Les policiers de Bruxelles Nord formés contre le harcèlement de rue : « C’est un bon début »

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À partir de cet automne, les policiers de Schaerbeek, Evere et Saint-Josse-ten-Noode seront sensibilisés au harcèlement et aux insultes sexistes par l’ASBL « Touche pas à ma pote ». La formation va devoir reprendre les notions de base de ce délit pour parvenir à en améliorer la prise en charge.

« C’est le degré zéro du vivre-ensemble : pouvoir évoluer dans l’espace public de manière sereine, sans se sentir insultée ». Béa Ercolini, présidente de l’ASBL « Touche pas à ma pote », se chargera dès le mois d’octobre de donner à environ 300 policiers les deux premiers modules d’une formation qui s’étalera jusqu’à la fin de l’année et dont les ateliers visent à permettre au corps de police de mieux faire appliquer la loi du 22 mai 2014 contre le sexisme dans l’espace public. Et il y a du boulot.

Une initiative de la police

Le projet est né d’une réunion de l’ASBL avec Olivier Slosse, porte-parole de la police de Bruxelles-ville, qui avait soumis l’idée d’une formation barémique, c’est-à-dire qualifiante, contre le sexisme. « Quand on est policier et qu’on suit cette formation, on gagne des points pour progresser dans sa carrière », explique Béa Ercolini. La discussion faisait suite à un premier plan contre le harcèlement de rue mis en place en 2018 par « Touche pas à ma pote » et la ville de Bruxelles, grâce auquel des séances d’information d’une heure trente avaient été proposées aux policiers et gardiens de la paix de Bruxelles-ville. Dans le nord de la capitale, c’est désormais une journée entière qui y sera consacrée.

Vers une meilleure identification du sexisme

L’un des premiers objectifs de cette formation est de sensibiliser les membres de la police à l’existence du problème. « Certains savent qu’il y a une loi sur le sexisme, d’autres ne le savent pas ; certains sont sensibles à cette thématique et d’autres trouvent normal de se faire traiter de salope dans la rue. » Il est aussi essentiel de donner à ces policiers des éléments légaux et pédagogiques leur permettant d’identifier le délit de harcèlement sexiste dans l’espace public. Enfin, la collaboration d’une série de professionnels – dont des juristes issus de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes – a pour objectif de leur apprendre à rédiger un procès-verbal qui pourra être pris en compte par les parquets. Ce dernier point avait fait l’objet d’une demande très claire de la part de Frédéric Dauphin, chef de corps pour la zone de police de Bruxelles Nord.

Des statistiques faussées

En 2016, quatre plaintes seulement avaient été adressées sur base de la loi de 2014. Et pour cause, il peut arriver qu’un policier ne connaisse pas le numéro de référencement du délit d’insulte sexiste et décrive les faits comme relevant de l’attentat à la pudeur ou de voie de fait, ce qui fausse les statistiques et entraine une sous-estimation des cas de harcèlement. « Depuis, les choses ont évolué. On va vers une meilleure connaissance de la problématique, d’autant plus si on aide les fonctionnaires de police à l’écouter et à l’identifier », résume la présidente de l’ASBL.

Un effet boule de neige ?

Béa Ercolini a apprécié l’attitude volontariste de la police, notamment celle de Frédéric Dauphin qui a déclaré vouloir « faire tout ce qu’il peut pour changer les choses ». Est-ce que cette formation d’un jour sera suffisante ? Difficile à dire, car l’expérience est inédite. Mais le programme de 2018, qui avait permis de créer un vrai dialogue dans les équipes, donne espoir. Quant à savoir si ces ateliers pourraient avoir lieu dans d’autres communes, tout dépend de la volonté de ces dernières. « On fonctionne à la demande. La commune de Namur nous a contactés pour obtenir des informations… je pense que ça va faire boule de neige ».

Le harcèlement de rue nous concerne tous. Consultez les conseils du Plan International pour savoir quoi faire si vous êtes témoin de harcèlement sexiste.

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