Le testing massif, le secret des pays qui ont vaincu le virus ?

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La Chine a annoncé tester plus de 10 millions de personnes à Quingdao (est), après la découverte d’un mini-foyer d’infections. La Slovaquie dit vouloir dépister toute sa population.

Isoler-Tester-Tracer. Depuis mars, la formule a été maintes fois mise en avant dans la lutte contre le Covid-19. Rajoutez-y une dose maximale de prévention, à base de gestes barrières et de distanciation physique, et vous avez un cocktail auquel le coronavirus n’est censé ne pas pouvoir résister. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à charger la recette. Cette semaine, la Chine a en effet affiché l’objectif de dépister plus de 10 millions de personnes en cinq jours, après la découverte d’un mini-foyer de coronavirus dans la métropole de Quingdao (est). Alors que quelques cas de contaminations ont été recensés dimanche dernier dans un hôpital de la ville, les autorités chinoises ont vu les choses en grand, et ont décidé de tester toute la population de Quingdao (soit presque l’équivalent de la Belgique toute entière).

En Slovaquie aussi, l’heure est au dépistage massif. Après une remontée des cas de contamination, le premier ministre Igor Matovic a annoncé vouloir tester tous les Slovaques de plus de 10 ans, à partir de fin octobre. « Si nous parvenons à réaliser [cette campagne de tests], nous pourrons servir d’exemple au monde entier », a-t-il estimé.

Attention aux comparaisons

Et si le testing massif était la solution, à l’heure où de nombreux pays européens sont forcés de resserrer la vis? Lors de la première vague, les pays qui ont testé massivement ont globalement déploré moins de décès par rapport aux autres. Ce fût notamment le cas de Singapour, de la Corée, de la Suisse, expliquait Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève).

Bien sûr, de nombreux autres facteurs ont pu rentrer en ligne de compte, comme le développement plus ou moins important des systèmes de santé, ou des données plus culturelles ou sociales. Et la comparaison est d’autant plus difficile qu’on le sait, le comptage du nombre de victimes du Covid-19 n’a pas partout été le même. Difficile également de tirer des conclusions définitives en prenant en compte le nombre de tests effectués dans chaque pays, les données recueillies n'étant elles aussi pas toutes comparables.

« Le consensus qui se dégage, c’est que c’est un ensemble de dispositifs qui, mis les uns avec les autres, parvient à réduire la circulation du virus » a résumé l’épidémiologiste Marius Gilbert à l’Echo. Un ensemble dans lequel on retrouve bel et bien le testing. Un dépistage qui, au-delà d’être massif, doit intervenir suffisamment tôt et de manière suffisamment ciblée, pour éviter que l’incendie ne s’étende. On se souvient ainsi de l’Islande, qui n’avait pas attendu que l'épidémie s'emballe pour lancer une campagne massive de tests. En Allemagne aussi, les cas suspects ont pu se faire tester chez leur médecin traitant ou dans des Drive-In. Fin mars, entre 350.000 et 500.000 tests étaient déjà réalisés chaque semaine dans le pays.

Frapper suffisamment tôt

En observant les pays qui s’en sont mieux sortis que chez nous, on peut observer que c’est probablement la vitesse du testing, et l’articulation de celui-ci avec le reste de la chaine-Tracing-Isolation-qui a joué un rôle décisif. Comme en Corée du Sud. « Ils mettent en place des moyens considérables au niveau des enquêtes et de la prévention, jugeait ainsi Marius Gilbert dans l’Echo. Ils sont très ambitieux pour maintenir les contaminations à un niveau très bas. Ils mènent une politique de tolérance zéro : un cluster de cas chez des jeunes est aussi important à traiter que dans une maison de repos ». Même chose en Nouvelle-Zélande, où « dès qu’ils ont un cas, ils mettent le paquet, mènent un travail de fourmi pour identifier toutes les personnes qui ont été en contact, empêcher que ce cluster ne fasse des petits. Mais ça, on ne peut le faire que quand le niveau de contaminations est extrêmement faible », rajoutait l’épidémiologiste de l’ULB.

Voilà sans doute pourquoi le testing n’est pas en lui-même l’ingrédient miracle anti-Covid. Car lorsque l’épidémie fait à nouveau rage, la multiplication des tests crée vite un embouteillage dans les centres de prélèvement et dans les laboratoires. Impossible dès lors, de remonter suffisamment rapidement les chaines de transmission. La France en a fait l’expérience dès la fin de cet été ; la Belgique est actuellement embourbée dans le même problème.

C’est donc avant tout en amont, lorsque l’épidémie sommeille qu’il faut frapper le plus fort et le régulièrement. Ce qui ne fut pas vraiment le cas durant toute une partie des grandes vacances, lorsque le nombre de contaminations était très bas. On tournait alors autour des 10.000 tests quotidiens en Belgique, alors que la capacité théorique de dépistage était de l’ordre des 30.000 tests.

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