Les actes islamophobes restent fréquents en Belgique

Les musulmans font parties des plus ciblés par les attaques xénophobes en Belgique. ©Belga-Maxppp
Les musulmans font parties des plus ciblés par les attaques xénophobes en Belgique. ©Belga-Maxppp
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Une famille bruxelloise en vacances en Ardenne a encore été victime d'une attaque islamophobe il y a quelques jours. Selon le Collectif contre l’Islamophobie en Belgique, ce genre de fait arrive encore trop souvent dans notre pays. Leur nombre n'augmente pas énormément d'année en année. Mais il ne diminue pas non plus.


Il y a deux semaines environ, Sanä et sa maman Farida se sont rendues avec le reste de leur famille de Bruxelles vers l’Ardenne, dans le petit hameau de Hierliot (commune de Lierneux), pour le week-end. Dans la nuit du samedi au dimanche, cette petite excursion bucolique est rapidement devenue un véritable cauchemar pour tout le monde.

En effet, trois hommes masqués et menaçants sont entrés par effraction dans leur gîte. Ils ont jeté des abats d’animaux aux pieds des enfants et sont repartis aussi vite, en criant et hurlant, laissant derrière eux des croix ensanglantées sur les voitures de la famille.

« C’était vraiment effrayant, terrifiant », avait témoigné Farida dans les colonnes de La Meuse. « Rien ne semblait les inquiéter. Une façon de faire qui glace le sang de ceux qui assistent sans vraiment savoir ce qui va suivre. Nous n’avons pas pu dormir après cela ».

 « C’est un cas très préoccupant car on soupçonne que les auteurs fassent partie d’une organisation, d’un groupe xénophobe », commente Hajib ElJahjjaji, vice-président du Collectif contre l’Islamophobie en Belgique. En effet, selon les informations de la RTBF, il pourrait s’agir d’une mouvance identitaire ardennaise. « Ce n’est pas la même chose qu’un acte isolé. Dans le dernier rapport de la Sureté de l’Etat il y a quelques jours, un chapitre entier est consacré à ces groupements d’extrême-droite. Ils s’organisent davantage et sont plus aptes à passer à des actes de violence. » En effet, le rapport a révélé que la police surveille actuellement douze groupes différents auxquels près de 2.500 sont liées.

Des centaines de faits signalés

L’attaque de Lierneux est un acte odieux, manifestement islamophobe et prémédité, qui n’est malheureusement pas si rare en Belgique.

En effet, chaque année, ce type de scénario se répète encore et encore. « Nous avons ouvert 80 dossiers pour islamophobie sur 2019 », poursuit le vice-président du CCIB. « 12 d’entre eux étaient des délits de haine : atteinte à l’intégrité physique, apologie du terrorisme… Soit 15% de nos dossiers. »

Des chiffres qui restent assez stable par rapport aux trois dernières années, pas de grande augmentation ni de forte baisse, mais qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

« Certaines personnes discriminées ne disent rien pour conserver leur image, ou n’en parlent qu’à leur famille ou un cercle restreint. Mais dans le dernier rapport d’Unia, on peut ressortir deux chiffres assez importants. Que 9 dossiers « conviction » sur 10 concernent l’Islam. En 2019, cela représentait 290 dossiers, cela fait plus d’un fait islamophobe tous les deux jours. Et à en croire l’Agence Européenne des Droits Fondamentaux, environ 18 à 20% des actes xénophobes seraient rapportés. Nous n’aurons donc connaissance que d’un fait sur 5… » 

Le problème ne touche pas que les musulmans selon Hajib ElJahjjaji. « C’est un enjeu de société global. Les mécanismes de rejets sont les mêmes que pour les femmes, les personnes âgées, les homosexuels, les porteurs de handicap… Ils touchent juste des personnes différentes à des moments différents. »

Comment améliorer les choses ?

Pour le CCIB, pour que la situation évolue, il faut d’abord encourager le dépôt d'une plainte.

« Parfois, la police dissuade la victime de la faire, sous prétexte que l’agresseur n’est pas connu. Nous, on encourage à le faire quand même, pour relever le nombre de cas par région, par zone, ce qui permettra de voir quand il s’agit de cas isolés ou structurés, organisés. »

L’organisation invite chacun à ne pas hésiter à s’imposer lorsqu’on est témoin d’un acte de haine. « Quand une personne tierce intervient lors d’une agression, dans les transports en commun par exemple, cela modifie toujours le rapport de force. Ecouter est aussi important. Il ne faut pas sous-estimer l’impact de ces actions sur les victimes. »

Mais pour le collectif, c’est surtout ces organisations xénophobes qu’il faut surveiller. « Quand le Vlaams Belang est en tête des partis du pays, ce n’est pas innocent. Il y a des mouvements organisés derrière tout cela, qui prônent la haine. Quand leurs activités restent dans le cadre de la loi, on ne peut rien faire. Mais lorsqu’il y a des appels à la violence, une pollution d’incitations à la haine sur les réseaux sociaux, on peut faire quelque chose. Il faut développer une politique spécifique à ces actes, comme ce fut le cas pour les radicalisations. Un jugement exemple de membres de ces groupes pourrait avoir un vrai effet dissuasif. »

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