Les hôpitaux se préparent à passer « un automne difficile »

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Face à la hausse constante des nouvelles admissions, tous les hôpitaux belges passent ce mercredi en phase 1A. 25% des lits en soins intensifs seront réservés aux patients Covid. Suffisant pour éviter la saturation et le report des soins non urgents ?

La courbe de l’épidémie prend décidément une sale allure. Selon les derniers chiffres communiqués ce mercredi par Sciensano, il y a eu en moyenne 5.057 nouvelles contaminations par jour au coronavirus, entre le 4 et le 10 octobre. Soit une augmentation de 93% par rapport à la précédente période de sept jours. Cette hausse constante des infections se reflète inévitablement sur le nombre d’admissions à l’hôpital. Entre le 7 et le 13 octobre, on a enregistré en moyenne 152 admissions quotidiennes, soit une augmentation de 81%. Il y a désormais 1.621 patients « Covid » hospitalisés en Belgique, dont 281 en soins intensifs. 33 décès supplémentaires ont également été comptabilisés en 24 heures, la moyenne sur les 7 derniers jours étant de 18 décès par jour (contre 11,6 la semaine précédente).

Une situation des plus sérieuses qui, dans les hôpitaux, risque de « s’aggraver dans les prochaines semaines », comme l’a expliqué au micro de La Première Renaud Mazy, administrateur délégué des Cliniques universitaires Saint-Luc. Pour affronter ce qui ressemble de plus en plus à une deuxième vague, un plan de gestion a été mis en place. Il comporte cinq phases (0,1A,1B,2A et 2B) et vise à répartir les patients entre les établissements hospitaliers.

Jusqu’alors, nous étions à la phase 0 : chaque hôpital devait garder 15% de ses lits en soins intensifs pour les patients Covid. En cas de saturation dans un hôpital, les patients supplémentaires étaient transférés vers d’autres établissements en mesure de les accueillir. À partir de ce mercredi, la phase 1A est déclenchée au niveau national (elle était déjà en vigueur à Bruxelles notamment) ; le seuil de lits Covid en soins intensifs passe maintenant à 25%. Sur les quelques 2.000 lits en soins intensifs que compte la Belgique, 500 vont être réservés au Covid-19.

« Manque de solidarité »

Justifiant le passage en phase 1A, Geert Meyfroidt, président de l’association belge de médecine intensive, a expliqué à Belga : « Nous avons bien sûr tiré des leçons du premier pic et nous tirons la sonnette d'alarme beaucoup plus tôt. Mais il est certain que nous entamons un automne très difficile. Les chiffres continueront à augmenter pendant au moins une semaine, ce n'est qu'alors que nous pourrons voir dans quelle mesure les nouvelles règles [bulle de 4, fermeture des bars à Bruxelles, etc. NDLR] sont suivies ».

Face à l’évolution de l’épidémie, certains hôpitaux bruxellois sont forcés de passer la vitesse supérieure. À l’UZ Brussel, c’est la phase 1B qui sera déclenchée ce mercredi ; 50% des lits en soins intensifs seront dédiés au Covid-19. Depuis plusieurs jours, la situation est telle dans certains établissements de la capitale que des transferts de patients vers les autres Régions ont dû être organisés. Transferts qui ne sont pas au goût de tout le monde.

La semaine passée, le bourgmestre N-VA d’Alost, Christoph d’Haese avait jugé que la solidarité médicale « avait des limites ». Selon De Standaard, 14 hôpitaux seraient réticents à accueillir des patients venant d’autres Régions.  Et dans un courrier adressé à l’ensemble des établissements, le comité « Hospital &Transport Surge Capacity » du SPF Santé publique a déploré : « Malheureusement, nous avons dû conclure le week-end dernier que tous les hôpitaux ne font pas preuve de solidarité. (…) Un certain nombre d’hôpitaux en phase 0 déclarent qu’ils sont saturés ou menacent de l’être et refusent des patients. Sachant que leurs collègues sont déjà en phase 1B, c’est inacceptable ».

Report de soins

Faute de pouvoir transférer ailleurs leurs patients, certains hôpitaux vont devoir progressivement augmenter leur capacité d’accueil « Covid ». Avec le risque d’impacter l’accueil des autres patients. « Si nous passons à la phase 1B, une partie des soins programmés régulièrement dans nos hôpitaux devra être reportée », a expliqué à Belga le directeur général médical du Chirec, Philippe El Haddad. Au CHU de Liège, les admissions pour cause de coronavirus ont triplé en deux semaines. Le CHU a dès lors décidé de reporter une partie des soins, et a annulé 30% des opérations programmées cette semaine, selon les chiffres rapportés par Le Soir.

À en croire le Groupement belge des médecins spécialistes (GBS), les hôpitaux seront toutefois mieux préparés qu’au printemps, et pourront se baser sur des listes de degrés d’urgence par spécialité pour décider quels traitements doivent être prioritaires. « Ces listes indiquent pour chaque spécialité, comme la neurologie et la cardiologie, les traitements et les interventions prioritaires et ceux qui peuvent être reportés, a détaillé Donald Claeys, secrétaire général du GBS. Les hôpitaux décident de manière autonome de la manière dont ils traitent ces listes mais elles constituent un bon repère. (…) Beaucoup de gens avaient peur d'être infectés lors de la première vague et ont choisi de rester chez eux. Nous devons éviter ce scénario. Imaginez qu'un patient cardiaque n'ose pas se rendre à une consultation et se retrouve dans un état critique. Les conséquences d'un retard dans les soins non urgents peuvent être très graves », a jugé Donald Claeys.

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