Photographier les bébés morts-nés pour aider les parents endeuillés

Ce 15 octobre est la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal - Au-delà des nuages
Ce 15 octobre est la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal - Au-delà des nuages
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En immortalisant les bébés décédés, les photographes de l'association Au-delà des nuages créent un souvenir impérissable pour les parents afin de les aider à faire leur deuil. Une pratique - et un traumatisme - dont on ne parle pas assez.

C'est une épreuve que l'on ne souhaite à personne. Qu'elle ait lieu avant, pendant ou après l'accouchement, la perte d'un enfant laisse derrière elle une douleur et une solitude profondes, qui semblent insurmontables. Pour aider et accompagner les parents dans leur deuil périnatal, l'association belge Au-delà des nuages propose un service encore méconnu du grand public: photographier les bébés décédés. « C'est important pour les parents car c'est la seule chose qui leur reste », explique Aurélie Flamant, responsable de l'association pour la Wallonie et Bruxelles. « C'est une preuve que leur bébé a bien existé, un souvenir qu'ils pourront garder à vie. »

Lancée en 2016, cette initiative est née de la rencontre de deux photographes: Anneleen Fransen, une sage-femme qui proposait de prendre des photos dans son service, et Sharon Geirnaert, maman d'une petite Nina, décédée un jour après l'accouchement. Après avoir appris que sa fille ne survivrait pas, Sharon a pris son appareil photo « pour immortaliser ces instants ». Elle a désormais une centaine de photos de son bébé parti trop tôt. « Des photos que je peux montrer aux autres, qui lui donnent un visage, une image pour le monde extérieur. Quand je veux, je peux les prendre en main et les regarder. Des photos que je chéris pour toujours », explique la maman qui a voulu donner cette opportunité aux autres "paranges", ces parents vivant comme elle le deuil périnatal. L'association voit ainsi le jour d'abord en Flandre, sous le nom de Boven de Wolken, avant d'étendre ses services, deux ans plus tard, en Wallonie et à Bruxelles.

« On ne photographie pas la mort, mais l'amour »

Les sages-femmes n'étant pas photographes, leurs clichés des bébés morts-nés sont souvent « très médicalisés », regrette Aurélie Flamant, pour ne pas dire choquants. Pour leur rendre le bel hommage qu'ils méritent, elles peuvent désormais faire appel à l'association Au-delà des nuages, avec l'accord des parents. Même s'ils peuvent, à première vue, trouver cette idée étrange, « ils réalisent que cela va être important pour après, pour les aider à avancer dans leur deuil ».

photographie d'un bébé mort-né

L'association Au-delà des nuages offre un souvenir impérissable, et totalement gratuit.

 

Dans les 24 heures après l'accouchement, l'un de leurs 160 photographes bénévoles se rend dans la chambre d’hôpital et félicite les parents. « C'est très apprécié par les parents, car c'est important pour eux de se sentir reconnus en tant que tels. Le bébé est bien là et il fera toujours partie de leur vie », explique la photographe, appelant leur entourage à ne pas avoir peur d'en parler. La séance photo peut ensuite commencer. « On ne demande pas aux parents de sourire ou de regarder l'objectif, mais de profiter de leur bébé, de l'observer, lui, son visage, ses mains, ses pieds. On est là pour immortaliser ce moment intime, tout en gardant nos distances », rassure-t-elle.

« Ceux qui disent que c'est glauque ne l'ont pas vécu et ne savent pas ce que c'est », anticipe Aurélie Flamant, clouant le bec aux critiques manquant d'empathie. « On ne photographie pas la mort, mais l'amour. »

Encore tabou

Récemment, la mannequin Chrissy Teigen a levé le voile sur cette pratique, en partageant les clichés de sa fausse couche. Si elle a reçu une avalanche de messages de soutien dans cette terrible épreuve, elle a également été critiquée pour son manque de pudeur. Chacun vit pourtant son deuil comme il le souhaite. Certains préfèrent se taire, d'autres d'en parler. En mettant en lumière ce versant sombre de la maternité, l'Américaine a également envoyé un message fort aux autres paranges: vous n'êtes pas seuls.

En Belgique, chaque année, près de 900 bébés décèdent au cours de la grossesse ou durant les premiers jours de vie. Depuis sa création en 2016, l'association Au-delà des nuages a déjà accompagné plus de 2.000 familles, mais elle se heurte encore à certains obstacles. Alors que ses services sont proposés dans tous les hôpitaux en Flandre, elle n'est présente que dans moins de la moitié des établissements en Wallonie et à Bruxelles. « Il y a une certaine réticence que nous ne parvenons pas à expliquer. Des hôpitaux ne croient pas encore en notre projet », regrette Aurélie Flamant. D'autres n'en parlent pas assez. Preuve que « la perte d'un enfant est encore taboue dans notre société ». 

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