A quand un vaccin ? Ce n'est pas pour demain

Belga
Belga
Teaser

Plusieurs candidats vaccins sont en phase 3, soit la dernière étape avant validation, mais il ne faut pas espérer un vaccin efficace et distribué à grande échelle avant 2022. Explications.

La course au vaccin dans laquelle se sont lancées les grosses entreprises du Big Pharma porte-t-elle ses fruits ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas pas tout de suite... Si neuf candidats vaccins sont aujourd'hui en phase 3, l'ultime étape avant validation chez l'homme, deux ont été mis tout récemment à l'arrêt (des recherches américaines de Johnson&Johnson et AstraZeneca) pour des « raisons de sécurité ».

Malgré les annonces politiques, la découverte d'un vaccin ne se fait pas en un tournemain. Et brûler les étapes pour répondre à l'urgence n'est pas forcément la bonne chose à faire. Dans un entretien à Libération, le directeur du laboratoire de vaccinologie de l'Institut Pasteur Pierre Charneau a clairement dit que la « vision d'un vaccin efficace inondant la planète dans quelques mois est complètement illusoire ».

Difficulté des candidats vaccins

Selon lui, la difficulté à laquelle fait face les chercheurs vient du fait que la méthode utilisée pour juger de l'efficacité d'un candidat vaccin n'est pas bonne. Concrètement, on juge actuellement l'efficacité d'un candidat vaccin sur les anticorps qu'il crée dans le sang. Or, Pierre Charneau a découvert, lors de ses recherches pour l'entreprise biotech Teravectys qui se targue de suivre scrupuleusement chaque étape, que ces anticorps présents dans le sang ne participent que très partiellement à la protection des individus. Ce sont des anticorps présents dans les muqueuses  nasales et pulmonaires qui contribuent le plus à bloquer le virus.

« La grande leçon, c'est que pour avoir un vaccin efficace, il faut absolument amener les réponses immunes protectrices à la porte d'entrée du virus, donc les voies respiratoires supérieures ». Mais aucun des candidats vaccins actuellement en phase 3 n'a cette approche. Ni ceux en phase 1 et 2.  « Aucun ne stimule l'immunité dans les muqueuses pulmonaires, ils tablent tous sur l'injection intramusculaire qui vise à stimuler la production d'anticorps dans le sang ».

Un vaccin en 2021 en « quantité limitée »

Ces difficultés posent trois questions quant à l'arrivée prochaine d'un vaccin : quelle sera la durée de protection assurée ? Quelle sera leur protection réelle ? Et aussi, quelle est la faisabilité d'une production industrielle et d'une distribution à grande échelle ? Sur ce dernier point, c'est très clair, un vaccin ne voyage pas aussi facilement que des pains surgelés et la vaccination ne pourra se faire, du moins dans un premier temps, uniquement dans les hôpitaux.

C'est ce qu'a dit également Soumya Swaminathan de l'OMS. (Organisation mondiale de la Santé). Si on peut tabler sur un vaccin efficace en 2021, ce ne sera qu'en « quantité limitée ». Et il ne faut pas compter sur une distribution à grande échelle avant 2022.

« La plupart des gens sont d'accord pour dire que [la distribution] doit commencer par les travailleurs de la santé, ceux qui sont en première ligne, et même là, il faudra définir lesquels d'entre eux sont à plus grand risque, les personnes âgées, et ainsi de suite. Cela demandera beaucoup d'organisation, mais je pense que pour une personne jeune et en bonne santé, il faudra attendre 2022 avant de  pouvoir être vacciné ».

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection