Ce que l’on sait du virus aujourd’hui

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Les scientifiques connaissent un peu mieux le coronavirus, ce qui permet aux médecins d’améliorer la qualité des soins. Néanmoins, certains mystères demeurent.

Depuis le mois de janvier, des scientifiques du monde entier ont fait de l’étude du SARS-CoV-2 une priorité absolue. Grâce à une coopération internationale inédite, ils ont compris comment ce nouveau virus tue, se propage et se transforme. Mais des divergences d’opinion persistent sur les traitements et la manière d’atteindre l’immunité collective, seule solution durable contre la pandémie et les restrictions de liberté. Le point sur ce que l’on sait et ce que l’on doit encore découvrir.

Le virus est-il toujours aussi mortel?

Malgré l’explosion de nouveaux cas, les malades résistent mieux que durant la première vague, qui a fait plus de 10.000 morts. Alors qu’on a atteint un pic de 321 morts le 8 avril dernier, on était, le 16 octobre 2020, sous la barre des 23 décès par jour en moyenne sur la semaine écoulée. Pour le virologue Yves Van Laethem: La létalité a largement chuté notamment grâce à une meilleure prise en charge hospitalière. Aujourd’hui, on réussit davantage à éviter les embolies et les complications liées au Covid. La stratégie de traitement est plus optimale.

Combien de temps durent les symptômes?

De nombreux contaminés sont asymptomatiques, mais restent contagieux et possèdent une quantité d’ARN viral similaire aux personnes symptoma– tiques. Pour ceux qui souffrent du coronavirus, les symptômes à court terme sont connus: fièvre, toux sèche, maux de gorge, perte de l’odorat ou du goût, diarrhée… Dans les cas les plus graves, des difficultés à respirer, des douleurs au niveau de la poitrine et une perte d’élocution ou de motricité sont avérés. Pour 5 à 10% des patients, les symptômes précités durent depuis des mois. Le cas des douleurs thoraciques semble assez fréquent sur le long terme, comme l’essoufflement, la fatigue et la perte de goût. Diverses recherches évoquent des séquelles encore plus durables. Par exemple, le Big Ten (groupement de 14 universités du Midwest américain) et le Pac-12 (12 universités de l’Ouest américain) craignent que le Covid-19 ne fragilise le cœur et n’engendre une inflammation du myocarde. Les poumons pourraient aussi être particulièrement atteints sur la durée.

Le docteur Michel Goldman, immunologiste et fondateur de l’Institute for Interdisciplinary Innovation in Healthcare de l’ULB explique: On sait que la porte d’entrée du virus est la sphère nasopharyngée. De là il peut gagner le poumon où il va causer des dommages susceptibles de perturber l’oxygénation du sang. On ne sait pas encore bien comment nous nous défendons contre le virus, en particulier dans les premières heures qui suivent le contact. Lorsque le virus franchit ces premières barrières, tout le système immunitaire s’active. Malheureusement, pour des raisons que l’on commence à comprendre, il arrive parfois que la réponse immunitaire s’emballe et c’est cette tempête immunologique qui conduit alors le patient aux soins intensifs”.

Le dépistage est-il fiable?

Les labos des centres de dépistage saturent, faute de réactifs pour procéder aux tests ou par manque de personnel disponible. Par conséquent, il faut parfois attendre jusqu’à 72 heures pour obtenir les résultats. Aujourd’hui, la capacité de testing sur le territoire est de 40.000 par jour. L’arrivée de la “Plateforme fédérale bis” le 1er novembre prochain devrait augmenter cette capacité à 70.000 et résoudre une partie du problème. Actuellement, les tests réalisés pour savoir si vous êtes contaminé sont des PCR (fiabilité de 98%). Certains se demandent pourquoi la Belgique n’a pas encore misé sur le test salivaire de détection du SARS-CoV-2. Certes, celui-ci est moins fiable (entre 90 et 95%), mais il a l’avantage de coûter quatre fois moins cher. Pour l’épidémiologiste Yves Coppieters, le test antigénique est rapide et permettrait à la première ligne d’avoir un premier résultat pour le patient. Pourquoi on ne le fait pas? Je ne sais pas. Tous les autres pays se ruent dessus… Le docteur Goldman enchaîne: Il y a des réticences, car utiliser ces tests rapides revient à accepter une fiabilité moindre. Pourtant, je suis convaincu que nous allons y venir, à l’instar de la France. Il ne m’étonnerait pas que l’on autorise à un moment donné que ces tests soient réalisés par du personnel non médical voire par les patients eux-mêmes. Ce serait une façon de responsabiliser les citoyens dans la lutte contre la pandémie”.

Quels traitements utilise-t-on désormais?

Des milliers de Belges ont été traités à la chloroquine et à l’hydroxychloroquine. Mais depuis que l’OMS a déconseillé l’usage de ce médicament suite aux effets indésirables et au fait qu’il ne réduit pas la mortalité, ce n’est plus le cas. Comme le rappelle le docteur Goldman, le médicament antiviral remdesivir permettrait de raccourcir la période pendant laquelle le patient requiert des soins intensifs. Mais le seul médicament qui permet aujourd’hui de réduire la mortalité par rapport à la première vague, c’est la dexaméthasone. Ce traitement réduit de 36% la mortalité chez les patients sous ventilation mécanique et de 18% chez ceux qui ont besoin d’oxygène uniquement. Pour les autres, il n’aurait pas d’effet sur la mortalité. D’autres médicaments sont en phase d’essai clinique, notamment à base de plasma ou d’anti-inflammatoires. Et puis… Il y a le traitement expérimental reçu par Donald Trump. Ce dernier a avalé plusieurs médicaments, dont le remdesivir et la dexaméthasone. Ses médecins lui ont aussi administré un traitement par anticorps monoclonaux dont le but est d’imiter notre réponse immunitaire. En outre, Trump a reçu du zinc, de la vitamine D, de la famotidine (pour diminuer la production d’acide gastrique) et de la mélatonine (hormone qui aide à dormir) ainsi que de l’aspirine… Résultat: le président est guéri. Ce traitement manque cependant d’une base scientifique solide pour être généralisé.

Comment vaincre définitivement le virus?

Il est possible que le virus mute, explique Yves Coppieters. Je ne dis pas que c’est ce qu’il se passe actuellement, ce n’est qu’une hypothèse. Cela demande des analyses et des comparaisons dans le temps. Si cette mutation devait être significative, cela pourrait aussi expliquer la deuxième vague. Pour vaincre le Covid-19, il faudrait alors un vaccin dont une nouvelle version devrait être développée chaque année. Un peu comme pour la grippe.

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