Obligés de fermer à 23h, les bars bruxellois font grise mine

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Pour contrer l’épidémie, les bourgmestres de la région Bruxelles-Capitale ont décidé de serrer la vis avec pour victimes principales les bars et les cafés. Un coup de massue qui provoque un sentiment d’injustice et de résilience au sein de l’horeca.

Après un bon repas au resto, quoi de plus normal que de terminer une soirée entre amis par un verre dans un bar? Mais à partir de ce lundi 28 septembre, cela ne sera plus possible dans la capitale. Hier soir, les bourgmestres de la région, réunis en urgence, ont décrété plusieurs mesures pour lutter contre le coronavirus, dont la fermeture des cafés et des bars dès 23h et ce pour les trois prochaines semaines. Une décision qui se veut cohérente par rapport à la situation sanitaire mais qui fait grincer des dents ces établissements, pointant une situation injuste.

La nécessité de réagir pour les autorités bruxelloises

Si les communes ont agi de la sorte, ce n’est pas par plaisir. Le rebond épidémique est particulièrement inquiétant à Bruxelles qui rejoint - presque - Marseille, là où les bars (en plus des restaurants) doivent complètement fermer leurs portes dès ce dimanche soir. La capitale belge pâtit ainsi d’une incidence cumulée sur 14 jours de 327,7 cas pour 100.000 habitants, là où la cité phocéenne en a 281. Le taux de positivité des tests est lui de 8,2% dans les Bouches-du-Rhône (où se situe Marseille). À Bruxelles, il est de 9,5%. Si les bourgmestres se sont montrés moins sévères que l’État français envers les bars, c’est probablement grâce à un stress moins grand sur les lits de réanimation. Il n’y a encore que quelques cas en soins intensifs dans la capitale contre 40% d’occupation au bord de la ville méditerranéenne rien que pour les malades du Covid, d’où une saturation des services hospitaliers en comptant les autres patients.

Dans un tel contexte, les bars sont pointés du doigt, comme l’a expliqué hier à la RTBF le porte-parole interfédéral pour le coronavirus, Yves Van Laethem. «Un certain nombre de situations ont montré qu’au sein de tout ce qui est récréatif, au sein de l’Horeca, ce sont effectivement les bars qui sont un point de départ de contaminations, de clusters, ce que l’on peut aisément comprendre. Le soir et l’alcool venant, ajoutés aux mouvements qui y sont différents de ceux des restaurants où l’on est assis, les risques de contamination y sont potentiellement plus importants», dit-il.

Deux poids, deux mesures? L’horeca crie à l’injustice

Ce point de vue n’est pas contredit par Philippe Trine, président de l’Horeca à Bruxelles. Il ne nie pas le fait que le respect de la distanciation sociale y est plus difficile et il ne conteste pas non plus la décision des bourgmestres. Il apprécie d’ailleurs que la fermeture des bars et cafés n’ait pas été édictée pour 22h, comme il en a été question un moment.

Pour autant, il estime que cette décision est injuste par rapport à d’autres secteurs qui ne sont pas affectés par des mesures similaires. «Probablement que les bars sont plus risqués que les restos. Par contre, est-ce qu’ils sont plus dangereux que les transports en commun? Et au football par exemple, où il y a plus de monde que dans les bars, on peut voir des personnes boire des bières sans masques, tout en criant et en postillonnant. Imaginons que ces mêmes personnes aillent après au bar: où ont-elles attrapé le Covid-19? Au bar ou au football? Malheureusement, on ne peut pas le savoir parce qu’on ne va tester tout le monde après le football», fait-il remarquer. Pour lui, le principal problème est là: les bars paient les pots cassés alors que d’autres foyers potentiels ne sont pas autant touchés par ces mesures.

Un désespoir immense

De cette tension, Philippe Trine en retient un sentiment de tristesse. La mesure était redoutée et elle a finit par s'imposer, ce qui n’est logiquement pas sans conséquences. «Il est évident que les bars et les cafés sont victimes d’une décision qui leur est fort préjudiciable», explique le patron de l’horeca bruxellois. «Ils vont avoir beaucoup de chiffre d’affaire en moins. Et ceux qui n’ouvrent qu’à minuit perdent tout. Il ne faut pas oublier que les bars sont déjà dans une situation dramatique avec une partie des établissements toujours fermés, sans parler des boîtes de nuit. Ces gens sont désespérés. Payer les charges et les loyers va devenir compliqué voire impossible pour certains. Cela risque donc d’aboutir sur des faillites en cascade», s’inquiète-il.

Malgré tout, la priorité reste pour lui d’éviter qu’il n’y ait pas de reconfinement total des établissements comme c’est le cas à Marseille. Cette menace pèse comme une épée de Damoclès. Si elle venait à s’abattre sur l’horeca bruxellois, elle lui donnerait le coup de grâce. D’où une protestation somme toute assez modérée contre les bourgmestres. «Si le reconfinement devait se concrétiser, en trois mois, il n’y a plus rien à Bruxelles. Ce serait la fin de toute vie sociale dans la capitale. Quand on voit ce qui se passe en Israël et à Marseille, ce serait un scénario vraiment catastrophique», conclut-il.

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