Strasbourg: doutes et inquiétudes autour d'une agression présumée

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Une étudiante de 22 ans affirme avoir été agressée par trois individus parce qu'elle portait une jupe. Mais l'enquête ne donne rien. Et la police s'intéresse désormais à un groupe de défense dont fait partie la jeune femme.

Le fait divers remonte au 18 septembre. Elle a provoqué l'indignation jusqu'au sein du gouvernement français. Ce jour-là, Elisabeth G., étudiante de 22 ans, dit avoir été agressée par trois hommes d'une vingtaine d'années parce qu'elle portait une jupe. Selon son témoignage et ce qu'elle a rapporté aux médias locaux et dans des vidéos en ligne, l'incident s'est déroulé comme suit: « L'un d'eux m'a lancé “Regardez cette pute en jupe”. Je me permets de répondre “pardon”. Là, ils me répondent “tu te tais salope et tu baisses les yeux”. Deux m’attrapent chacun par un bras et le troisième me donne un coup de poing au visage ». Après quoi les individus sont partis en courant devant « une quinzaine de témoins » qui n'ont pas bougé le petit doigt. Elisabeth, elle, en est ressortie avec un oeil au beurre noir.

L'affaire est remontée jusqu'au sommet de l'Etat et dans les médias nationaux. Le porte-parole du gouvernement a parlé de faits « très graves », la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, s'est rendu en personne à Strasbourg, annonçant qu'elle allait réclamer plus de fermeté pour les délits de harcèlement de rue. La chaîne CNews a interrogé la ministre sur place, demandant si elle voyait dans cette affaire « un fond de séparatisme islamiste ». En somme, le débat se déplace du harcèlement de rue vers le communautarisme. Et le « coupable » est pointé du doigt : l'Arabe.

L'enquête de police ne donne rien

Le problème, c'est que la police ne trouve aucune trace de cette affaire. Aucun élément pour corroborer les dires de la jeune fille : « Une quinzaine de témoins » ? Ils sont introuvables. Les agresseurs présumés ? Aucune trace. Pourtant, Elisabeth les avait décrits de façon détaillée. Mais les caméras de surveillance de la ville ne donnent rien. L'endroit où l'agression a dû avoir lieu n'est pas couvert par les caméras. Les alentours bien, mais pas de trace des trois individus, ni de la jeune femme. Qui porte pourtant la marque d'une agression à son oeil...

Un autre élément sème le trouble, le smartphone de la jeune femme était raccordé à la borne de son domicile à l'heure de l'agression présumée. Pour la police, cela signifie qu'Elisabeth était alors sans son téléphone... Pourtant, elle affirme qu'elle était en train de regarder une vidéo TikTok lorsqu'elle a été interpellée.

BFM TV

Groupe de défense de rue

Au fil de l'enquête, la police vient à s'intéresser à un groupe Facebook de défense dont Elisabeth fait partie et est modératrice, Stras Défense. Il s'agit d'un collectif qui organise des rondes dans la ville pour empêcher les harcèlements et agressions. Cet été, en effet, plusieurs cas d'agressions ont été reportés à Strasbourg. Des témoignages qui étaient remontés jusqu'à la mairie.

Mais celle-ci s'inquiète de ce groupe qui cherche à se faire justice lui-même. « La sécurité relève de l'Etat », a dit la nouvelle maire Ecolo de Strasbourg dans une lettre à la préfète pour attirer son attention sur les agissements du groupe Stras Défense.

Ce groupe né sur Facebook que le journal Le Monde a pu « infiltrer » se veut apolitique, mais, dit le journal, il critique régulièrement les médias « de gauche » ou « gauchistes ». Certains messages postés et relevés par Le Monde s'aventurent sur le terrain communautaire : « Pendant les trois rondes c’est plutôt des insultes en arabe qu’on a entendues mais bon continuons à le nier » ; « Si ça se trouve ils récitaient du Molière dans leur langue natale qui sait… J’avoue c’est une langue assez agressive on peut se méprendre. N’oublions pas que ce sont les “chances pour la France” ».

Surtout, deux jours après l'agression présumée d'Elisabeth, le fondateur du collectif Stras Défense, Victor F., a posté un message étrange : « Bonsoir à tous, les choses commencent à bouger sérieusement. Elisabeth qui s’est fait agresser a pu être interrogée par France Bleu. Elle nous a recommandés auprès d’eux, j’attends leur retour. Je vous appelle donc tous à contacter des gens partout dans les médias que vous pourriez connaître, la phase 2 de Stras Défense va commencer, on va essayer d’avoir une visibilité à l’échelle de la France, alors tous autant que vous êtes, agissez, publiez, partagez ! Il est temps d’agir, sur ce point vous pouvez tous être utiles ! »

Cette affaire, après avoir indigné l'opinion publique, sème désormais le trouble. Un groupe d'extrême droite se cacherait-il derrière cette agression ? De son côté, Elisabeth s'est dite « choquée » qu'on remette en cause ses déclarations. Montrant son oeil au beurre noir, elle a dit : « Je n’ai rien à ajouter, je ne me suis pas réveillée comme ça le matin ».

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