Un retour à la normale l’été prochain: un projet réaliste?

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La Belgique compte toujours sur les projets les plus prometteurs de vaccins pour une solution rapide à la crise sanitaire. L’objectif pour sortir la tête de l’eau a même été daté: l’été 2021. Une échéance à traiter avec des pincettes.

Tout le monde souhaite revoir ses amis, retravailler normalement, bouger sans se demander si nos rencontres ne vont pas nous contaminer… Bref, revivre. C’est pourquoi le porte-parole interfédéral pour le Covid-19, Yves Van Laethem, s’est vu demander s’il était réaliste d’imaginer un été 2021 normal.

Sa réponse est simple: oui mais. «La Belgique prévoit, sur base des données disponibles sur les vaccins en développement, d’entamer une vaccination à partir du début du printemps. Cela signifie que, si l’évolution sur le développement d’un vaccin ne change pas et grâce aux conditions météo plus favorables, nous devrions avoir un impact que l’on espère significatif quant aux personnes qui sont plus à risque de développer la maladie, et quant à retrouver sous de nombreux aspects, mais peut-être pas tous, une vie plus proche de celle que l’on a connue avant le Covid», explique-il. Dans le détail cela dit, il y a à la fois des raisons de croire à ce délai et d’autres pour rester sceptique.

Des signes encourageants

Si la Belgique est aussi confiante, c’est parce que les projets de vaccins avancent à une vitesse rarement égalée. Selon le dernier recensement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 42 candidats vaccins en sont au stade de l’évaluation clinique sur l’homme. Parmi ceux-là, dix ont atteint le dernier stade de leur parcours, à savoir le troisième, avec des tests à grande échelle.

Deux projets américains sortent du lot étant donné leur avance: Pfizer (dont la production est en partie réalisée en Belgique) et Moderna. Ces vaccins dits à ADN tablent sur une demande d’autorisation de mise sur le marché d’ici la troisième semaine de novembre. S’ils y arrivent, ce serait un exploit car il faut convenir aux critères de l'Agence américaine des médicaments (FDA), qui ont été sévèrement renforcés début octobre. Mais si cela se réalise, cela peut en effet laisser espérer une campagne de vaccination en Belgique au cours du printemps, surtout que huit autres projets de vaccins sont eux aussi bien avancés.

Pas à l’abri d’une mauvaise surprise

Pourtant, cet optimisme n’est pas partagé par tout le monde. Plusieurs experts ont ainsi émis plusieurs doutes sur une arrivée plus ou moins rapide du précieux sérum. Les firmes pharmaceutiques ont intérêt à promettre un développement accéléré mais encore faut-il que cela se concrétise. Ces dernières semaines, deux projets en phase 3, ceux d’Oxford/AstraZeneca et de Johnson & Johnson, suscitaient beaucoup d’espoir avant d’être mis en pause, à chaque fois à cause d’une maladie inexpliquée chez un participant.

En France, l’immunologiste Alain Fischer reste dans l’expectative. «Il faut que les essais de phase 3 aillent à leur terme et qu’on ne base pas l’analyse sur des résultats intermédiaires, aussi bien sur les questions de tolérance que d’efficacité», estime-t-il au Monde. Sur LCI, son collègue, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, n’est guère plus confiant. «Il y a les autorisations réglementaires, la production, tout ça qui doit suivre. Donc deuxième semestre 2021, pour moi, au mieux», préfère-t-il donner comme échéance. Enfin, il y a un mois, l’OMS se risquait à dire qu’il n’y aurait probablement pas de vaccin contre le Covid-19 avant la mi-2021, autrement dit trop tard pour remplir l’objectif de la Belgique.

Un retour à la normale en été: «optimiste mais faisable»

Dans le plat pays, David Alsteens, professeur au Louvain Institute of Biomolecular Science and Technology de l'UCLouvain, n’est pas défaitiste pour autant, tout en restant prudent. Car comme il le dit, «on n’est pas à l’abri de problèmes en cours de route». «Pour avancer des dates, l’État belge se base sûrement sur ses contacts avec les firmes pharmaceutiques. Mais cela ne reste qu’une hypothèse. Il faut évaluer l’efficacité pour être sûr que le vaccin apporte un bénéfice et il faudra ensuite voir si ces sociétés pourront en produire en peu de temps. Cette échéance du printemps devrait donc être celle qui prévaudrait dans le meilleur des cas», estime-t-il.

Une chose est en tout cas certaine selon lui: un retour à la vie normale d’ici mars n’est tout simplement pas possible. Le délai est trop court. Après, ça se discute. «Évoquer une vaccination au printemps relève de l’ordre du possible. C’est optimiste mais faisable», dit-il. «Cela dit, je pense qu’il est important de rester optimiste. Et vu qu’en été, la circulation du virus est moins facile, on peut avoir de bon espoir pour qu’en été prochain, on soit au pire dans une situation similaire à celui de cette année, voire meilleure parce qu’il y aura aussi une certaine partie de la population qui aura développé une immunité naturelle».

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