Les hôpitaux francophones abandonnés par la Flandre?

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Au Sud du pays, il est désormais acquis que les hôpitaux vont dépasser leur pic d’admissions de la première vague. La situation est plus calme en Flandre, mais la coopération avec le Nord est des plus difficiles.

Ce vendredi, c’est peu dire que l’ambiance n’était pas à l’optimisme. Les mesures supplémentaires du comité de concertation en attestent. Et si la deuxième vague n’est pas encore à la hauteur de la première, cela risque de ne pas tarder. C’est ce que révèlent les projections fournies hier par Le Soir. On y découvre que les hôpitaux de la partie francophone du pays sont sur le point de dépasser leur pic d’admissions de patients Covid datant de la première vague. A contrario, leurs collègues néerlandophones sont bien moins débordés, malgré une augmentation de leur côté aussi. Transférer les patients supplémentaires au Nord? En pratique, c’est compliqué.

Le grand écart entre les hospitalisations au Nord et au Sud

Quand on regarde les chiffres du Celeval, c’est un peu la catastrophe à Bruxelles et en Wallonie. Le Hainaut est d’ailleurs ce jeudi la première province à battre son record de 32,4 admissions hebdomadaires en hôpital pour 100.000 habitants datant de la première vague. Namur et le Brabant wallon frôlent leurs propres summums aujourd’hui et Liège devrait atteindre ce seuil symbolique d’ici le début de semaine prochaine. La province de Luxembourg et Bruxelles vont probablement suivre d’ici une semaine.

En Flandre, en revanche, on affiche en moyenne deux semaines de décalage sur le Sud. Si la Flandre orientale est plus touchée avec 14,2 admissions hebdomadaires pour 100.000 habitants (environ le tiers de son pic du printemps), les autres provinces flamandes sont toutes plus tranquilles que leurs cousines wallonnes. Le Limbourg est bien loin de son maximum de la première vague avec un taux hebdomadaire de 7,6 admissions contre 50,9 il y a six mois. Au rythme de croissance actuel, Anvers pourrait même espérer avoir encore un mois devant elle avant de rattraper son propre pic, voire plus avec les mesures supplémentaires du comité de concertation.

Le robinet des soins intensifs de plus en plus ouvert

La situation n’est pas non plus au beau fixe côté soins intensifs (USI). Même si les provinces wallonnes et Bruxelles sont globalement à la moitié de leurs maximums de la première vague, l’évolution est rapide. Dans certaines provinces, c’est déjà la congestion. À Namur, il reste moins de 10 lits USI disponibles. Pendant ce temps-là, la Flandre n’a pas encore atteint les 200 lits USI occupés, contre presque 700 au pic d’avril.

Face à cette deuxième vague, les hôpitaux du pays passeront tous en phase 2A d’ici le 2 novembre. Traduction: 4.800 lits normaux et 1.200 lits USI sont réservés aux patients Covid, soit 60% de la capacité en USI. On est bien loin du seuil de 15 % des lits USI qui marque le passage en mode crise avec des annulations d’opérations non-Covid. C’est la dernière étape avant la phase maximale, la 2B, où tous les lits USI de Belgique (avec un total de 2.000) seront dédiés au Covid-19.

Un mécanisme de coopération existant mais inefficace

Une fois tous les hôpitaux passés en phase 2A, la capacité hospitalière devrait donc, à l’échelle du pays, pouvoir faire face à l’afflux de patients Covid. Le comité Hospital & Transport Surge Capacity (HTSC) a d’ailleurs rappelé l’importance des transferts des endroits les plus engorgés aux autres plus calmes. Normalement, cet «esprit de solidarité» est obligatoire. Selon le plan d’urgence sanitaire, chaque hôpital peut dès lors reporter ses patients, d’abord à son propre réseau, puis aux réseaux proches et enfin aux structures d’autres provinces voire de l’étranger.

Mais ça, c’est en théorie. C’est ce qu’a montré début octobre le refus du bourgmestre d’Alost d’accueillir des patients bruxellois pourtant hébergés dans un même réseau, au vu des coûts que cela ferait peser pour son hôpital et donc pour la commune. C’est illégal, mais les instances supérieures ont du mal à imposer la règle. «On entend les autorités parler de solidarité et de coordination mais, en dehors d’accords interpersonnels, cela n’existe pas sur le terrain», s’insurge Philippe Leroy, directeur général du CHU Saint-Pierre, au Soir. «Dans les faits, les hôpitaux téléphonent en tentant de convaincre d’accepter des transferts, ce qui échoue dans 90% des cas. […] Ce n’est pas ce qui s’appelle un mécanisme de coopération», ajoute-t-il à l’Écho.

«Il faut que cela bouge»

Cela ne veut pas dire que la coopération n’existe pas du tout. Six patients de Liège viennent par exemple d’être transférés en Flandre mais cela a été fait grâce à une coopération entre institutions, pas via le plan de répartition. De manière globale, l’écart entre Nord et Sud reste énorme, avec 41% de lits USI dédié au Covid-19 à Liège et 39% à Bruxelles, contre respectivement 9% et 13% pour le Brabant flamand et le Limbourg par exemple. «C’est caricatural, surtout que Liège et le Brabant flamand sont limitrophes! Il faut que cela bouge, parce que l’objectif du plan était justement d’atteindre une répartition homogène, afin d’éviter les surcharges. Visiblement, cela ne fonctionne pas», se désole à l’Écho Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral Covid.

Pour régler cette situation, Philippe Leroy prône une circulaire fédérale pour obliger les hôpitaux à accepter la répartition sous peine de mesures de rétorsion. Mais cela ne manquerait pas de réveiller les nationalistes flamands, qui se refuseraient probablement à se voir contraints d’aider les francophones. En l’état, une aide de l’armée (comme présenté par la ministre Ludivine Dedonder ce vendredi) ou des bénévoles (pour les tâches les plus simples) semble plus faisable, même si cela ne règle pas le problème de fond de la répartition entre hôpitaux.

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