Pas tous égaux face aux troubles mentaux provoqués par le Covid-19

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Le coronavirus engendre une maladie mentale chez un patient sur cinq dans les 90 jours. Mais attention: certains facteurs peuvent prédisposer à cette complication.

Depuis le début de la crise sanitaire, les urgences psychiatriques sont sollicitées comme jamais. Même des événements aussi traumatisants que des attentats n’ont pas autant encombré leurs services. Bien sûr, le confinement y est pour quelque chose, avec des contacts sociaux réduits, une moins bonne hygiène de vie, etc. Mais il semble que ce ne soit pas la seule raison.

C’est la conclusion à laquelle est parvenue une étude d’Oxford publiée dans The Lancet. En s’appuyant sur les données médicales de 69 millions d’Américains, dont 62.000 malades du Covid-19, les chercheurs ont conclu qu’un patient Covid sur cinq développe un trouble mental dans les 90 jours suivants le diagnostic de la maladie. Cela aboutit surtout à des cas d’anxiété, de dépression ou encore d’insomnie. Une statistique inquiétante et anxiogène en soi. Mais il faut préciser que certaines personnes sont beaucoup plus sensibles que d’autres à ce phénomène.

Les hospitalisations et le contexte de crise: oui mais…

Pour analyser plus en détail leurs résultats, les psychiatres ont divisé leurs données en cohortes. En les comparant, ils ont observé que plusieurs scénarios pouvaient favoriser un trouble mental. Logiquement, ils ont pensé qu’une hospitalisation pouvait être une épreuve tellement éprouvante qu’elle pouvait en constituer un facteur potentiel. Sans surprise, cela s’est confirmé dans les faits, mais il y a un bémol. Si on excepte les personnes hospitalisées, les chiffres montrent que les patients Covid restent quand même plus susceptibles de développer cette complication. Il faut donc aussi regarder ailleurs.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le niveau de gravité de la maladie n’explique pas vraiment ce phénomène. Les chercheurs ont donc ensuite tenté de voir l’influence du contexte en divisant les personnes diagnostiquées pour le Covid-19 avant et après le 1er avril. Ici aussi, il y a corrélation. Il semble que tomber malade au cœur de la crise, dans un environnement plus stressant, ait un effet plus délétère sur la santé mentale. Mais, encore une fois, c’est insuffisant pour tout expliquer.

Le cercle infernal des troubles psychiatriques

Les scientifiques ont de ce fait été encore plus loin dans l’analyse, en divisant les patients selon de multiples critères. Et parmi les différentes possibilités, il y a une population qui ressort beaucoup plus que les autres: ceux qui ont déjà eu un diagnostic de trouble psychiatrique dans l’année précédant la crise sanitaire. Le risque d’un trouble mental lié au Covid-19 est chez eux accru de 65%. Autrement dit, ces personnes, fragiles à la base, sont encore plus exposées aux pathologies qu’elles ont déjà connues. Par contre, il n’y a que peu de différences entre les maladies psychiatriques, si ce n’est les patients souffrant de trouble de l’humeur qui seraient encore plus concernés.

Mais il ne faut pas croire pour autant que les autres patients Covid ne risquent rien. Par exemple, plus une personne est âgée, plus elle est exposée, non seulement à la maladie en tant que telle, mais aussi au risque de développer un trouble mental. Si un homme a plus de 76 ans et a développé un trouble psychiatrique dans l’année précédente, le risque explose ainsi à +94%. Si cette personne connaît en plus des problèmes économiques ou de logement, cela ne fait qu’aggraver cette menace.

Les ravages de la tempête de cytokines

Pour comprendre pourquoi ces différentes personnes sont autant exposées aux troubles mentaux après une infection au Covid-19, on peut reprendre une étude réalisée à l’Université Paris-Est Créteil. Ici aussi, les 402 patients Covid suivis ont eu 28% en plus de TSPT (troubles post-traumatiques), 31% de dépressions, 42% d’anxiété, 20% de troubles obsessionnels et 40% d’insomnies dans les mois suivant l’infection. Le contexte joue un rôle, par exemple à cause de la crainte de développer une forme encore plus grave de la maladie, surtout chez les personnes âgées. Mais il faut aussi chercher une explication au niveau purement biologique, «à la fois en raison de l’action directe de l’infection sur le cerveau mais aussi comme conséquence de la réponse immuno-inflammatoire à l’infection, en particulier de la tempête cytokinique qui fait suite à l’infection et dont on peut anticiper l’effet déclencheur sur les maladies mentales», précisent les chercheurs. Interrogé sur le sujet par la RTBF, le psychiatre Gérald Deschietere a précisé ce phénomène: «L’inflammation dégrade la structure de certains neurones, diminue de nombre de synapses et de dendrites, et la réponse inflammatoire peut créer des morts de neurones».

Face à ce véritable problème de santé publique, les scientifiques sonnent l’alerte. Paul Harrison, professeur de psychiatrie responsable de l’étude d’Oxford, juge qu’il faut de toute urgence continuer d’enquêter sur les causes de ces maladies mentales et sur les traitements adéquats. «Les services de santé doivent être prêts à fournir des soins, d'autant plus que nos résultats sont susceptibles d'être sous-estimés», dit-il à Reuters. L’OMS juge de son côté qu’il faut de manière générale renforcer les services de psychiatrie, qui souffrent non seulement de sous-financement chronique mais aussi de leur arrêt partiel pendant la crise. Une nécessité alors que les maladies mentales sont non seulement favorisées par le Covid-19 mais aussi par le confinement.

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