Cinq ans après, ils se souviennent du Bataclan

Commémoration en petit comité ce 13 novembre 2020 - BELGA
Commémoration en petit comité ce 13 novembre 2020 - BELGA
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Le 13 novembre 2015, Paris était la cible d'attentats islamistes qui ont fait 130 morts. Covid oblige, les commémorations ont été limitées, mais la mémoire est toujours vive.

C'était un vendredi 13. Comme aujourd'hui. Pour les rescapés des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts, 413 blessés à Saint-Denis et dans le XIème arrondissement et une prise d'otage de plus de deux heures au Bataclan), la symbolique n'est pas passée inaperçue. Pourtant, cette année, mesures anti-Covid obligent, ils ne pourront pas se retrouver pour commémorer et rendre hommage aux victimes. Seuls quelques politiques se retrouvent ce matin devant le Bataclan pour marquer le coup.

 

Cinq ans après, les rescapés du Bataclan sont toujours en contact, régulièrement. Beaucoup se considèrent comme des « potages » (contraction de « potes » et « otages »). Durant cette année 2020, ils ont régulièrement pris l'apéro virtuel ensemble. Même si la plupart vit désormais hors de Paris. Souffrant de stress post-traumatiques, nombreux sont ceux qui ont été incapables de reprendre le travail « comme avant » après le 13 novembre. Et beaucoup ont changé de voie professionnelle, le plus souvent pour des métiers plus autonomes, loin des grandes entreprises parisiennes.

 

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Réinsertions professionnelles

 

Depuis 2015, « beaucoup de victimes ont remis en question leur travail, et environ 25 % des membres de notre association ont franchi le cap de la reconversion », explique au Monde Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris fondée dans le sillage du 13 Novembre et qui a accompagné les rescapés après les attentats. « Ce n’est qu’en 2018 que l’on a pu aborder concrètement la question de la reconversion. Avant, les rescapés étaient trop dans leur traumatisme », rapporte Cécile Baubil de Life for Paris.

 

Il y a Rémi, qui travaillait pour un gros assureur parisien, devenu brasseur de bières artisanales à Montpellier ; Caroline, qui est devenue sophrologue par la force des choses, pour pouvoir élever ses enfants qui ont perdu leur père dans l'attentat; Camille, qui a déménagé à Annecy et travaille désormais dans une petite boîte qui cherche des solutions pour limiter la pollution du transport routier ; David, 23 ans à l'époque, qui avoue ne pas encore avoir trouvé sa voie, mais qui vient de publier un livre-témoignage sur les attentats (« Un jour dans notre vie », Pygmalion).

 

Il explique au Huffington Post : « Comme chaque année, j’essaie de ne pas trop me poser de questions, sinon c’est une spirale qui m’emporte. Mais je sais que ce soir, ça ne va pas être simple. Surtout à 21h47, au moment où tout a commencé et où ma vie a basculé. Et surtout cette année où il n’y a pas de commémoration. Je pensais que les autorités ne toucheraient pas à cette date qui pour moi est sacrée. En même temps je comprends cette décision, mais c’est une tristesse ».

 

« Il y a ce besoin de nous retrouver, nous ; mais il y a aussi celui de rendre hommage à ceux qui sont restés là-bas, et ça ce n'est possible que devant le Bataclan, même si ça ne doit durer que cinq minutes », dit Stéphane, lui aussi rescapé du Bataclan, à France Inter tandis que sa compagne Marie, qui était aussi au Bataclan, explique : « Ce qui est important, c'est que le recueillement officiel soit maintenu, même si c'est infime ».

 

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Cinq ans après, recrudescence d'attentats islamistes

 

Ce triste anniversaire arrive aussi à un moment où la France et l'Europe font de nouveau face à une flambée d'attentats islamistes avec la décapitation du professeur à Conflans-Saint-Honorine, Nice et Vienne. Le procès des attentats de Charlie Hebdo a rouvert un gouffre dans la société qui ne s'était pas refermé.

 

Pour Victor, qui a été blessé à la jambe lors de l'assaut au Bataclan, interrogé par Le Figaro, « cinq ans après, j'ai pas l'impression que ça n'a pas beaucoup évolué. On ne va pas combattre cela en mettant des bougies. Quand on parle de déradicalisation, je trouve qu'on est complètement à côté de la plaque. C'est très naïf de penser que ce genre d'individu pourrait se repentir. Il y a eu trop de vies anéanties, trop de douleur, trop d'images qui restent... J'ai envie de croire que le pardon se mérite. Et si on pardonne tout, à la fin, ça recommencera ».

 

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