maisons de repos - Belga
Une résidente en maisons de repos - Belga
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Amnesty International a publié un rapport cinglant sur la gestion de la crise sanitaire dans les maisons de repos, pointant une série de violations des droits humains subies par les résidents entre mars et octobre.

Face au Covid-19, le bilan des maisons de repos est catastrophique. Sur les 14.000 décès recensés en Belgique, plus de 6.000 se sont produits dans ces collectivités, où les résidents sont particulièrement vulnérables au coronavirus. Rien que pour la première vague de l'épidémie, les chiffres sont encore plus stupéfiants, avec un pourcentage de 63,3%. Comment en est-on arrivé là?

Au-delà d'un manque structurel de personnel et de financement qui concerne tout le secteur de la santé ou d'un manque de préparation à une pandémie, qui concerne tous les secteurs, cette crise sanitaire a mis en lumière la différence de traitement à l'égard des aînés. En voulant éviter la saturation des hôpitaux, le gouvernement a souvent laissé les maisons de repos livrées à leur sort, insiste Amnesty International dans un rapport publié ce lundi, bafouant ainsi les droits humains des personnes âgées.

Négligence et décès prématurés

Les droits à la santé, à la vie et à la non-discrimination ont été violés lorsque des résidents ont été privés de transferts dans des établissements hospitaliers afin de garder des lits disponibles, dénonce l'ONG. Selon Médecins sans frontières, seuls 57% des cas graves ont pu être transférés à l'hôpital pendant la crise, contre 86% avant. « Certaines personnes âgées sont probablement décédées prématurément, en raison de l'interprétation mortifère des directives concernant le tri des patients », accuse Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International. Selon son rapport, les soins qui étaient habituellement prodigués dans des hôpitaux ont dû être apportés à l'intérieur même des maisons de repos et de soins sans les ressources, l'expertise et le personnel nécessaires.

Dans une maison de repos en Belgique

Au début de la crise, le personnel des maisons de repos étaient loin d'avoir le même équipement que les soignants dans les hôpitaux. - BELGA

Outre les soins à prodiguer, le personnel, déjà surchargé en temps normal, devait également surveiller les mesures de confinement et d'isolement. Le tout, sans équipements de protection individuelle suffisants et adéquats. « Le manque important de personnel et le contrôle limité de l'extérieur ont conduit dans certains cas à des négligences », pointe l'ONG dans son rapport. « Certains résidents n'ont pas reçu tous les soins nécessaires et sont restés en pyjama pendant des jours sans aide pour s'habiller, se laver ou pour toute autre hygiène personnelle. Pire encore, certains étaient mal nourris ou mal hydratés. » Et la limitation de l'accès des médecins généralistes à ces établissements n'a fait qu'aggraver la situation.

L'impact de l'isolement

En plus des mesures générales de confinement imposées pour enrayer l'épidémie de coronavirus, les visites dans les maisons de repos ont été suspendues, avec un impact considérable sur le bien-être des résidents. « Malgré les bons soins dont bénéficie ma mère dans la maison de retraite, elle se sent comme dans une "prison" coupée de la société, traitée avec condescendance, discriminée en raison de son âge. Elle dit qu’elle ne s’est jamais sentie aussi malheureuse de toute sa vie, y compris pendant la guerre », témoigne ainsi Fernanda, fille d’Emma. Des proches ont partagé leur inquiétude quant aux effets dévastateurs de l'isolement à long terme, déclarant que les résidents étaient moins capables de se déplacer, que leurs fonctions cognitives diminuaient et qu’ils se sentaient moins enclins à participer à des conversations et à d'autres activités.

« On ne peut pas reprocher aux maisons de repos de ne pas autoriser les visiteurs, car on ne sait pas du tout qui est responsable », précise toutefois le directeur de l'une d'entre elles, Geert Polfliet. Mais, au cours de son enquête, Amnesty International a noté que des résidents avaient été isolés dans leur chambre, parfois avec la porte verrouillée, attachés à leur fauteuil roulant pendant plusieurs jours ou mis sous sédatif. Ce qui peut être considéré comme des traitements cruels ou de la torture, avec des conséquences désastreuses sur la santé mentale et physique des patients. Le fautif ici est à nouveau, non pas le personnel lui-même, mais le manque d'effectifs. En coupant les maisons de repos au monde extérieur, le coronavirus a privé celles-ci d'une aide cruciale, celle des familles et des bénévoles qui comblent au quotidien le manque de temps et de personnel.

Dans une maison de repos en Belgique

Après le confinement, certaines maisons de repos ont usé de créativité pour permettre à leurs résidents de revoir leurs proches. - Reuters

Face à cette prise en charge problématique, les maisons de repos en Wallonie et à Bruxelles ont reçu près de 220 plaintes de résidents ou de leur entourage durant la première vague du coronavirus, selon les informations du Soir. Un nombre impressionnant puisqu'il équivaut à la moyenne habituelle sur une année complète.

Les leçons à tirer

Et maintenant? Amnesty International estime qu’« il est important de tirer au plus vite les leçons de la manière dont chaque niveau de pouvoir a fait face à la crise pour que les erreurs commises ne se reproduisent plus ». D'autant plus que la Belgique est en train de vivre une deuxième vague. L'ONG appelle ainsi à trouver un juste équilibre entre la protection contre les personnes potentiellement infectées et la santé mentale. « Il est de la plus haute importance que les autorités belges donnent la priorité aux efforts visant à respecter, protéger et rendre effectifs les droits humains des résidents des maisons de repos dans le cadre de la crise de la Covid-19 et des politiques à plus long terme visant à contrer la pandémie. »

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