Les dix contrevérités du docu polémique Hold-Up

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Teaser

Ce film, très partagé sur les réseaux sociaux, prétend montrer ce qui se trame vraiment derrière la crise sanitaire. Nous l’avons vu et, après vérification, voici comment il réutilise les faits à sa manière.

Difficile de passer à côté: le nom «Hold-Up» apparaît partout. Depuis quelques jours, ce documentaire français de plus de 2h40 est largement diffusé sur le net et présente ce qui serait la vérité sur le coronavirus. Sa conclusion: le Covid-19 aurait été créé en laboratoire et orchestré par les élites réunies à Davos pour tuer les pauvres voire les remplacer par des robots. Pour contrer cette «Grande Réinitialisation» («Great Reset») comparée à l’Holocauste, un seul sauveur serait capable d’arrêter cette folie furieuse: Donald Trump.

Évidemment, le réalisateur Pierre Barnérias ne présente pas directement son point de vue mais l’aborde seulement dans la dernière partie du documentaire. Pendant les deux heures précédentes, il compile argument sur argument avec des experts controversés pour affaiblir les certitudes et, au final, imposer son nouveau paradigme. Le souci, c’est que pour chaque thème, il utilise un fond de vérité pour le détourner complètement et le pervertir. Nous avons regardé Hold-up et réalisé un travail de fact-checking répartis ici en dix points.

Le Canada, adepte des «camps d’internement» Covid?

Parmi les nombreux éléments qui dénoncent la gestion de la crise par les gouvernements, Hold-Up donne la parole à un député canadien, Randy Hillier, qui s’offusque de la construction de «futurs camps d’internement au Canada» pour isoler les cas de Covid-19, ce qui n’est pas sans faire penser aux camps nazis. Sauf que ces «camps» sont en réalité surtout… des chambres d’hôtel. Lorsqu’une personne entre sur le territoire canadien et doit faire une quarantaine pour éviter tout risque de contamination, il arrive que celle-ci n’ait nulle part où se loger. Ces chambres sont donc là pour permettre cet isolement. Bien loin de l’idée d’un quelconque «camp d’internement» donc.

Des libertés prises avec l’histoire

Pour appuyer la thèse d’une pandémie anormale et donc suspecte, le documentaire affirme que «jusqu'à maintenant, les virus venant du monde animal ont du mal à se transmettre d'homme à homme». Pourtant, la liste des exemples qui contredisent cette affirmation est longue: le virus Ebola, le VIH, la variole ou encore simplement les autres types de coronavirus (autres que pour le Covid-19) avec pour vecteurs des chauves-souris, des singes ou encore des rongeurs.

À un autre moment, Hold-up contredit la possibilité d’une deuxième vague de Covid-19, ce qui serait une «nouveauté absolue pour une épidémie mondiale» qui «contredirait toute l’épidémiologie infectieuse». Sauf que cette deuxième vague a depuis eu lieu. De plus, le fait que les épidémies se décomposent en vagues successives est plutôt la norme, comme l’attestent les retours de la peste, du choléra ou de la grippe espagnole.

La Suède, une «merveilleuse expérience»?

Hold-up s’oppose clairement à la logique de confinement et utilise pour cela l’exemple de la Suède, qui aurait «pris la bonne décision» en décidant de ne pas intervenir. Certes, la Suède n’a pas opté pour un confinement strict, mais il faut préciser deux choses. D’une part, ce pays a quand même pris un grand nombre de mesures pour limiter les contacts, même s’il n’est pas très exigeant en matière de masques. D’autre part, rien n’indique que la Suède soit un modèle. Le taux de mortalité par million d’habitants y est similaire à celui de la France et surtout dix fois plus élevé que ses voisins norvégien et finlandais. Une mortalité d'ailleurs probablement réduite là-bas par une faible densité de population (le comté de Stockholm a une densité près de 60 fois moins importante que Paris intra-muros, pour une population équivalente, sans compter le reste du pays), et par sa situation à l’écart du continent, contrairement à la Belgique qui est un véritable carrefour où se croisent les potentiels malades.

Des autopsies interdites

Deux intervenants, Violaine Guérin et Luigi Cavanna, assurent que l’OMS et des gouvernements comme celui italien, auraient «interdit les autopsies» sur les corps des malades du Covid-19. Or dans les deux cas, ces autorités ont juste invité à prendre de grandes précautions lors de ces opérations pour éviter toute contagion. Il n’y a jamais eu d’interdiction. Quant aux autopsies soi-disant «illégales» réalisées malgré tout en Italie, elles auraient selon Cavanna révélé que les victimes seraient mortes de caillots et non du Covid-19. Mais ce serait oublier que le Covid-19, dans les cas les plus graves, peut provoquer ce type de complication à cause de l’inflammation produite. Rien d’étonnant donc là-dedans et pas de «secret d’État».

La chloroquine comme remède mal-aimé

Le documentaire prétend longuement que la chloroquine, un antipaludique, serait efficace contre le Covid-19 mais injustement honnie par les autorités. Si son efficacité a fait l’objet d’un réel débat au début de la pandémie, Hold-up ne précise pas que les méta-analyses (comme dans la revue Clinical Microbiology and Infection) sont depuis arrivées à la conclusion qu’elle n’avait, au mieux, aucun impact positif.

D’autres affirmations à ce sujet peuvent également être démenties. Non, il n’y a pas eu plus de morts en juin lorsqu’une étude publiée dans The Lancet (puis retirée car sujette à caution) avait alerté les médecins sur la potentielle dangerosité de la chloroquine, ce qui les aurait empêchés d’en administrer aux patients et donc provoqué des morts. Seuls de rares pays comme le Chili ont vu un pic en juin, tout au contraire de l’Europe. Et non, le célèbre docteur américain Anthony Fauci n’a jamais soutenu la chloroquine puis fait volte-face. L’institut dont il était directeur (l’Institut national des allergies et maladies infectieuses) a simplement réalisé une étude en 2005 sur l’effet de la chloroquine sur un cousin de l’actuel coronavirus, le Sars-CoV. Mais de un, cette expérience en labo ne s’est jamais faite en situation réelle et n’était donc pas aboutie. Et de deux, le docteur Fauci n’a jamais eu de position personnelle au sujet de cette étude.

Du Rivotril pour tuer les séniors?

Hold-up assure qu’un médicament, le Rivotril, aurait servi à euthanasier les personnes âgées. Mais si le Rivotril a bien été utilisé, c’est pour combler le manque de midazolam et assurer «la prise en charge palliative des patients confrontés à un état asphyxique et ne pouvant être admis en réanimation, ou pour lesquels une décision de limitation de traitements actifs a été prise», décrit la Fédération des pharmaciens d’officine (FSPF). Pas pour tuer donc.

L’affaire des brevets

Les intervenants assurent que les laboratoires ont volontairement créé le Covid-19. Pour cela, ils donnent l’exemple d’un brevet portant sur des tests de détection du Covid-19… en 2015. Ce brevet existe, mais le souci, c’est qu’il a été modifié plusieurs fois depuis 2015. C’est ainsi que des techniques d’analyse médicales ont été mises à jour en 2020 pour s’appliquer au Covid-19. Il n’était pas question de cette maladie il y a cinq ans. Hold-up brandit aussi un brevet de l’Institut Pasteur qui montrerait qu’il aurait créé cette maladie il y a quinze ans. Sauf qu’en réalité, ce brevet montre que cet institut cherchait un vaccin contre une épidémie cousine, celle du Sras de 2002-2004. Il n’était pas question du coronavirus actuel, le SARS-CoV-2.

Des chiffres de mortalité manipulés?

Selon Hold-up, le «plus grand canular» de l’épidémie serait la projection de Neil Ferguson qui prévoyait un risque de 500.000 morts au Royaume-Uni, ce qui aurait abusivement amené les pays européens à se confiner par peur. Si le Royaume-Uni a en effet dix fois moins de morts pour l’instant, il faut rappeler que cette prévision était une estimation haute et que le confinement a de toute évidence permis d’écarter ce scénario.

Le documentaire montre aussi sa méconnaissance en prétendant que le confinement est inefficace car les morts ont surtout eu lieu pendant le confinement. Sauf que c’est tout à fait normal puisqu’il y a une période d’incubation et d’aggravation de la maladie qui fait que les contagions antérieures au confinement ont lieu pendant celui-ci. Sans confinement, la mortalité aurait sûrement été beaucoup plus importante. Quant à l’Irlande, dénoncée pour s’être reconfinée alors qu’elle avait peu de morts, il faut rappeler que ce pays a réagi vite à l’augmentation des cas qui faisait craindre une hausse des décès. Aujourd’hui, les statistiques montrent que cela a marché, et ce bien plus qu’en Belgique où le reconfinement a été moins strict et moins rapide. Précisons juste qu'il ne s'agit pas ici de faire face à une simple «grippette» (contrairement à ce que veut faire croire Hold Up) mais à ce qui est déjà avec plus de 14.000 morts en Belgique la deuxième pathologie létale sur un an derrière l'insuffisance cardiaque (environ 20.000 morts par an), devançant même les différents cancers pris séparément.

Des tests «trop efficaces»?

Selon le documentaire, les tests PCR, où l’on «zoome» sur l’échantillon pour détecter le coronavirus, seraient surinterprétés avec trop de cycles d’amplification, surtout en France qui aurait de ce fait «beaucoup plus de cas positifs» que ses voisins. Sauf qu’aucun des chiffres donnés ne correspondent à la réalité. De un, la France a détecté moins de cas positifs par million d’habitants que la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne ou la Suisse. De deux, la Société française de microbiologie (SFM) contredit que l’on détecte tout et n’importe quoi à partir de 30-35 cycles. En réalité, jusqu’à 33, une détection est positive. Entre 33 et 37, c’est positif faible et au-delà, le résultat est négatif si un seul gène est détecté. Et cerise sur le gâteau: chaque labo a des cycles différents. Ce n’est pas une norme nationale.

Enfin, Michael Yeadon affirme que 95% des tests sont de faux positifs. Le seul appui à cette thèse est un article du New York Times où il est écrit que «90 % des personnes testées positives ne portaient pratiquement aucun virus», mais pas qu’il s’agit de faux positifs. Ils sont simplement moins porteurs de virus et moins contagieux. Un débat est d’ailleurs en cours pour savoir à partir de quel niveau on doit s’inquiéter d’un cas positif. Mais des chercheurs comme Sylvie van Der Werf, virologue à l’Institut Pasteur, interrogée par Libération, alerte sur le fait qu’une personne testée positive peut voir ses résultats empirer après un test si la maladie reprend de la vigueur.

Une dénonciation massive des masques

Enfin, le documentaire met un point d’honneur sur les masques qui provoqueraient des allergies, une prolifération de bactéries, une multiplication des champignons, des maux de tête et des problèmes de respiration. Oui, les deux premiers points sont attestés, mais les bactéries éjectées par la bouche sont considérées comme non dangereuses dans ce cas par les professionnels de santé. Pas de réelles attestations par contre pour les champignons. Quant aux deux derniers reproches, cela peut être dû à la mauvaise qualité de certains masques et dans cette hypothèse, ils ne sont pas reconnus par les autorités.

Quant aux agissements des autorités en la matière justement, si elles ont d’abord préconisé le masque seulement pour les malades puis pour tout le monde, c’est parce qu’en apprenant à connaître le virus, les scientifiques ont révisé leurs connaissances en la matière. Désormais, le consensus est que le masque marche aussi pour protéger directement les non-malades.

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