Comment lutter contre les agressions sexuelles sur les campus?

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Des néo-louvanistes manifestent ce mercredi pour dénoncer ce fléau encore bien présent. Mais, malgré ses efforts, l’université peine encore à agir efficacement en la matière.

Les étudiants sont à peine revenus à l’université que le phénomène a repris de plus belle. Ce 22 septembre, une nouvelle agression sexuelle a eu lieu à Louvain-la-Neuve. «Une de trop», répond le mouvement de jeunes du PTB, le Comac, qui a répertorié de nombreux autres cas du même genre. Ce mercredi, celui-ci organise une manifestation sur le campus pour protester contre le manque de dispositifs destinés à contrer cette épidémie de violence qui se répète chaque année. Du côté de l’UCLouvain, on dit être conscient du phénomène mais d’ores et déjà actif pour répondre à cette problématique. Insuffisant, juge le Comac. Ce qui pose la question de savoir comment aller plus loin pour agir efficacement.

Des universités assez actives ou pas?

Les actions des autorités universitaires sur le sujet sont assez récentes. Que ce soit à Louvain-la-Neuve ou ailleurs, elles ont pour la plupart été prises dans le contexte du mouvement #MeToo et prennent de nombreuses formes: des cellules anti-harcèlement comme à l’ULB et l’UCLouvain, des campagnes de sensibilisation comme «100% Respect» à l’UMons ou Together à Louvain-la-Neuve, un interlocuteur privilégié pour recueillir les plaintes à l’ULiège, sans compter les autres réseaux de soutien, numéros de téléphone et adresses de signalement d’agressions. Des associations sont aussi actives en la matière, dont Thé OK sur le campus néo-louvaniste.

Malgré tous ces efforts, le Comac alerte sur l’absence d’un réel changement, vu que les agressions et d’autres violences sexuelles continuent. Le mouvement demande notamment la création d’une équipe de jobistes raccompagnant les jeunes après les sorties en cas de problème mais aussi une meilleure communication sur les mesures prises par les autorités. Du côté de l’UCLouvain, on reconnaît en effet qu’il y a un problème sur ce dernier plan. «Il est évident que l’information ne descend pas assez auprès d’eux», confie à L’Avenir Tania Van Hemelryck, conseillère à la politique du genre à l’université.

Des stéréotypes ravageurs

Une autre piste pourrait être explorée pour renforcer la lutte contre ces actes: l’éducation sexuelle. Car si ce problème est encore si prégnant, c’est parce que les stéréotypes de genres sont toujours présents. L’année passée, l’étude de Serge Garcet, psychologue à l’ULiège, rendait bien compte de cela. Selon ses résultats, la tolérance par rapport à des comportements de harcèlement pouvait amener des garçons à juger normal d’avoir des rapports sexuels et ce même si la victime n’avait pas donné son consentement. Cela va du fait de lui avoir payé un verre ou un restaurant à un habillement jugé «excitant» en passant par le statut d’ancienne copine, etc.

Encore plus frappant: de nombreuses filles, alors qu’elles pâtissent le plus de ces agressions, trouvent normal d’avoir un rapport sexuel même si l’envie n’y est pas. Selon Pierre Collart, psychologue à l’UCLouvain, cette position est loin d’être anodine. «Les stéréotypes de genres se transmettent par plusieurs canaux différents et il n’y a pas que l’aspect éducatif qui joue. Il y a aussi l’influence des pairs qui les transmettent d’une personne à l’autre. Dans ce cadre, on a la confrontation entre les discours de lutte contre les stéréotypes de genre et la persistance de positions plus traditionnelles qui joue», explique-t-il.

Bilan de cette situation: 23 % des étudiantes et 14% des étudiants ont subi une tentative de relation sexuelle non désirée avec pénétration, un quart a été touché au niveau des parties génitales et 6% des femmes ont eu une relation sexuelle non désirée. Dans 74% des cas, l’agresseur est un proche et profite souvent des soirées arrosées pour commettre ses méfaits. Ces chiffres donnent une idée de l’importance du problème et du besoin d’y répondre.

Encore un long chemin à parcourir

Pour avancer en la matière, il est question de mettre en place des cours d’éducation sexuelle, mais il y a un hic. «Pour nous, il est essentiel que la sensibilisation à ces questions se fasse au moyen du cursus», confirme Tania Van Hemelryck. «Mais la formation doit être commune et partagée par l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur. Il en va donc de la responsabilité de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)».

La réflexion est donc lancée, mais il faut encore entrer dans la pratique. Cela dit, Pierre Collart rappelle que si l’éducation sexuelle veut vraiment être efficace, c’est bien plus tôt qu’il faut aborder cette problématique. «Selon moi, il faut agir dès la maternelle et aborder cela sur du très long terme. Ce qui compte, c’est aborder le sujet de la relation à l’autre de manière globale et il faut inculquer à la fois le respect de soi-même et des autres, puis lutter contre les croyances en termes de consentement», dit-il. En l’occurrence, il y a de l’espoir puisque la FWB accorde de plus en plus d’importance à la généralisation des cours d’Education à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) dans les écoles. Mais c’est un chantier qui doit encore être entrepris.

Au-delà de l’éducation à très long terme, Pierre Collart donne enfin d’autres pistes de réflexion: «Il faut à la fois lutter en amont en intégrant l’idée qu’une personne n’est pas consentante a priori, ce qui constitue encore aujourd’hui un préjugé répandu. Et puis en aval, on doit permettre une libre parole de la victime pour faire en sorte que la honte change de camp, ce qui passe par la bonne prise en charge de ces affaires par les services de police, les services d’aide pour les victimes, aider les auteurs de ces actes à changer leurs comportements en les écoutant, une bonne visibilité du problème, etc. Malheureusement, vu qu’il s’agit ici d’un réel problème de société, je crains que tout ceci ne prenne du temps».

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