Wuhan, berceau de la pandémie devenu attraction touristique

Des touristes devant la tour de la Grue jaune, à Wuhan - Reuters
Des touristes devant la tour de la Grue jaune, à Wuhan - Reuters
Teaser

Dix mois après la détection des premiers cas de la pandémie, des millions de touristes se ruent vers Wuhan, vitrine de la victoire de la Chine contre le coronavirus.

Pas de deuxième vague en Chine. Le pays serait même globalement débarrassé du Covid-19. Seule une poignée de nouveaux cas sont recensés chaque jour, la quasi-totalité étant des Chinois revenus de l'étranger et placés en quarantaine dès leur arrivée. Résultat: les normes sanitaires ont commencé à s'assouplir, et la vie reprend peu à peu son cours normal. Considérant que la pandémie est derrière eux, plus d'un demi-milliard de citoyens ont recommencé à voyager à l'intérieur de leurs frontières, à l'occasion de la Golden Week, une semaine de vacances articulée autour des festivités de la fête nationale le 1er octobre. Et la première destination privilégiée des touristes chinois cette année n'est autre que Wuhan.

Renaissance

Le berceau de la pandémie n'a plus rien d'une ville maudite. Coupée du monde durant 76 jours, lors d'un confinement presque carcéral, la capitale de la province du Hubei entame sa seconde vie. Dans les rues, la foule est de retour et avec le sourire, puisque le port du masque n'y est plus obligatoire. Les caméras thermiques ont été débranchées. Et contrairement à ce qui se passe dans d'autres grandes villes du pays, il est désormais possible d'entrer dans la plupart des commerces de la ville sans le moindre contrôle sanitaire. Le 15 août dernier, la ville chinoise célébrait même l'endiguement de l'épidémie, en organisant un énorme rassemblement dans un parc aquatique. Le tout, sans distanciation sociale. De quoi susciter d'innombrables réactions internationales et éveiller la curiosité des Chinois.

Pool party à Wuhan

Pour les autorités chinoises, la pool party polémique de Wuhan est une "victoire" dans la lutte contre le coronavirus. - AFP

Plus de 18 millions d'entre eux ont visité Wuhan durant la semaine dorée, faisant de l'ancienne ville fantôme l'attraction la plus populaire du pays, rapporte le Courrier International, battant même Shanghai. Premier arrêt: la tour de la Grue jaune, joyau de la ville dominant le plus long fleuve du pays Yangzi Jiang. Plus de 15.000 personnes s'y pressent chaque jour, en moyenne. « Nous avons même en ce moment 40% de visiteurs de plus que l'année dernière », se réjouit le responsable du site. Non loin du monument, les ruelles de Hubu, réputées pour leurs stands de nourriture, sont bondées. Même constat, à la nuit tombée, dans les clubs. Alors que l'Europe durcit ses restrictions pour éviter un reconfinement, à Wuhan, l'épidémie semble n'être qu'un lointain souvenir.

Une ruelle bondée de Wuhan

Une ruelle bondée de Wuhan, avant la semaine dorée, en septembre. - Reuters

 

Symbole de la propagande

Cet afflux de touristes ne doit rien au hasard. Il fait partie d'une stratégie des autorités nationales et régionales destinée à montrer Wuhan sous un nouveau jour, celui d'avant la pandémie. Pour cela, plus de 400 sites touristiques sont accessibles gratuitement dans tout la province. Mais ce n'est pas tout. Selon l'agence de presse Xinhua, plus de 1.000 agences de voyages et plus de 350 hôtels étoilés participent à cette campagne parrainée par le gouvernement, en offrant des réductions.

Dans un contexte de méfiance globale à son égard, la Chine souhaite à tout prix montrer la supériorité de son modèle sanitaire. Pointé du doigt pour sa gestion de la crise, notamment en raison des tentatives initiales de dissimuler l'épidémie et de faire taire les lanceurs d'alerte, le Parti communiste assure que sa lutte contre le coronavirus a été remportée haut la main, brandissant un bilan de 85.611 cas et 4.634 morts, soupçonné d’être fortement sous-estimé. Présentée comme une « ville héroïque », Wuhan où aurait eu lieu 80% des décès officiels est devenue le symbole de cette prétendue victoire… et de la propagande du régime, plus que jamais soucieux de l'image du pays.

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