Les écoles secondaires se préparent à donner cours à distance

Pas tous égaux face à l'enseignement en ligne. ©Maxppp
Pas tous égaux face à l'enseignement en ligne. ©Maxppp
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Elles ont appris la nouvelle ce dimanche soir : de mercredi à vendredi, les écoles secondaires devront donner cours aux élèves par Internet. Elles ont donc deux jours pour être au point. Dans les enseignements général, technique et professionnel, la situation diffère.

Le dimanche soir, alors que professeurs et directeurs d’école profitaient de la fin d’un week-end  bien mérité, la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé que du mercredi 28 au vendredi 30 octobre, les cours se donneraient à distance dans toutes les écoles de la Communauté française. Cela laisse donc deux jours à tous ces établissements pour être fin prêts ce mercredi matin. 

Dans certaines écoles, le confinement de mars a servi de première expérience dans le domaine, et désormais de base sur laquelle repartir cet automne. C’est notamment le cas de l’Institut Sainte-Marie, à Namur. « Nous avions créé notre propre plateforme web qui permettait aux enseignants de publier des travaux et aux élèves de se les procurer, de remettre leurs devoirs, etc. », explique Arnaud Gavroy, le directeur. « En juin, nous avons réalisé une enquête d’évaluation du système auprès des élèves et des profs. Nous avons dû faire quelques adaptations techniques et pédagogiques. »

Sainte-Marie se trouve en plein cœur de Namur.

Cette 2e vague, l’école l’avait anticipée mais pas si tôt. L’équipe n’est donc pas aussi préparée qu’elle ne l’imaginait. 

« Tous les élèves ont reçu une adresse mail de l’école et ont été formés à l’utilisation de la plateforme. Ensuite, il faut former les professeurs. Ce mercredi devait être une journée pédagogique dédiée à cela. Il y en a qui maitrisent les outils et il y en a qui ont plus de mal, et on doit les aider aussi. Enfin, il a fallu vérifier les outils informatiques à disposition de chaque élève. Nous avons envoyé un formulaire à remplir aux parents et nous sommes en train de les dépouiller. »

Et pour les élèves pour qui l’accès à un ordinateur est un problème, l’école a déjà réfléchi à des solutions. 

« Au printemps, nous avions envoyé des centaines de travaux et devoirs par la poste. Mais maintenant, nous allons aider les élèves à devenir propriétaires d’un ordinateur. On va les aider à introduire une demande au CPAS. Ils ont reçu une dotation pour aider les populations démunies face aux dégâts liés au Covid et la fracture numérique en fait partie. Pour ceux qui ne rentrent pas dans les conditions des CPAS, Oxfam reconditionne des ordinateurs. Pour 100€, c’est déjà pas mal et pour 140€, c’est très bien. Avec l’école, nous sommes prêts à en acheter plusieurs et organiser un système de prêt ou de financement. Après, il faut avouer que nous sommes une école secondaire générale du centre de Namur. L’indice socio-économique est plutôt bon. Mais dans d’autres régions, le problème peut avoir une autre ampleur et ces démarches que nous faisons, elles peuvent être généralisées. »

Pour Arnaud Gavroy, ce dont toutes les écoles auraient besoin, pendant cette période de crise sanitaire mais aussi pour l’avenir, c’est d’un référent numérique. « Quelqu’un qui pourrait soutenir les profs et les élèves dans la transition numérique, donner des coups de main pour préparer une capsule vidéo, concevoir des modules de formation, etc. »

Mais le directeur reste un fervent défenseur de l’enseignement classique, en classe. « Ca ne remplacera jamais le présentiel, il faut les deux. Il manque l’essentiel : une dynamique de classe. Entendre les autres donner des réponses, se tromper, se faire corriger… Puis le lien social est important également. »

Plus difficile pour les cours pratiques

Mais s’il y a bien des écoles pour lesquelles la présence des élèves en classe est importante, ce sont celles des enseignements techniques et professionnels. Difficile de remplacer un cours pratique en atelier par une vidéoconférence.

Pour être paré à ce genre de situation, l’Institut Saint-Roch, à Marche-en-Famenne, avait déjà réalisé une enquête en début d’année pour savoir à quel point les élèves étaient équipés en matériel informatique et cibler ceux pour qui le travail à distance poserait problème. « Nous avons été assez surpris. Les élèves étaient globalement bien équipés. Pas tous pour pouvoir travailler 8 heures par jour, mais tout de même », commente Pascale Lejeune, la directrice.
Ici, pas de vidéoconférence, la connexion internet de l’école ne tiendrait pas. « Avec 5 professeurs en visio, le réseau saturerait très vite. »

La cour de l'Institut Saint-Roch devrait rester vide un moment.

Alors, on utilise la plateforme Classroom, qui permet de déposer et recevoir travaux et devoirs. « Anticipativement, tous les élèves du 2e degré devaient recevoir une formation de base à l’envoi et l’écriture de mail, ainsi qu’à l’utilisation de la plateforme. Mais tous n’ont pas encore pu la recevoir. On va donc transmettre des syllabus et guides d’utilisation. »

Pour les élèves qui n’ont pas d’ordinateur ou de tablette à disposition, on revient au papier. « On envoie des documents par la poste, mais surtout, on assure un suivi. On essaye d’avoir ces élèves au téléphone régulièrement. Nous n’avons pas d’autre choix puisque pour plus de 1.100 élèves, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne nous donné que 10 PC reconditionnés, dont 7 seulement fonctionnent. On attend toujours les autres mais je ne sais pas si elle pourra répondre à toutes les demandes. »

Pour ce qui est des cours pratiques, qui peuvent aller jusqu’à 12 heures/semaine dans certaines options professionnelles, c’est plus compliqué. « Nous avons demandé aux professeur d’axer les cours sur les notions de base, la théorie. Mais pour ces cours, il n’y a rien de tel que la présence à l’école pour bien apprendre les gestes. On espère donc que ce confinement ne sera pas trop long. »

Du coup, dans ces programmes professionnalisant, les semaines seront forcément un peu plus légères. « On ne peut pas remplacer 12 heures d’atelier par du travail théorique. Ils auront surement un peu moins de travail qu’à l’école, mais nous n’allions pas demander à des jeunes d’être derrière un écran 8h par jour. En professionnel et en technique, certains élèves sont plus facilement sujets au décrochage scolaire. Travailler 6 ou 7h à l’école est déjà compliqué pour eux alors être seul à la maison ne facilite pas les choses. »

Pour la directrice, un autre des effets malheureux de cette crise est d’avoir fait passer la scolarité au second plan pour une partie des élèves. « On le sentait déjà en septembre. Chez certains, venir à l’école, les devoirs, le travail des matières, n’est plus une priorité. C’est comme un décrochage passif. C’est une des conséquences du premier confinement, mais aussi du climat actuel, qui est fort anxiogène. Il est stressant et compliqué pour les adultes, mais pour les jeunes aussi. »

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