Bruxelles privée de culture pendant 4 semaines

Le Palace restera vide encore un moment. ©Belga
Le Palace restera vide encore un moment. ©Belga
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Ce dimanche était la dernière occasion pour les habitants de la capitale d’aller au musée, au cinéma ou encore au théâtre avant un bon moment. Pour les acteurs du secteur, c’est la douche froide.

Mauvaise surprise pour le secteur de la culture à Bruxelles. Vendredi, il apprenait que ces 24 et 25 octobre seraient leurs derniers jours d’ouverture avant 4 semaines. Et potentiellement plus longtemps si les courbes ne fléchissent pas un minimum.

En effet, la propagation du virus étant plus qu’inquiétante dans la capitale, la Région a décidé de prendre des mesures plus strictes qu’en Wallonie et en Flandre, tâtant même le terrain des communautés, puisqu'elles sont compétentes en matière de culture.

Coup dur pour ces cinémas, théâtres et autres musées, parmi les établissements les plus touchés par le confinement et ses mesures.

« On ne s’y attendait pas du tout », confirme Eric Franssen, directeur du cinéma Palace, dans le centre-ville. « Vendredi on était même soulagés puisqu’on s’attendait à ce que nos jauges soient à nouveau réduites. On allait pouvoir accueillir le public jusqu’à 30% de notre capacité habituelle. Cela reste peu, mais on était prêt à fonctionner de cette manière, surtout que l’automne est une grosse saison pour nous. »

L’annonce a donc fait l’effet d’une gifle dans le secteur, même si, globalement, on comprend. « J’imagine bien que la situation sanitaire est plus compliquée à Bruxelles qu’ailleurs et que chaque Région s’appuie sur des réalités différentes. »

Mais la différence de traitement entre les Régions wallonne et bruxelloise inquiètent le directeur concernant la distribution des films. « Dans le domaine du cinéma d’art et d’essai, dans lequel nous sommes, 50% du chiffre d’un film est fait sur Bruxelles. Je ne vois pas comment un distributeur pourrait sortir son film en Wallonie et pas chez nous. Ça risque d’être compliqué pour eux. »

Alors que Disney a décidé de sortir le dernier dessin animé des studios Pixar directement en streaming, et que Netflix et Apple, eux, ont essayé de faire passer le prochain James Bond des salles jusqu’à leurs écrans, la fin de l’année risque d’être difficile pour les gros complexes. Pour les petits cinémas, moins.

« On a beaucoup dit qu’il n’y avait rien au cinéma cet été mais nous avons eu beaucoup de nouveautés. L’offre en art et essai était loin d’être aussi mauvaise que pour les grosses chaines », insiste Eric Franssen, qui affirme que le Palace devrait encore avoir une belle programmation lorsqu’il rouvrira. « Il y a Drunk, de Thomas Vinterberg, Aline, de Valérie Lemercier ou Nomadsland, qui a remporté la Mostra de Venise. »

Comme tous les cinémas, il a dû faire face à une baisse de fréquentation, mais celle-ci était bien moindre que dans les Kinépolis, UGC et consorts. « Le public d’art et d’essai est peut-être plus engagé, plus fidèle et n’hésite pas aller voir des films. Alors que les grands groupes ont eu 80% de fréquentation en moins que 2019, nous n’étions qu’à -20% en été, -30% en septembre… »

« Scandaleux et incompétent »

Mais certains tempèrent moins facilement leurs émotions, comme Peter de Caluwe, directeur du Théâtre royal de la Monnaie, qui s’est exprimé dans Le Soir.

« Ce qui vient d’être décidé, c’est simplement scandaleux et totalement incompétent », a-t-il proclamé. « De quel droit ce gouvernement prend-il des décisions, sans aucune concertation, pour des institutions qui ne dépendent nullement de ses compétences et dont il ne connaît rien ? […] Nous, nous avons pris nos responsabilités : annulation, report, aménagement des salles, mesures de sécurité, réduction du nombre de spectateurs, protocoles mis en place avec les avis de toutes les autorités concernées. On a fait preuve d’une connaissance complète de notre métier et de nos responsabilités. Et là, ils démolissent tout d’un seul coup. »

Du côté des musées, la surprise est encore plus grande : ils ne s’attendaient pas du tout à être visés.

 « Je trouve ça dramatique », commente Carine Fol, directrice de la Centrale for Contemporary Art. « […] Ce que je trouve scandaleux c’est que dans les transports en commun, par exemple, on est les uns sur les autres sans aucune mesure. Dans les musées et lieux d’exposition, on a tout fait pour respecter les mesures. On a même souvent été plus loin que demandé. Et tout cela est balayé d’un coup. C’est un arrêt de mort pour tout un secteur. Et pour tous ceux et celles qui y travaillent, souvent avec des contrats précaires. Et bien sûr pour les artistes. »

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