Les tests salivaires bientôt généralisés ?

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Les centres de test Covid-19 saturent un peu partout en Belgique. Pour les désengorger, les tests salivaires, moins fiables mais plus rapides à mettre en place, pourraient être une alternative efficace aux tests nasaux. Après l’Université, c’est le CHU Liège qui s’y est mis. Et au niveau fédéral, une décision pourrait intervenir cette semaine.

Théo a mal à la gorge, tousse et a des difficultés, par moment, à respirer. Lundi, son médecin lui a prescrit un test Covid-19. « J’ai fait une dizaine de centres de prélèvement sur Bruxelles. Le premier rendez-vous que j’ai pu trouver, c’était pour jeudi ». Mais, alors que l’épidémie reprend du poil de la bête, il n’y a pas qu’à Bruxelles que les centres de dépistage Covid sont pris d’assaut. Pour résorber leur retard, deux hôpitaux de la région liégeoise (MontLégia et CHU) ont, par exemple, interrompu jeudi tous les tests, jusqu’à ce lundi.

Un peu partout en Belgique, la chaîne du testing semble avoir déraillé : les délais pour obtenir un rendez-vous et ensuite, les résultats, se sont rallongés. C’est l’embouteillage. Depuis la rentrée académique, l’Université de Liège a mis des tests salivaires PCR à disposition de ses étudiants. Depuis lundi, le CHU de Liège s’y est mis également. Pour les personnes asymptomatiques, fini les tests nasopharyngés. Dans la Cité Ardente, il est maintenant possible de se faire tester sans passer par la case écouvillon au fond de la narine.

La procédure est plus facile, et moins douloureuse, puisqu’il suffit de cracher un peu de salive dans un petit pot. L’échantillon est ensuite envoyé en laboratoire pour analyse via la technique PCR (Polymerase Chain Reaction ou réaction de polymérisation en chaîne). Au CHU de Liège, les prélèvements avec écouvillon dans le nez sont désormais réservés uniquement aux patients symptomatiques.

Des tests moins fiables…

Les tests salivaires PCR présentent des avantages non négligeables pour soulager les centres de dépistage Covid. Pratique, la technique ne nécessite pas de mobiliser du personnel médical formé au prélèvement nasopharyngé, et peut être réalisée par le patient lui-même (comme à l’Université de Liège). Certes, le test salivaire est moins efficace, parce que moins sensible aux charges virales peu importantes. La fiabilité du frottis naso-pharyngé est en effet de l’ordre de « 80% », contre « 60% » seulement pour un prélèvement de salive, chiffre l’ULiège.

Et si en France, les tests salivaires vont faire partie de la stratégie de dépistage, la Haute Autorité de Santé (HAS) française juge néanmoins les tests salivaires « peu performants » sur les patients asymptomatiques ; selon les résultats préliminaires d’une étude menée en Guyane, trois cas asymptomatiques sur quatre ne seraient pas détectés via le prélèvement salivaire.

… Mais efficaces dans une stratégie de dépistage globale

Pour autant, les tests salivaires donnent la garantie qu’en cas de test positif, le patient est bien infecté au Covid-19. Et, bien que le risque de faux négatif existe, ce risque est « en partie compensé par le nombre et la répétition des tests », estime l'ULiège. La technique permettrait dès lors de tester régulièrement un grand nombre de personnes, tout en désengorgeant les centres de dépistage, qui se consacreraient aux patients dont les symptômes sont plus prononcés.

L’ULiège s’est d’ailleurs livré à un petit calcul comparant l’efficacité des tests nasaux et salivaires sur une population donnée. En prenant pour hypothèse un taux de contamination de 1%, l’université explique : « Si tous les membres de notre communauté universitaire, étudiant·e·s et personnel (30.000 personnes), étaient testés, nous détecterions 180 cas positifs compte tenu de la sensibilité du test salivaire » (60% des cas détectés sur les 300 personnes infectées).

Une opération qui « peut être renouvelée très régulièrement » et qui serait au final plus efficace que la technique du frottis naso-pharyngé. « Si nous parvenions à tester chaque semaine 10.000 personnes de notre communauté au moyen d’un frottis, objectif improbable (on effectue actuellement de l'ordre de 25.000 frottis par jour actuellement pour toute la Belgique), nous détecterions 80 cas positifs, note l’ULiège. Malgré une fiabilité plus grande (80%), les tests par écouvillons permettraient donc de détecter moins de cas positifs (26% des personnes 300 infectées).

Absorber les tests supplémentaires

Tout ceci est bien beau sur le papier. Mais, en pratique, la généralisation des tests salivaires à l’ensemble de la Belgique se heurte pour l’heure au même écueil que celui qui freine le dépistage « classique ». Les deux techniques nécessitent en effet une analyse PCR en laboratoire. Une analyse qui prend 6 à 8 heures minimum, et est réalisée à l’aide de réactifs pas toujours évidents à dénicher sur les marchés internationaux. En l’état, la généralisation des tests salivaires pourrait donc bien signifier un engorgement encore plus conséquent des laboratoires de testing.

Selon la RTBF, les experts du Risk Assessement Group (RAG) sont favorables aux tests salivaires, sous certaines conditions. « Il faut notamment que cela n’engorge pas davantage les laboratoires. Il faut donc que la nouvelle plateforme fédérale de testing soit prête pour absorber les tests supplémentaires ». Ce qui ne sera pas le cas avant le 1er novembre, au moins. « Logiquement, il aurait fallu aller un peu plus vite… Mais on n’aura pas le choix. La plateforme bis a nécessité l’achat de machines qui n’arrivent que maintenant » a expliqué à la RTBF Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche de l’Université de Liège. «

Cette plateforme est basée sur réplication de ce que l’on a fait à l’ULiège : le laboratoire qui a fait le plus de tests en Belgique. (…) Nous arrivons à faire des dépistages massifs car nous sommes parvenus à nous affranchir de réactifs commerciaux à acheter. (…) L’ensemble de la chaîne va être contrôlé par le public, on ne sera plus dépendant de grandes sociétés étrangères qui sont en rupture de stock. On utilisera des produits belges, donc on sera autonome, juge Fabrice Bureau. Selon le média public, une décision officielle sur le déploiement des tests salivaires est attendue « d’ici la fin de la semaine ».

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