En Belgique, la politique de père en fils

Mathieu Michel, fils de Louis Michel et frère de Charles Michel - Belga
Mathieu Michel, fils de Louis Michel et frère de Charles Michel - Belga
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Avec quatre "fils et (petite-)fille de" au gouvernement fédéral, la Belgique confirme son faible pour les dynasties politiques.

Ce n'est un secret pour personne. La politique en Belgique, c'est souvent une affaire de familles. Michel, Moureaux, Onkelinx, De Clercq, Daerden, Lutgen… Ils sont nombreux à avoir hérité du goût de leur parent pour la politique. La preuve encore avec le nouveau gouvernement fédéral qui a prêté serment devant le Roi ce jeudi matin: plusieurs ministres sont issus d'une lignée politique. À commencer par celui qui en est à sa tête.  

Alexander De Croo: bon sang ne saurait mentir

Le nouveau Premier ministre est le fils de Herman De Croo. Avec un master d'ingénieur commercial à la VUB dans la poche, complété d’un MBA à l'Université de Chicago, il ne se destinait pourtant pas à suivre les traces de son père, l'un des hommes politiques néerlandophones les plus connus du pays. Mais l'homme d'entreprise, spécialisé dans les droits de propriété intellectuelle, est rapidement rattrapé par le gène politique.

En juin 2009, Alexander De Croo, à peine trentenaire, se présente aux européennes, mais échoue malgré un bon score personnel. Quelques mois plus tard, il crée la surprise en décrochant la présidence de l'Open Vld. Et ce, sans jamais avoir exercé de mandat électif, pas même au niveau communal. Le libéral flamand occupe alors le poste qu'avait détenu son père plus de deux décennies plus tôt, de 1995 à 1997. Pour faire taire les critiques, le fils De Croo est déterminé à se faire un prénom. Un objectif atteint en avril 2010 lorsqu'il débranche la prise du gouvernement Leterme, faute d'accord sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Cet événement mènera à la plus longue crise politique du pays. En 2012, il est élu bourgmestre de Brakel, devenant le sixième De Croo à occuper ce poste. Dans la foulée, il devient ministre des Pensions dans le gouvernement Di Rupo, puis ministre de la Coopération au développement avec Michel, avant d'ajouter le portefeuille qu'il convoitait, celui des Finances, suite au départ de la N-VA. Sa carrière fulgurante le mène aujourd'hui au 16 rue de la Loi, jamais atteint par son père.

Alexander de Croo

Alexander De Croo - Belga

Dans la famille Michel, je demande...

Alexander De Croo succède ainsi à un autre « fils de », Charles Michel. Si celui-ci est désormais président du Conseil européen, sa dynastie politique est encore bel et bien présente dans le nouveau gouvernement, grâce à son frère, Mathieu Michel. Le second fils de l'ancien ministre Louis Michel devient secrétaire d'État à l'Agenda digital, au Numérique, à la Simplification administrative, à la Protection de la vie privée et pour la Régie des Bâtiments. Cette nomination en a étonné plus d'un. Surtout parce que le président du Collège provincial du Brabant wallon est très peu présent en ligne. Le dernier tweet de Mathieu Michel date en effet du 28 avril 2015.

Mon (grand-)père, ce bourgmestre

Au sein du nouveau gouvernement, deux autres noms diront probablement quelque chose à certains: Vincent Van Peteghem et Sarah Schiltz. Le premier, devenu ministre des Finances sous la proposition du CD&V, est député et bourgmestre de La Pinte, près de Gand, comme l'était son père Martin Van Peteghem de 1998 à 2012. La seconde, nouvelle secrétaire d'Etat à l'Egalité des chances et des genres, est la petite-fille d'Henri Schiltz, ancien sénateur et bourgmestre socialiste de Liège. Toujours à gauche, la militante féministe est, elle, membre du parti Ecolo.

Un phénomène belgo-belge?

Les dynasties politiques existent aussi à l'étranger, comme aux Etats-Unis avec les Kennedy et les Bush ou en France avec les Le Pen. Mais alors qu'elles tendent à diminuer dans les démocraties les plus développées, en Belgique, certains observateurs estiment que leur nombre est en hausse, pas seulement au niveau fédéral mais aussi aux communes et aux Régions. Sous le gouvernement Michel, on comptait déjà quatre ministres dont les pères ont eux-mêmes occupé une fonction politique: Denis Ducarme, Pieter De Crem, Alexander De Croo et Charles Michel.

Toujours les mêmes? Quelles que soient leurs qualités et compétences, les « fils et filles de » ont trois fois plus de chances d'être élus et obtiennent plus facilement une meilleure place sur les listes. Ce qui augmente encore leurs chances d'obtenir un bon résultat. À l'intérieur des partis, la compétition n'est pas non plus équitable. Ce qui pousse certains à voir dans ces dynasties politiques un véritable frein à la démocratie.

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