Une rentrée scolaire qui suscite encore beaucoup de questions

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L’enseignement obligatoire reprend ce lundi 16 novembre sous code rouge. Enfants, parents et enseignants vont devoir jongler avec les contraintes, les agendas, le risque épidémique et une session d’examens déjà compromise pour certains.

Ce dimanche 15 novembre est donc le dernier jour d’un congé de Toussaint rallongé pour cause de pandémie. Tous les enfants retrouveront les cours à temps plein mais l’enseignement sera adapté à chacun pour limiter les risques de contagion. Alors que les nouvelles règles sont a priori établies jusque Noël, deux camps se dessinent déjà sur la forme que doit prendre cette rentrée, surtout dans le secondaire: ceux qui sont pour le présentiel et ceux qui sont contre. Et il y a encore beaucoup d’incertitudes. On fait le point.

Une rentrée en demi-teinte

Les maternelles, les primaires et les deux premières années de secondaires retournent physiquement sur les bancs de l’école. Leurs aînés ont pour consigne d’avoir une moitié de présentiel et une autre à distance. Cela dit, les établissements sont assez libres d’appliquer cette mesure selon la configuration des lieux. Certains préféreront avoir par exemple en présentiel des classes entières de 3e et 4e un jour, de 5e et 6e le lendemain, alors que d’autres préféreront couper toutes les classes en deux. Dans tous les cas, une tournante se mettra en place.

Dans les écoles qualifiantes, les ateliers se feront logiquement en présentiel, le reste plutôt à distance. Le masque sera imposé dès 12 ans, voire 6 ans dans certaines communes (la commune de Courcelles a déjà annoncé que ce serait le cas dans toutes les écoles de son territoire), les activités externes seront suspendues et certains cours comme ceux de gym et de morale/religion pourront être supprimés. Les maternelles auront la cantine, les primaires un pique-nique à la cantine et les secondaires un pique-nique en classe. Enfin, à la maison, les cours prendront des formes diverses avec à la fois des cours en ligne, des travaux, des lectures, etc.

Une question va néanmoins vite se poser: que faire des examens de Noël? Pour la Communauté germanophone, c’est clair, il n’y aura pas d’épreuve en fin d’année. Certains pouvoirs organisateurs francophones pourraient faire de même, comme le fait savoir la ministre de l’Enseignement Caroline Désir à l’Écho. Elle laisse à chaque école le soin d’en décider en fonction de l’avancement des apprentissages essentiels. Pour juin, il est beaucoup trop tôt pour se prononcer mais la ministre dit déjà y travailler. Elle réfléchit aussi à une reconfiguration des périodes de vacances, ce qui doit encore être discuté avec les acteurs concernés.

La crainte d’un rebond épidémique

Toutes ces décisions ne closent cependant pas un vif débat : est-il raisonnable de laisser les écoles ouvertes en pleine deuxième vague? Pour le virologue Marc Wathelet, la réponse est non. Il estime que les écoles sont un «moteur de l’épidémie» et appelle à une fermeture jusqu’à ce que la Belgique redescende à 50 nouveaux cas par jour. Il s’attend à un rebond des contaminations les jours qui suivent la rentrée des classes.

Cette crainte est également partagée dans les hôpitaux. Chef des soins intensifs à l’hôpital universitaire de Gand, Dominique Benoît confie ainsi au site d’informations 7sur7 que les écoles risquaient de provoquer des hospitalisations à moyen terme. «D’ici là, la charge des soins intensifs sera peut-être passée de 1.500 à 1.200, mais la marge est si faible pour le moment qu’il ne faut pas grand-chose pour atteindre à nouveau nos limites», dit-il. Lui préfère attendre que l’on redescende à 750 lits Covid en soins intensifs pour avoir plus de marge. Et certaines études ne sont pas pour le rassurer, comme celle initiée par la KU Leuven qui, en faisant des tests en milieu scolaire, a conclu à une circulation parfois plus active que prévu à l’école. Une autre analyse réalisée par l’infectiologue Christelle Meuris (CHU de Liège) arrive à la même conclusion. «Il est faux de dire que les enfants sont préservés du Covid à l’école», dit-elle, même si elle souhaite le maintien des écoles avec un cadre mieux adapté.

Cette situation génère en tout cas beaucoup d’anxiété, non seulement chez les parents mais aussi chez les enfants. La RTBF relaie par exemple une lettre d’élèves de première secondaire qui demande la possibilité de réclamer des cours à distance, ce qu’ils n’ont pas. «Je vais recommencer à avoir peur constamment. Des mesures de distanciation existent mais elles sont parfois très difficiles à tenir», explique ainsi Alisée Vanderweerden, 13 ans. «Certains élèves n’osent plus embrasser leurs parents ou simplement les prendre dans leurs bras».

Entre nécessité du présentiel et ton rassurant

Mais si ces élèves disent avoir parfois de moins bonnes notes à cause du présentiel, les pédiatres restent formels: un confinement scolaire serait une catastrophe, en creusant encore plus les inégalités. Un phénomène confirmé par des chercheurs de la KU Leuven qui ont calculé un retard scolaire moyen de six mois et ce déjà en juin en 6e primaire. L’UMONS note quant à elle que seuls 55% des enseignants ont respecté la consigne de ne pas voir de nouveaux contenus scolaires au printemps. D’où la volonté de la ministre de garder un maximum le présentiel, d’autant plus que le problème d’absentéisme des professeurs devrait être réglé par la période de repos de Toussaint.

Et si les nouvelles données épidémiologistes reconsidèrent peu à peu les contaminations à l’école, le consensus scientifique reste que le risque de contagion est limité jusqu’à la puberté, comme l’a confirmé le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem. «On s’attend à un éventuel impact [de la rentrée] mais on estime qu’il ne sera pas significatif», explique-t-il. «La grande majorité des élèves infectés par le coronavirus ont probablement été infectés en dehors des murs de l’école», ajoute pour 7sur7 Stefan Grielens, directeur du centre libre d’encadrement pour élèves (CLB). «Les règles sanitaires dans les écoles ont coûté beaucoup d’efforts, mais elles sont clairement payantes», dit-il. «Nous restons en contact constant avec les experts. Après dix jours, on procédera à une première évaluation de la situation», confirme pour finir à l’Écho la ministre de l’enseignement Caroline Désir.

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