Elections US: le scénario catastrophe est en train d'avoir lieu

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Pourquoi il va falloir attendre pour connaître le nom du nouveau président des Etats-Unis et pourquoi cela risque d'envenimer une situation déjà très tendue. Explications.

C'est le scénario catastrophe tant redouté par les experts... Et par les démocrates. Celui que Donald Trump avait prédit. A tel point qu'il faisait partie de sa stratégie électorale. En bref, une élection contestée et "too close to call" (trop serrée pour donner un vainqueur). Pour cela, il va falloir attendre le dépouillement des (nombreux) votes par correspondance dans plusieurs Etats clés (notamment la Pennsylvanie et le Michigan). Des dépouillements qui pourraient prendre trois jours et changer la donne. Or, en trois jours, surtout en ces temps plus que troublés, il peut s'en passer des choses...

 

Ce scénario catastrophe, un juriste l'avait prédit en septembre 2019 dans la revue de l'Université Loyola de Chicago. Il s'agit d'Edward Foley, de l'université de l'Ohio. Il a écrit un article qui expliquait les risques d'imbroglios électoraux au soir du 3 novembre et tout ce qui ne manquerait pas de suivre. Ce n'est plus de la politique fiction. Nous y sommes.

 

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1ère étape : l'élection contestée

 

Archétype de l'Etat fédéral, les élections américaines fonctionnent selon le système des grands électeurs : chaque Etat a un certain nombre de voix selon le principe du winner takes all – le vainqueur dans un Etat remporte toutes les voix, sauf dans le Maine et le Nebraska. Le président élu doit passer le chiffre fatidique de 270 grands électeurs.

 

C'est donc aux Etats fédérés que relève l'organisation du scrutin. Et donc, le décompte – et notamment celui des votes par correspondance. Sur 150 millions d'électeurs, cette année, crise du covid oblige, près de la moitié ont décidé de voter par correspondance. Ce qui fait beaucoup. Or, l'élection étant aujourd'hui très contestée, ces votes par correspondance risquent d'être décisifs au moins dans deux Etats clés : la Pennsylvanie (et ses 20 grands électeurs) et le Michigan (16 grands électeurs).

 

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2ème étape : le scénario d'une « bascule bleue »

 

Trump l'avait prédit. Ou plus exactement, cela faisait partie de sa stratégie : il allait appeler à la fraude électorale s'il fallait en arriver à comptabiliser les votes par correspondance pour départager les deux candidats. C'est ce qu'il a fait ce matin... en se basant uniquement sur des résultats partiels dans les Etats dans lesquels il est en tête, allant jusqu'à demander d'arrêter de compter. Antidémocratique ? Assurément. Mais son plan semble jusqu'ici se dérouler comme prévu.

 

Pourquoi Donald Trump appelle-t-il à la fraude ? Parce qu'il y a un risque réel de « bascule bleue » en prenant en compte le vote par correspondance. A savoir que, même si Trump arrive en tête dans le Michigan ou la Pennsylvanie après avoir fait le décompte des votes « sur place », il risque encore de se faire dépasser par Joe Biden en comptabilisant le vote par correspondance. Parce que Trump a appelé ses supporters à venir voter en personne afin de pouvoir crier victoire au plus vite – ou d'appeler à la fraude comme il vient de le faire - on considère que les votes par correspondance seront majoritairement en faveur du démocrate. Mais cela, on ne le saura que dans trois jours, le temps de tout comptabiliser...

 

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3ème étape : les risques de violences

 

Trois jours avant de savoir ? En trois jours, dans un pays où les tensions sont à leur comble, c'est le risque de plus en plus tangible de violences et de chaos. Chaque camp ayant peur qu'on leur « vole » leur élection. Surtout les Républicains qui ont plus à perdre du décompte des votes par correspondance. Donald Trump a déjà mis de l'huile sur le feu en parlant de fraude et en annonçant sa victoire prématurément. Sans vainqueur clair nommé rapidement, les choses risquent de s'envenimer. C'est le scénario catastrophe redouté par les experts et l'Amérique est en plein dedans.

 

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4ème étape : et après ?

 

C'est ici que ça devient technique. Avec des jeux de pouvoir très politiques dignes de Game of Thrones... Si les deux camps sont en désaccord sur les résultats – ce qui risque d'arriver en cas de « bascule bleue » - la querelle devra être réglée au collège électoral des Etats concernés. Et en Pennsylvanie, par exemple, républicains et démocrates sont à égalité parfaite dans ce collège. Pas facile de départager, donc...

 

L'étape suivante se jouera au Congrès qui est chargé de valider le vote des grands électeurs. Le Congrès est majoritairement démocrate, mais pour cette tâche, ce sont les délégations des Etats qui sont appelées à départager. Or, ces délégations sont majoritairement républicaines (il y a plus d'Etats républicains que démocrates). Tout comme le Sénat, présidé par Mike Pence, qui a aussi son mot à dire dans l'histoire. Bref, la querelle risque de perdurer sur le mode, tout cela tandis que la rue s'embrase...

 

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Bref, les collèges électoraux, le Congrès et le Sénat risquent de devenir des champs de batailles partisanes pour réclamer la victoire. Ce qui nous amène à la dernière étape, la Cour suprême. Et on comprend pourquoi Donald Trump a accéléré la nomination de la conservatrice juge Barrett pour faire pencher la Cour du côté républicain. C'est peut-être elle qui aura le dernier mot de cette élection...

 

Le scénario redouté par tous (sauf Trump) est en train d'avoir lieu. Comment en est-on arrivé là ? Pour l'auteur de l'article Edward Foley, cela est dû à l'aspect décentralisé du système électoral : aucune autorité indépendante ou fédérale ne valide les résultats dans les heures qui suivent la fermeture des bureaux de vote. En clair, aux USA, il n'y a pas de greffier. Celui qui joue ce rôle est l'agence de presse Associated Press, par défaut.

 

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