FinCEN Files, le scandale qui secoue les grandes banques

De l'argent sale lavé par les grandes banques - Unsplash
De l'argent sale lavé par les grandes banques - Unsplash
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Une nouvelle fuite massive de documents révèle les lacunes des plus grandes banques mondiales - et belges - dans la lutte contre le blanchiment d'argent. Au moins 2.000 milliards d'argent sale ont ainsi pu parcourir la planète grâce à leur réglementation défaillante.

Après les Panama Papers, voici les FinCEN Files. Une nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) pointe le rôle central des banques mondiales dans le transfert d'argent sale. Face à l'argent du crime, du trafic de drogue et de la corruption, le secteur dit avoir adopté des systèmes de détection performant, mais les failles persistent. « Les profits des guerres meurtrières contre la drogue, des fortunes détournées des pays en développement et des économies durement gagnées volées dans le cadre d’une pyramide de Ponzi ont tous pu entrer et sortir de ces institutions financières, malgré les avertissements des employés de ces mêmes banques », détaille l’investigation, menée par 400 journalistes issus de 110 organes de presse et de 88 pays.

L'enquête de 16 mois a été rendue possible grâce à ce qu’on appelle des Suspicious Activity Reports, soit des rapports d'activités suspectes, adressés au service de renseignement financier américain FinCEN, par les banques elles-mêmes lorsqu'elles détectent des transferts de fonds douteux. « Ces documents, compilés par les banques, partagés avec le gouvernement, mais gardés hors de la vue du public, exposent le gouffre béant des garanties bancaires, et la facilité avec laquelle les criminels les ont exploitées », assure Buzzfeed News, qui a pu en obtenir plus de 2.100, avant de les partager avec l'ICIJ.

Une goutte d'eau dans un océan d'argent sale

Ces documents confidentiels portent sur des montants astronomiques. Au moins 2.000 milliards de dollars de transactions suspectes ont transité entre 1999 et 2017 par les plus grandes institutions bancaires du monde. Sont notamment pointées du doigt cinq grandes institutions – JPMorgan, HSBC, Standard Chartered Bank, Deutsche Bank et la Bank of New York Mellon – accusées d'avoir continué à faire transiter des capitaux de criminels présumés, et ce même après avoir été poursuivies ou condamnées pour faute financière et s'être engagées auprès de la justice à renforcer leurs contrôles.

La banque HSBC est notammée citée dans les FinCEN Files

© Unsplash

« On peut cependant raisonnablement penser que les 2.000 milliards de dollars d'opérations suspectes identifiées dans cet ensemble de documents, montant déjà considérable, ne sont  qu'une goutte d'eau dans le flot d'argent sale qui circule dans les banques du monde entier », indique Radio France, qui a travaillé sur ce projet, tout comme Le Monde et Le Soir. « Les fichiers FinCEN représentent en effet moins de 0,02% des plus de 12 millions de  déclarations d'activités suspectes que les institutions financières ont rédigées entre 2011 et 2017. »

Liaisons dangereuses

Ces extraits des FinCEN Files sont en grande partie issus de la fuite de dossiers collectés par la commission d’enquête du Congrès américain sur les ingérences supposées de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016, qui a abouti à la victoire de Donald Trump, indique Le Monde. C'est pourquoi ces déclarations de soupçon se limitent à une série de personnalités et de banques liées de près ou de loin à cette affaire russe. L'ancien directeur de campagne de Donald Trump Paul Manafort est notamment cité. La première banque américaine JPMorgan a fait circuler plus de 50 millions de dollars pour son compte, dont au moins 6,5 millions de dollars de transactions au cours des 14 mois qui ont suivi sa démission de la campagne, alors qu'il faisait déjà l'objet d'allégations de blanchiment d'argent, et de corruption, dans le cadre de son travail pour le compte d'un parti politique pro-russe en Ukraine.

Entre 2010 et 2015, la même JPMorgan a également transféré plus d'un milliard à la société chypriote ABSI Securities, avant de découvrir dans les médias qu'elle appartenait à Semion Mogilevich, décrit comme le « patron des patrons » de la mafia russe, l'une des dix personnes les plus recherchées par le FBI. La banque s'était pourtant engagée à améliorer ses contrôles en matière de lutte contre le blanchiment d'argent dans le cadre d’accords conclus avec les autorités américaines en 2011, 2013 et 2014.

Ces éléments sont révélateurs d'un système faillible. Les contrôles internes des banques sont largement insuffisants et superficiels, et les sanctions à leur encontre en cas de manquement, bien trop faibles.  

Les banques belges ne sont pas toutes blanches

Cette enquête montre que les banques sont une pièce maîtresse de la machine à blanchir l'argent de la fraude et du crime organisé. Parmi celles-ci, des banques belges sont impliquées. 365 des 2.100 SAR contiennent au moins une fois le mot « Belgium », selon Le Soir, De Tijd et Knack. Les quatre premières institutions du pays - ING, KBC, Belfius et BNP Paribas Fortis - y sont toutes citées, pour des transferts qualifiés de « suspects », allant de quelques centaines à plusieurs millions de dollars. Dans un cas, un montant d’un demi-milliard de dollars a été transféré d'un seul coup d'un compte bancaire belge vers une société offshore basée aux Îles Vierges britanniques. L'identité réelle du donneur d'ordre et l'origine des fonds n'ont pu être établies.

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