Comment certains pays délocalisent leur pollution

Notre bilan carbone est incomplet. - Unsplash
Notre bilan carbone est incomplet. - Unsplash
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Générées à l'étranger pour produire des biens et services consommés dans le pays, les émissions de gaz à effet de serre importées ne sont pas prises en compte dans nos engagements climatiques. Elles représentent pourtant une part conséquente de notre empreinte carbone. Pour la Belgique, le constat est saisissant.

Notre bilan carbone n'était déjà pas glorieux, le voilà maintenant incomplet. Pâle reflet de la réalité, les chiffres officiels des émissions de CO2 ne tiennent pas compte en effet des émissions liées aux biens et services importés de l'étranger et consommés dans le pays. C'est le Haut conseil pour le climat qui a sonné l'alerte cette semaine. Dans son rapport publié mardi 6 octobre, l'organisme indépendant a mis en lumière cet angle mort dans les politiques climatiques menées en France.

Plus de la moitié de l'empreinte carbone en France

Valable aussi pour la Belgique, le constat est saisissant. Alors que les émissions produites sur le territoire français ont diminué de plus de 16% depuis 1990, celles produites à l'étranger pour la consommation française n'ont cessé d'augmenter, dépassant désormais la part d'émissions directes. Ainsi, sur une empreinte carbone de 11,5 tonnes/CO2 par habitant en 2018, les émissions importées représentent 6,4 t/CO2, selon les calculs du rapport du HCC.

Cette forte hausse de la pollution délocalisée s'explique avant tout par l'augmentation de la consommation des biens et services, dont une grande partie est produite à l’étranger. Ces émissions importées viennent principalement de l'Union européenne - Allemagne en tête - et de l'Asie, mais seul environ un quart d'entre elles sont originaires d’une région qui s’est engagée à la neutralité carbone.

dans un port français

- AFP/CLEMENT MAHOUDEAU

Au final, lorsque ces émissions importées sont intégrées dans le calcul, l'empreinte carbone de la France est restée relativement stable depuis 1995, note Le Monde. Lancé en 2018 pour évaluer la politique française en matière climatique, le Haut conseil pour le climat se veut toutefois optimiste: « l'empreinte carbone peut être maîtrisée car elle est, pour plus des trois-quarts, liée aux décisions des entreprises et des ménages sur le territoire français. » Il appelle ainsi à réduire les émissions importées de 65% d’ici à 2050 par rapport à 2005, pour diminuer l’empreinte carbone de 80%. Ce qui permettrait de contribuer à limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C.

Les Belges polluent bien plus qu'ils ne le pensent

Chez nous, le constat est sensiblement le même, voire pire. Alors que la Belgique a diminué ses émissions territoriales de 19,24% depuis 1990, son empreinte carbone a, elle, légèrement augmenté entre 1995 et 2007 lorsque celle-ci tient compte des émissions importées.

En 2017, l'institut de recherche flamand Vito s'est penché sur cette véritable empreinte carbone. Et le résultat n'est pas beau à voir. En Flandre, les émissions d'un habitant moyen s'élevaient à 20,4 tonnes de CO2 en 2010 contre 14,84 selon les chiffres officiels. Deux tiers des émissions flamandes sont en réalité « importées, notent les chercheurs flamands.

À Bruxelles, la différence est encore plus impressionnante: une empreinte carbone de 4 tonnes de CO2 par habitant sur papier contre jusqu'à 24 tonnes dans sa totalité. La situation dans la capitale est particulière. Dû au fonctionnement de la Région qui produit très peu sur son territoire, elle dépend fortement de ses voisines pour son énergie, pour les biens et les services. En Wallonie, l'exercice n’a encore jamais été fait, se contentant de noter, dans un rapport datant d'avril 2018, que « l’importance d’une connaissance des émissions hors frontières, donc de l’empreinte carbone totale est de plus en plus reconnue ».

Si leur importance est « de plus en plus reconnue », les chiffres de ces émissions importées restent encore largement méconnus et sont révélateurs de l'immense chemin qui reste à parcourir pour respecter nos engagements et limiter le réchauffement climatique. Pour limiter la hausse de la température mondiale sous 2ºC, il faudrait que chaque humain n’émette que 2 tonnes de dioxyde de carbone d'ici 2050. On n'y est pas encore.

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