Covid-19: la course au vaccin ne s’arrête pas avec Pfizer, elle s’accélère

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En annonçant avoir conçu un vaccin «efficace à 90%» contre le Covid-19, la firme américaine incite d’autant plus la concurrence à se surpasser. Le but: reprendre la main sur ce juteux marché.

C’était l’info que le monde entier attendait et ce lundi, elle est tombée. Enfin un groupe pharmaceutique a annoncé de véritables avancées concernant un vaccin contre le coronavirus. Avec des tests réalisés sur plus de 40.000 participants de tous âges et origines ethniques et une efficacité revendiquée à 90%, le partenariat Pfizer-BioNTech a frappé un grand coup. Mais la partie est loin d’être finie et les projets concurrents sont encore nombreux. Ceux-ci comptent d’ailleurs jouer sur les failles du vaccin germano-américain pour s’imposer à la ligne d’arrivée.

Pfizer est en tête, mais loin de la perfection

Car si la trouvaille de Pfizer est prometteuse, elle est loin d’être irréprochable en l’état. Oui, selon la firme, son vaccin est efficace à 90%, mais cela moins d’une semaine après sa deuxième administration. Cet effet pourrait-il perdurer un an ou plus? Répondre à cette question est essentiel, or pour l’instant, personne ne sait… De plus, il s’agit d’un vaccin à ARN, autrement dit basé sur le matériel génétique du coronavirus. S’il parvient sur le marché, ce serait une première pour un traitement du genre mais pour l’instant, les autorités sanitaires n’ont même pas reçu les résultats complets de la firme pharmaceutique. Si Pfizer-BioNTech passe ce stade, il faudra encore assurer la production à très grande échelle de cette nouveauté tout en se pliant à une contrainte de taille : le vaccin doit être conservé par -70°C. Une température que même certains hôpitaux auront du mal à assurer.

En réalité, Pfizer-BioNTech a vraisemblablement profité de ses premiers résultats pour s’offrir une publicité en or. Un pari gagnant puisque son action en bourse a explosé et que les États se bousculent déjà devant sa porte pour acheter son remède.

Les Russes promettent beaucoup (voire trop?)

C’est au vu de tous ces obstacles que les autres projets de vaccin tentent d’inverser la tendance. Ces derniers jours, les annonces se multiplient pour contrecarrer l’avance prise par Pfizer-BioNTech, notamment parmi les dix candidats arrivés, comme lui en phase 3, c’est-à-dire celle des tests à grande échelle, la dernière avant homologation. En Russie, l’institut de recherche Gamaleya proclame par exemple ce mercredi que son «Spoutnik V» a une efficacité de 92%, soit légèrement plus que Pfizer. Or il s’agit non pas d’un vaccin à ARN mais à vecteur viral. Autrement dit, il utilise des adénovirus, en l’occurrence responsables des rhumes, en y ajoutant une partie du coronavirus. Il ne pâtit donc pas des mêmes contraintes que le projet de Pfizer-BioNTech.

Sauf que là aussi, ces résultats n’ont pas été vérifiés par les pairs et qu’on soupçonne l’effet d’annonce. De plus, cette technique a ses propres défauts. Que se passe en effet si la personne vaccinée a déjà des anticorps contre le vecteur viral? Le problème ne se poserait pas avec un virus rare mais ici, avec le virus du rhume, ce n’est pas du tout le cas.

Les autres vaccins à vecteur viral en embuscade

Du côté du Britannique AstraZeneca, autre projet prometteur qui est couplé à l’université d’Oxford, on ne se lance pas dans la guerre des chiffres sur l’efficacité et on se contente de dire que les résultats sont «encourageants» quel que soit l’âge de bénéficiaire. Le patron de la firme a par contre promis il y a quelques jours que le vaccin serait prêt pour décembre. Ici aussi, la tactique est celle du vecteur viral, mais pour contrecarrer le souci du Spoutnik V, l’adénovirus choisi est modifié et originaire d’un chimpanzé. La pré-immunité ne serait donc pas a priori un obstacle.

Janssen Pharmaceutica, couplé à Johnson & Johnson, tente également un vaccin à vecteur viral mais avec petite particularité: on promet une vaccination en une dose. Les deux premières phases de test auraient amené à une forte production d’anticorps et la troisième doit encore être menée à bien. Selon Johnson & Johnson, si tout va bien, le produit sera disponible début 2021.

Des fortunes diverses ailleurs

Un autre grand concurrent est l’Américain Moderna. Ici, on est moins bavard sur les résultats. La firme se contente juste de dire que son vaccin ARNm-1273 induirait «une réponse immunitaire forte et rapide au SARS-CoV-2». Elle laisse juste entendre qu’elle communiquerait d’ici fin de l’année. Si elle arrive à son objectif, elle sera néanmoins confrontée aux mêmes problèmes que Pfizer puisqu’il s’agit également d’un vaccin à ARN.

Moderna peut pour autant se prévaloir de ne pas avoir rapporté de problème majeur, ce qui n’est pas le cas du Chinois Sinovac qui utilise quant à lui un virus «inactivé» (autrement dit «mort»). Ce lundi, ce dernier a dû «interrompre l’essai clinique du vaccin CoronaVac après un incident grave», sans détail supplémentaire si ce n’est que l’incident pourrait inclure des effets cliniques sérieux, entraînant peut-être la mort. La Chine peut néanmoins continuer à doper ses autres projets toujours en route: ceux de Sinopharm (là aussi avec un vaccin avec coronavirus «inactivé») et de CanSino Biological. Si l’Empire du Milieu pèse de tout son poids pour que les tests soient les plus larges et rapides possibles, aucune date d’aboutissement n’est encore en vue.

Reste le projet de l’Américain Novavax. C’est un vaccin tout à fait différent puisqu’il n’utilise pas de virus en tant que tel mais la protéine qui sert de clé d’entrée du coronavirus aux cellules. Cette technique se rapproche de celle expérimentée par la KUL en Belgique qui promet une immunité très forte et pérenne mais qui commencera à peine ses essais cliniques au printemps prochain. Avec Novavax, la marche a été plus rapide. Selon son plan de route, sa production devrait commencer au premier trimestre 2021, prioritairement à destination des États-Unis.

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