Le «Plan Droits des femmes» confronté à son plafond de verre

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Les associations se réjouissent de l’avancement du projet de la ministre des Droits des femmes Bénédicte Linard. Mais elles redoutent que son plan ne bute sur un obstacle de taille: le manque de coopération du fédéral.

Hier a été un jour important pour Bénédicte Linard (Écolo) à la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Le gouvernement a fini par adopter sa proposition de «Plan Droits des femmes» forgé par la consultation de 178 organisations. Un grand pas qui prévoit quatre axes: la lutte contre les violences faites aux femmes, la déconstruction de stéréotypes, la représentation féminine à tous les niveaux d’emploi et la conciliation entre la vie privée et professionnelle.

Du côté du milieu associatif, on s’en réjouit. Mais si cette nouvelle est de bon augure, on reste quand même prudent. De potentiels problèmes pointent déjà le bout de leur nez et pourraient porter atteinte à l’efficacité du plan adopté hier par la FWB.

Des pistes d’action diverses et variées

Les mesures concrètes prévues par le «Plan Droits des femmes» doivent encore être développées mais la ministre a pu en donner un avant-goût hier dans Le Soir. Parmi celles-ci, on peut citer l’introduction des questions de genre à l’école, l’augmentation du taux de couverture des places en crèches, une meilleure représentation des femmes dans les médias ou encore la formation du personnel de la petite enfance. Loin de se limiter aux femmes, des campagnes de sensibilisation s’adresseront aussi aux hommes et aux garçons pour faire changer les mentalités. Et question d’encourager ce mouvement, des subventions pourraient être conditionnées à la présence de clauses antisexisme dans les contrats de travail et dans la structure dirigeante de l’organisation.

Pour Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB), deux mesures sont également attendues. La première, c’est «la création de financements structurels pour permettre aux associations de fonctionner de manière pérenne». Bonne nouvelle: il a été question de cela dans l’interview de Bénédicte Linard. Et deuxième point abordé dans Le Soir, c’est la formation des futurs travailleurs du psychosocial et du médical aux problématiques de violences de genre. Or pour Sylvie Lausberg, la détection de ces dernières est fondamentale. «Cela permettra d’enrayer le cycle de la violence. Il faut investir en amont des violences pour les éradiquer», explique-t-elle.

Du côté des associations de femmes, on se réjouit de toutes ces annonces qui représentent le fruit d’un long combat. «Les associations ont fortement interpellé les responsables politiques par rapport aux manquements sur les droits des femmes, comme sur le fait que la Belgique ne respecte que 20% de la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence envers les femmes», rappelle Hafida Bachir, secrétaire politique de Vie féminine. «Et l’impulsion que nous avons donnée est aujourd’hui relayée par des personnalités politiques qui y croient, d’où ce plan. Il y a encore quelques années, il y avait des blocages par rapport à l’idée même de parler des droits des femmes. Maintenant, c’est devenu incontournable et le mouvement actuel est positif».

La FWB est active, mais pas le fédéral

La mise en place de ce plan est donc un signe très positif pour Hafida Bachir. Pourtant, la partie est loin d’être gagnée. Car si le «Plan Droits des femmes» va dans le bon sens, il y a un problème, et un gros: les limites des compétences de la FWB. La communauté est un levier politique important mais les problématiques ici abordées concernent aussi des domaines qui relèvent d’autre niveaux de pouvoir. Les associations ne craignent pas vraiment que les régions cassent le mouvement. Par contre, au fédéral, c’est une autre histoire. «On est optimiste parce qu’on a des ministres qui travaillent assez bien ensemble. Le problème, c’est qu’au niveau fédéral, la question des femmes est complètement invisibilisée. Le gouvernement fédéral ne dit pas un mot sur les droits des femmes. Même le droit à l’IVG fait l’objet d’un marchandage sans scrupule», s’indigne Sylvie Lausberg.

Hafida Bachir répertorie de son côté les conséquences de cette inactivité du fédéral. La lutte contre les violences, par exemple avec des campagnes de sensibilisation, c’est bien, mais «la FWB ne peut pas dégager des moyens sur la justice et de la police. Ici, on a besoin que le fédéral se mouille dans cette politique, sinon ça n’ira pas et même avec l’augmentation des cas de violences pendant la crise, il y a eu très peu d’actes au niveau national». Autre exemple: la lutte contre la précarité des femmes. «Ici, il faut aborder la question des payements de pensions alimentaires et de l’accès à certains services sociaux. Or ces aspects sont à nouveau liés au fédéral», qui ne fait pas assez en la matière selon elle.

Entre crainte et espoir

Le risque, c’est donc que toute cette bonne volonté de la FWB ne se confronte au mur du fédéral. Mais pour l’instant, cette question est un peu en stand-by avec l’attente d’un nouveau gouvernement. Le suspense est intense quant à ce qui arrivera à ce niveau-là. «Je n’ai pas d’inquiétude par rapport à la faisabilité des engagements pris par la FWB», juge Hafida Bachir. «Ce dont j’ai peur, c’est que le fédéral ne suive pas pour compléter le dispositif».

«Il est évident que l’éclatement et la redondance des compétences désagrège l’efficacité des politiques publiques en matière de droits des femmes», acquiesce Sylvie Lausberg. «La volonté doit être mutualisée pour créer un mouvement exponentiel. Et si les ministres des Droits des femmes se retrouvent dans le nouveau gouvernement fédéral, c’est le moment ou jamais de mettre ce nouvel élan dans la déclaration de politique générale. On a les instruments, les personnes et les partis pour porter ce projet. Il manque la traduction de cette politique au fédéral».

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