Le Royaume-Uni prêt à mettre en place un système de « filets anti-migrants »

Des migrants traversent la Manche sur un canot pneumatique, le 11 septembre 2020 - Sameer Al-DOUMY / AFP
Des migrants traversent la Manche sur un canot pneumatique, le 11 septembre 2020 - Sameer Al-DOUMY / AFP
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Pour empêcher les migrants d'entrer sur son territoire par la Manche, le gouvernement britannique envisage de nouvelles méthodes, dont l'utilisation de filets.

Londres veut à tout prix dissuader et empêcher les migrants d'arriver jusqu'à elle. Alors qu'en 2019, moins de 30% des entrées clandestines au Royaume-Uni se faisaient grâce à des embarcations de fortune, cette proportion est aujourd’hui passée à 70%, en raison de la pandémie et de son impact sur les autres formes de voyage. Le nombre d’arrivées clandestines atteint des records. Face à cette augmentation, le gouvernement britannique multiplie les propositions pour empêcher l'immigration illégale par la Manche, au risque parfois de choquer.

À la pêche aux migrants?

Nommé en août dernier par le ministère de l’Intérieur britannique pour lutter contre ces traversées clandestines, Dan O'Mahoney a révélé au Telegraph que le pays se préparait à utiliser des filets pour « mettre hors service » les canots pneumatiques transportant des migrants à travers la Manche, en bloquant leurs hélices. Une fois les embarcations immobilisées, des navires britanniques seraient ensuite mobilisés pour les récupérer en mer, avant de les reconduire vers la France.

La méthode est prête à l'emploi, mais un léger détail retarde son déploiement: la France refuse actuellement d'accepter les migrants renvoyés par les Britanniques. Sur Twitter, la proposition n'a pas manqué de choquer. L'eurodéputée française Fabienne Keller a affirmé que « les méthodes envisagées par les Britanniques sont à l’opposé de nos propositions dans le cadre du Pacte européen sur la migration et l'asile », à savoir « une gestion efficace des demandes, des conditions d’accueil dignes, des procédures respectueuses des Droits de l’Homme ».

Qu'importe, l'ancien officier de la Royal Marine assure que cette tactique pourrait être déployée « au cours des prochains mois ». « Je ferai tout ce qu’il faut pour arrêter ces passages, a-t-il déclaré dimanche sur Twitter. Je cible chaque étape de ces voyages pour rendre impossible la progression de ces petits bateaux. »

Un plan scandaleux

Donald Trump a son mur, Boris Johnson a ses filets? Pour créer une frontière maritime dans la Manche et empêcher tout embarcation d'atteindre les terres britanniques, d'autres pistes sont étudiées. Parmi elles figurent l'installation de barrières flottantes entre la France et l’Angleterre - contraire aux conventions internationales - ou le placement de migrants dans des centres de rétention offshore, des prisons désaffectées ou de vieux ferries. « Toute proposition de traiter les êtres humains comme du bétail dans un enclos de rétention rencontrera la plus forte opposition possible de ma part », a réagi la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon début octobre, alors que l'une de ses îles était envisagée pour accueillir les migrants.  

Le gouvernement britannique a proposé également d'utiliser des drones pour surveiller les côtes françaises et d'intervenir à la source, empêchant les migrants de quitter les plages. Une suggestion à nouveau rejetée par la France. Enfin, le Royaume-Uni est même allé encore plus loin, en voulant installer des canons à eau en pleine mer qui créeraient des courants contraires et forceraient les bateaux de migrants à faire demi-tour. En raison des risques trop importants de chavirage d'embarcations surchargées, cette dernière mesure a été rapidement écartée.

Campagne de dissuasion

Toujours dans la même optique, le commandant Dan O'Mahoney a également déclaré au Telegraph que Londres menait des campagnes sur les réseaux sociaux ou par l'intermédiaire de ses diplomates à l’étranger pour inciter les migrants à demander l'asile dans le premier pays sûr dans lequel ils arrivent, « plutôt que de risquer leur vie dans un voyage incroyablement dangereux pour atteindre illégalement le Royaume-Uni ». Il a également suggéré d’augmenter les peines de prison pour les passeurs.

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