Les femmes, toujours trop absentes du secteur musical belge

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Dans son premier rapport, le projet SCIVIAS épingle les disparités entre les hommes et les femmes à tous les étages de la diffusion artistique.

Mais où sont les femmes? Dans toutes les couches du secteur musical, elles manquent à l'appel. Sur scène comme en coulisses, ce déséquilibre dans la représentation des hommes et des femmes est évident, mais peu documenté en Belgique. Jusqu'à l'arrivée de SCIVIAS, qui vient de dévoiler son premier rapport.

Lancé en 2019, le projet rassemble le service Wallonie-Bruxelles Musiques, l'ASBL Court-Circuit, le Botanique, le Conseil de la Musique, le Studio des variétés Wallonie-Bruxelles, le Service des musiques non-classiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que, dans une moindre mesure, le FACIR. Tout ce beau monde s'est réuni afin d'agir pour une meilleure représentation des femmes dans le secteur et d'enrayer le sexisme systémique dont elles font l'objet, à travers un certain nombre d’engagements. D'autres acteurs désireux de poursuivre cet objectif se sont greffés au projet - 28 pour être exact, actifs dans (presque) tous les échelons de développement de carrière musicale: des labels comme Luik Records aux salles de concerts comme l'Atelier 210, en passant par l'agence de relations publiques Fifty Oh ou encore le webzine musical La Vague Parallèle.

Tous ont accepté de respecter la charte de la plateforme qui « crée une base de discussion pour aller vers plus d'égalité ». Premier engagement commun: affirmer l'existence de discriminations, implicites et explicites, dont les femmes font l'objet et dont les répercussions sont indiscutables. La prise de conscience est le premier pas vers le changement, dit le dicton… Les signataires s'engagent également à visibiliser cette problématique de manière active, en commençant par divulguer leurs données afin de récolter des statistiques.

La musique au masculin

« Les études sont très nombreuses chez nos voisin·es français·es mais les chiffres manquent cruellement en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui empêche d’avoir une vue d'ensemble de cette problématique pourtant observable au quotidien », regrette SCIVIAS, qui a dévoilé son rapport chiffré jeudi soir.

Si ces chiffres ne rendent pas compte de la situation complète en Wallonie et à Bruxelles, ils permettent toutefois de dégager de grandes tendances. Sans surprise, les disparités sont flagrantes dans certains pôles comme les métiers techniques (93% d'hommes) ou administratifs (76% de femmes). Si les équipes permanentes des institutions sondées frôlent la parité avec 48% de femmes, celle-ci est loin d'être atteinte aux postes de direction occupés à 72% par des hommes. Pire encore, les programmateurs artistiques comptent 83% d'hommes.

Du côté des artistes programmés, le constat n'est pas non plus réjouissant: 28% seulement sont des femmes, lorsqu'on rassemble les données pour les salles, les festivals et les labels. Moins visibles médiatiquement, elles sont également moins nombreuses à remettre un dossier de demande d'aide, selon le Service des Musiques. Dans son article sur la rareté de femmes inscrites au Concours Circuit 2018, qui a inspiré la création du projet SCIVIAS, la journaliste Charline Cauchie émettait plusieurs hypothèses pour expliquer ce manque de candidatures féminines, dont celle du syndrome de l'imposteur. « Comme si les femmes artistes ne se sentaient pas assez légitimes », regrettait Caroline Lambert, chargée de communication au Pôle Musiques Actuelles Wallonie-Bruxelles qui organise le concours, bien que le manque de femmes dans l'encadrement artistique doit certainement jouer aussi.

Et maintenant, on fait quoi?

« Visibiliser les femmes actives du secteur, les musiciennes, c'est encourager leur professionnalisation et cela peut provoquer un impact sur la présence d'autres femmes dans le secteur », affirme SCIVIAS. Pour réduire les inégalités de représentation des femmes dans le secteur musical belge, la plateforme évoque quelques pistes, comme la mise en place d'un répertoire, d'un accompagnement sur l'intersectionnalité ou la création d'un guide pour des actions concrètes. Car, finalement, la balle est surtout dans le camp des structures elles-mêmes. C'est aussi à chaque signataire ou membre adhérent de proposer des pistes claires de réflexion et de mise en action pour supprimer ces lourdes disparités.

Alors que la pandémie a plongé la culture dans une crise sans précédent, cette pause imposée est peut-être l'occasion de repenser le secteur, de reconstruire ses pratiques professionnelles, de manière intelligente et inclusive, pour un monde d'après plus égalitaire.

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