Pourquoi l'application française StopCovid est un échec

L'application StopCovid change de nom. - ABACAPRESS
L'application StopCovid change de nom. - ABACAPRESS
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L’application de suivi de contacts du gouvernement français n’a été téléchargée que 2,6 millions de fois en quatre mois.

« Ça n'a pas marché », a reconnu Emmanuel Macron mercredi. En France, l’application de suivi de contacts StopCovid n'a pas rencontré le succès espéré. Plus de quatre mois après son lancement, à peine 2,6 millions de Français l'ont téléchargée sur leur smartphone, soit moins de 4% de la population. Sans compter les désinstallations. C'est bien moins que l'application allemande Corona-Warn, elle aussi lancée en juin et téléchargée 20 millions de fois, soit par 20% de la population.

Face à un tel fiasco, le président français a annoncé une nouvelle version pour le 22 octobre, renommée « Tous anti-Covid », dont la priorité sera d'informer les citoyens sur la maladie.

Mauvaise communication et méfiance

Ce flop français s'explique par de multiples raisons. En septembre, le Comité de contrôle et de liaison Covid-19 déplorait une faible communication du gouvernement. Il pointait aussi le mauvais timing du lancement de l’application en juin, « à un moment où l’épidémie semblait contenue ». Une raison peu valable, étant donné que l'Allemagne a lancé son appli au même moment.

En réalité, la première cause viendrait plutôt de l'application elle-même. StopCovid fait office d'exception en Europe, puisque c'est la seule à reposer sur une approche centralisée. En d'autres termes, le système français fait appel à un serveur central qui stocke toutes les données. À l'inverse, les autres applications ont opté pour une architecture « décentralisée », proposée par Apple et Google dans le but de respecter les exigences strictes du règlement général sur la protection des données, RGPD. Les données restent ainsi stockées sur le smartphone de l'utilisateur de l’application. La France, en souhaitant s'affranchir des géants américains, n'a pas réussi à convaincre ses citoyens de la bonne protection de leurs données. Ces derniers, qui abandonnent déjà de nombreuses données personnelles à Apple et Google, se méfient visiblement davantage de leur propre gouvernement. Or, la confiance dans l’application est la condition préalable pour atteindre un nombre suffisant d'utilisateurs et rendre l'outil efficace.

Et en Belgique?

Basée sur un système décentralisé, l'application belge Coronalert a dépassé mardi le million de téléchargements depuis son lancement le 30 septembre, « avec une moyenne de 30 à 40.000 nouveaux téléchargements par jour », selon l'un de ses concepteurs Axel Legay. Cela représente 15% des utilisateurs de smartphones en Belgique, soit un premier seuil intéressant dans la lutte contre la propagation du coronavirus. « Avec 15% d’adhésion de la population, nous pouvons déjà sauver des vies », assurait sur le plateau de la RTBF le co-concepteur de cette nouvelle arme dans notre arsenal contre le Covid-19.

Reste à savoir si l'application est véritablement un outil d'alerte. Les autorités n'ont pas encore communiqué le nombre de cas contacts signalés grâce leur dispositif. À deux semaines du lancement, il est encore un peu tôt. En attendant, « plus les gens la téléchargeront, plus elle sera efficace dans la lutte contre le coronavirus », a rappelé mercredi le porte-parole interfédéral du Centre de crise Antoine Iseux. « Coronalert peut littéralement être vitale », a affirmé son homologue flamand Yves Stevens, précisant que l'application respecte toutes les règles relatives à la vie privée. « Prenez vos responsabilités et téléchargez-la! »

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