La conquête du Sénat, l'autre bataille des démocrates

Des supporters du candidat démocrate au Sénat Jon Ossoff, le 6 novembre, à Atlanta, en Géorgie. - Reuters
Des supporters du candidat démocrate au Sénat Jon Ossoff, le 6 novembre, à Atlanta, en Géorgie. - Reuters
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Joe Biden a gagné la présidentielle, mais sa capacité à mener à bien son programme dépendra d'une autre élection, celle du Sénat.

Plus d'une semaine après l'Election Day, l'avenir de la politique américaine est toujours incertain. Joe Biden est, certes, le futur président des Etats-Unis, même si Donald Trump refuse encore d'admettre sa défaite. Son parti démocrate est assuré de conserver le contrôle de la Chambre des représentants. En revanche, au Sénat, la course reste ouverte.

La bataille est aussi serrée que le duel présidentiel. Pour l'instant, les républicains comptent 50 sénateurs et les démocrates 48. Dans cette chambre haute qui en compte 100, l'opposition n'est donc plus qu'à un siège de la conserver. Pour rattraper son retard, le parti de Joe Biden doit impérativement remporter les deux derniers postes encore à pourvoir. Si tel était le cas, le Sénat se retrouverait à égalité parfaite entre les deux camps. Ce qui offrirait un avantage aux bleus puisque, conformément à la Constitution, chaque vote litigieux sera départagé par la vice-présidente Kamala Harris.

D'une importance capitale

A l’inverse, il suffit d'une seule victoire aux rouges pour conserver leur majorité et compliquer la tâche de Joe Biden. Car, aux Etats-Unis, aucune loi ne peut être adoptée, sans le feu vert du Sénat. Organe-clé de la politique américaine, celui-ci a aussi le pouvoir d'approuver - ou non - les nominations présidentielles: ses ministres, ses ambassadeurs, et les juges, notamment à la Cour suprême.

Joe Biden

Joe Biden peut compter sur une majorité démocrate à la Chambre des représentants, mais pas (encore) au Sénat. - Reuters

Du procès en destitution promptement expédié à la nomination tout aussi rapide de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême en passant par la nomination de plus de 200 juges dans les tribunaux fédéraux, les quatre années de la présidence Trump ont illustré l'importance capitale d'un Sénat de la même couleur que la Maison-Blanche. En pleine crise sanitaire, économique et environnementale, les enjeux de son contrôle sont d'autant plus cruciaux. S'il reste aux mains des Républicains, la présidence de Joe Biden pourrait être sérieusement entravée, notamment sur les questions liées à la santé et à la lutte contre le changement climatique.

Yeux rivés vers la Géorgie

Il faudra être patient pour connaître la couleur finale du Sénat. Tout se jouera le 5 janvier prochain en Géorgie, où les deux derniers postes en jeu seront attribués à l'occasion d’un second tour. Pour l'un des deux sièges, la sénatrice républicaine sortante Kelly Loeffler affrontera le démocrate Raphael Warnock. Pour l'autre, le sortant républicain David Perdue sera défié par le démocrate Jon Ossoff. Dans cet Etat traditionnellement conservateur où Joe Biden fait la course en tête, aucun d'entre eux n'a obtenu plus de 50% des suffrages, ce qui entraîne automatiquement un « run off ».  

Et la campagne a déjà commencé. « Et maintenant nous allons prendre la Géorgie, et nous allons changer le monde ! », a lancé dimanche Chuck Schumer, le chef de la minorité démocrate au Sénat, après la victoire de Biden-Harris. Le sénateur républicain Marco Rubio a, quant à lui, qualifié la Géorgie de « pare-feu contre l'agenda radical de l’extrême gauche ».

Conscients de l'enjeu majeur que représente le contrôle du Sénat, les deux camps promettent d'injecter des millions de dollars dans cette élection géorgienne, à la portée nationale. Le groupe Fair Fight Action, fondé par Stacey Abrams, l'ancienne candidate démocrate au poste de gouverneur battue sur le fil en 2018, a récolté plus de 6 millions de dollars pour soutenir Jon Ossoff et Raphael Warnock.

Pendant ces deux mois qui nous séparent du second tour, « il y aura des dépenses records, des campagnes sans précédent et des tonnes de calomnies - plus que ce que nous avons l'habitude de voir », prédit Andra Gillespie, docteure en science politique, à la National Public Radio. Selon les experts, la bataille se résumera au taux de participation. D'où l'importance de ne pas froisser l'électorat républicain dans cet Etat, qui aurait voté pour Joe Biden, avec une courte d'avance de 14.000 voix sur son adversaire. Une première pour un candidat démocrate depuis 1992. C'est d'ailleurs probablement pour cette raison que les Républicains, favoris sur le papier, refusent de reconnaître la victoire de Joe Biden - ou plutôt la défaite de Donald Trump -, préférant crier à la fraude et jouer sur la soif de vengeance pour maintenir leur majorité au Sénat. Même si certains estiment aussi que cette stratégie pourrait leur nuire politiquement.

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