Handicap : les services publics encore trop peu accessibles en ligne

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C’est une obligation européenne : à partir de ce 23 septembre, tous les sites web du secteur public doivent être accessibles aux personnes en situation de handicap. Or, c’est encore loin d’être le cas.

Remplir sa déclaration fiscale, prendre rendez-vous dans une administration, acheter un ticket de train… De plus en plus de démarches de la vie quotidienne se font, en partie ou exclusivement, sur le net. De quoi souligner la « fracture numérique », alors qu’il reste encore une partie de la population qui ne maîtrise pas les outils informatiques. Pour d’autres, ce sont lesdits outils qui ne sont parfois (souvent ?) pas adaptés. Et pourtant : en vertu de la directive européenne UE 2016/2102, tous les sites internet des services publics (Fédéral, Régions, communes, provinces, administrations, Sécurité sociale, etc.) doivent, depuis ce 23 septembre 2020, être accessibles aux personnes en situation de handicap.

De nombreux sites en infraction

C’était déjà le cas depuis 2018, pour tous les nouveaux sites des services publics. Depuis ce mercredi, cette exigence vaut donc aussi pour les anciens sites. À partir du 22 juin 2021, l’obligation d’accessibilité sera étendue aux applications mobiles. De quoi, en principe, venir en aide aux 15% de la population (selon les chiffres avancés par le Belgian Web Accessibility Office) souffrant d’un handicap visuel, auditif, cognitif ou moteur. C’est donc aussi à partir de ce 23 septembre que de très nombreux sites web du secteur public se retrouveront en infraction.

Combien ? Sur son site, le Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles (CAWaB) avance le chiffre de 90% des sites internet qui ne seraient pas accessibles aux personnes handicapées. Chiffre difficile à confirmer, vu qu’il n’existe pas de recensement officiel. Une seule certitude : le chantier de l’accessibilité numérique est loin d’être terminé. Les associations Eqla et Passe-Muraille ont passé au révélateur une série de sites web. Résultat ? Un paquet de failles d’accessibilité, illustrées dans une vidéo de sensibilisation. Recharger son abonnement TEC, consulter les horaires d’ouverture d’un service communal, naviguer dans l’agenda électronique d’une grande ville… les démarches les « plus simples » tournent rapidement à la mission impossible.

Sensibiliser dès la formation au codage

Il existe pourtant des critères d’accessibilité internationalement admis ; ce sont les normes WCAG (World Content Accessibility Guidelines). Pour être considéré comme accessible, un site web doit notamment fournir des audios/vidéos avec sous-titres ; prévoir des textes alternatifs accolés aux images ; veiller à respecter des contrastes suffisants entre les textes ; les internautes doivent pouvoir naviguer sur le site sans utiliser de souris (via la touche tabulation du clavier), etc.

Trois niveaux d’accessibilité sont établis par les normes WCAG. Le niveau A implique uniquement l’accès à tous les contenus d’un site. Le niveau AA désigne un accès total également, mais de manière presque aussi rapide qu’un utilisateur sans handicap. Le niveau AAA, est lui inatteignable pour l’Europe, qui vise plutôt le niveau AA pour les secteurs publics. Chaque opérateur du service public est tenu sur son site internet de publier une déclaration d’accessibilité. À titre d’exemple, celui de la ville de Namur indique répondre à « 80% aux normes techniques A et à 50% aux normes techniques AA ».

Une des pistes pour renforcer l’accessibilité numérique du service public : la sensibilisation. Pour Serge Denis, de l’asbl Passe-Muraille, c’est en amont, dès leur formation, que les futurs codeurs et concepteurs de sites doivent se familiariser avec la problématique. « Rendre un site internet accessible, ce n’est pas compliqué. C’est comme construire une maison. Quand on construit une maison, on peut la rendre accessible dès le départ ».

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