Qui a payé la caution de Derek Chauvin, inculpé du meurtre de George Floyd?

 Les manifestants sont descendus dans la rue mercredi suite à l'annonce de la libération conditionnelle de Derek Chauvin- Kerem Yucel / AFP
Les manifestants sont descendus dans la rue mercredi suite à l'annonce de la libération conditionnelle de Derek Chauvin- Kerem Yucel / AFP
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Derek Chauvin, le policier inculpé du meurtre de George Floyd, a pu retrouver sa liberté, en attendant son procès, contre le versement d'une caution d’un million de dollars. Mais d'où vient cet argent?

Quatre mois après la mort de George Floyd, l'image est encore dans toutes les mémoires, celle d'un homme noir allongé sur le ventre, les mains menottées dans le dos, incapable de bouger ou de respirer à cause d'un policier blanc agenouillé sur son cou. Inculpé de meurtre non prémédité, l'officier en question, Derek Chauvin, a été libéré sous caution mercredi dans l'attente de son procès où il risque jusqu'à 40 ans de prison.

Lors de sa première comparution devant la justice en juin, la caution libératoire avait été fixée à un million de dollars, soit 850.000 euros environ, sous certaines conditions: l'ancien policier âgé de 44 ans devra remettre toutes ses armes, faire toutes ses compa­ru­tions devant le tribu­nal, n'avoir aucun contact avec la famille de George Floyd et enfin accep­ter de ne pas quit­ter l'État du Minne­sota jusqu’à l’is­sue de son procès. Cette libération conditionnelle a rapidement été dénoncée sur les réseaux sociaux, notamment par Ben Crump, l'avocat de la famille de George Floyd, estimant que c'était « un rappel douloureux (...) que justice est encore loin d’être faite ». En versant une caution d’un million de dollars, Derek Chauvin « a acheté sa liberté après avoir pris la vie de George Floyd pour 20 dollars » le montant d'un faux billet qu'on l'accusait d'avoir utilisé dans un magasin, a-t-il ajouté sur Twitter.

Les bondsmen, une particularité du système judiciaire américain

Au lendemain de cette annonce, la question sur toutes les lèvres est surtout celle de savoir comment un policier, qui a travaillé durant moins de 20 ans dans la police de Minneapolis, a pu payer une telle somme. Réponse: il ne l'a pas fait. Ou plutôt il a payé quelqu'un pour le faire à sa place.

Aux Etats-Unis, où la libération sous caution est devenue pratiquement la règle, il est possible en effet de faire appel à des entreprises spécialisées dans le paiement des cautions. Dans le Minnesota, ces garants de caution judiciaire, appelés « bondsmen » en anglais, peuvent demander jusqu'à 10% de la somme à l'accusé, explique CNN, soit dans ce cas-ci 100.000 dollars. Un montant davantage à la portée d'un fonctionnaire de police, surtout si des lobbies, des associations ou des crowdfundings viennent financièrement à son aide. Une hypothèse qui n'a pas encore pu être éclairée.

Interdite dans quatre Etats américains - l'Illinois, le Kentucky, l'Oregon et le Wisconsin -, cette pratique est fortement critiquée par l'American Civil Liberties Union, qui la juge discriminatoire à l'égard des communautés à faible revenu, souvent de couleur, déjà surreprésentées dans les prisons américaines. Dans un rapport publié en 2017, l'association expliquait comment ce juteux business - entre 1,4 et 2,4 milliards de dollars sont collectés chaque année par ces compagnies d'assurance d'un autre genre - permet à des grandes entreprises de manipuler le système judiciaire américain pour servir leurs propres intérêts financiers plutôt que la justice. Ailleurs dans le monde, seules les Philippines autorisent également cette pratique.

Derek Chauvin a lui fait appel à la compagnie d'assurance Alle­gheny Casualty. Ses trois collègues présents lors du drame, accusés eux de complicité de meurtre, ont également été remis en liberté, après avoir versé une caution de 750.000 dollars (637.000 euros environ). Leur procès aura lieu en mars 2021.

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