Les jeunes, pas les seuls vecteurs du Covid-19

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Les jeunes adultes sont souvent désignés comme étant des contaminateurs en puissance. Si cela se confirme dans les études, d’autres groupes ne respectent pas non plus les mesures de sécurité sanitaire.

Depuis cet été, on ne compte plus le nombre d’articles faits sur eux. Les ados, les étudiants plus généralement les jeunes sont tenus en bonne partie pour responsables de la recrudescence de l’épidémie de Covid-19. En cause: leur manque de respect des gestes barrières. Au vu de la gravité de la nouvelle vague de coronavirus, l’accusation fait l’effet d’une bombe! Elle a même tendance à crisper certains jeunes qui adoptent une stratégie d’autodéfense. Ils revendiquent alors leur mode de vie et leurs libertés, et renvoient la balle en disant qu’ils ne sont pas les seuls à ne pas respecter les mesures. Mais si on joue carte sur table, qui est vraiment vecteur du Covid-19?

Les 18-24 ans sur le grill

Quitte à leur déplaire, les études pointent avant tout la place des jeunes dans le manque de respect des mesures de sécurité sanitaire. Déjà au début de l’épidémie, les 18-21 ans ressortaient clairement dans les statistiques comme étant le groupe n’adoptant pas strictement le confinement, à hauteur de 44% en mars et 16% en avril.

Aujourd’hui, il est difficile de quantifier exactement le phénomène. Mais en France, l’Institut national de Santé publique remarque clairement dans son enquête CoviPrev que les jeunes sont toujours en septembre particulièrement peu respectueux des consignes. La majorité des 18-24 ans se distinguent en n’adoptant que deux comportements de prévention sur les cinq principaux : le port du masque et les mesures d’hygiène comme se laver souvent les mains, arrêter les embrassades… La distanciation physique, l’évitement de regroupement en face-à-face et des rassemblements festifs passent à la trappe.

Selon Olivier Luminet, professeur en psychologie de la santé à l'UCLouvain, les jeunes, et plus particulièrement les étudiants, ne se rendent pas compte des risques sanitaires. Comme il l’explique au Vif, le coronavirus semble être pour eux un problème lointain, qui ne se manifeste que rarement avec des symptômes graves dans leur cas et qui ne devient concret que si le danger devient plus palpable. Leurs besoins sociaux, au contraire, sont bien concrets dans la fleur de l’âge.

Et les autres alors?

Pour autant, les défenseurs des jeunes ont raison sur un point: ils sont stigmatisés alors qu’ils ne sont pas les seuls responsables de la reprise épidémique. Si on reprend l’enquête CoviPrev, d’autres groupes sont au moins aussi irrespectueux des mesures sanitaires que les moins de 24 ans: la génération qui les a précédés, les 25-34 ans. Chez ces derniers, tous les comportements de prévention sont plus souvent ignorés.

Un autre profil fait un peu mieux en ne respectant que deux de ces mesures : les personnes avec un faible niveau d’éducation. Mais à la différence des 18-24 ans, les rassemblements sont ici évités. Par contre, ce n’est pas le cas des mesures d’hygiène, de la distanciation sociale et du port du masque. Pour Ariane Bazan, psychologue à l’ULB et membre de la cellule d’évaluation Celeval, cela est intimement lié aux capacités économiques de ce groupe. «S’ils n’ont pas assez de moyens, le manque d’espace complique par exemple la tâche. Faire une quarantaine dans un studio, c’est intenable dans un cadre familial. Et c’est un problème qui a aussi des conséquences sur le lieu de travail», note-elle. Un autre facteur pourrait également expliquer leurs difficultés: un manque d’accessibilité aux sources d’informations sur le Covid-19 et donc une méconnaissance du risque.

Enfin, il y a deux autres parties de la population qui sont désignées par l’enquête CoviPrev. D’une part les hommes, plus nombreux à ne pas mettre de masques et à ne pas adopter les mesures d’hygiène élémentaires comme se laver les mains. Et d’autre part, les personnes ne présentant pas de risque de développer de forme grave du Covid-19 (jeunes et autres) et qui ne prennent en compte que les mesures d’hygiène mais oublient le reste.

Sensibilisation: le maître mot pour remédier à ces manquements

Maintenant, la question est de savoir s’il est possible de lutter contre ce manque de respect des mesures sanitaires. La tâche est compliquée, surtout que, comme le remarque Ariane Bazan, il y a même des personnes qui balaient ces comportements de prévention d’un revers de main par simple principe, parce que tout ce qui a attrait à l'épidémie serait faux. Selon elle, il faut donc d’abord mieux informer et sensibiliser, à l’instar des publicités montrant la propagation du virus lors de fêtes familiales. «Dans la situation actuelle, on risque par exemple de voir les jeunes se blinder. Il faut au contraire en faire des partenaires pour les impliquer dans le combat contre le Covid et leur donner des perspectives».

Outre cela, elle préconise des campagnes ciblées et locales d’information. «Il faut travailler avec des associations de quartier et aller sur place pour écouter les gens, toujours en évitant la stigmatisation et en établissant le dialogue. Parfois, on a des personnes qui sont dans le déni malgré l’engorgement des hôpitaux et il faut tenter de le comprendre. Ensuite, à partir des faits, on peut arriver à un terrain d’entente», conclut-elle.

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