Biodiversité en Belgique : un bilan moins positif qu’il en a l’air

70% des alouettes des champs ont disparu du pays.
70% des alouettes des champs ont disparu du pays.
Teaser

Après son rapport mondial sur la biodiversité il y a quelques jours, le WWF en publie pour la première fois un à l'échelle de notre pays. Si, en moyenne, la population étudiée augmente légèrement, il existe de fortes disparités selon les espèces et les environnements.

Le WWF publie tous les deux ans son Rapport Planète Vivante, état des lieux de la biodiversité sur l’ensemble de la Terre. Il utilise l’Indice Planète Vivante, un indicateur qui permet de voir d’avoir une vue globale sur 21.000 populations de vertébrés dans le monde. Depuis 1970, elles ont baissé de 68%. Le rapport 2020 est donc plus qu’alarmant.

Mais cette année, le Fonds Mondial pour la Nature publie le même rapport à l'échelle de la Belgique. Une première que l’on doit à 5 organismes qui ont charbonné depuis 2 ans : Natagora, Natuurpunt, l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, la plateforme belge pour la biodiversité , et le WWF évidemment.

« Ce nouveau rapport est un document de référence unique sur lequel les décideurs politiques pourront s’appuyer pour relever leurs ambitions et collaborer avec tous les acteurs de la société, afin de mieux connaître et de mieux protéger notre nature », explique le WWF

Ici, l’IPV est calculé entre 1990 et 2018 en suivant 283 espèces (92 oiseaux, 3 mammifères, 34 sauterelles et criquets, 62 libellules et demoiselles, 6 reptiles, 12 amphibiens et 74 papillons de jour). « La tendance générale de cet index est une augmentation modérée de 0,2 % par an », ce qui indique une infime augmentation des populations, mais surtout une certaine stabilité.

Mais il s’agit évidemment d’une moyenne entre les différentes espèces de vertébrés du pays et leurs différents habitats.

Selon les environnements

En effet, si l’indice global est plutôt positif, selon les écosystèmes analysés il varie énormément. Du côté des zones humides (marais, cours d’eau et eaux stagnantes), où 80 espèces sont étudiées, surtout des libellules, on a noté une augmentation de la faune: environ 1,2% de plus chaque année, soit une hausse moyenne de 47,6%. « La progression des populations de libellules et demoiselles peut être associée d’une part au réchauffement climatique et d’autre part aux efforts de restauration qui ont permis d’améliorer la qualité des eaux de surface et de protéger les mares […]. Cependant, seules 27% des masses d’eau de surface sont actuellement en bon état écologique en Belgique. »

De plus en plus de libellules dans notre pays.

Mais dans les forêts, c’est l’inverse, on note un déclin d’1,1% par an. Une chute de 26,6% en moyenne plus difficile à expliquer. « Le déclin de certains oiseaux ou papillons contraste avec le retour spectaculaire d’espèces emblématiques comme la cigogne noire ou la progression du pic mar. Le changement climatique et les perturbations, comme la sécheresse ou les invasions de scolytes, sont un défi pour les gestionnaires forestiers. »

C’est en zone agricole qu’on a noté la baisse la plus inquiétante. 19 espèces d’oiseaux y étaient suivies. Leurs populations ont baissé de 3,3% par an depuis 1990, soit une moyenne de 60,9%. « Cette chute est associée à l’intensification des pratiques agricoles. L’agriculture intensive nuit à l’environnement par sa contribution à l’eutrophisation et à l’assèchement des sols, l’usage excessif des pesticides et la simplification des paysages. La suppression de divers éléments du maillage écologique met en péril les fleurs sauvages, les insectes et les oiseaux. »

Du côté des animaux, les chiffres sont liés. Ce sont donc chez les oiseaux que le plus d’espèces sont en diminution. A l’inverse, chez les libellules, reines des zones humides, 61% des espèces augmentent.

Quelles solutions ?

Si les conclusions de ce rapport ne sont pas des plus réjouissantes, le WWF en tire tout de même du positif. « Le retour de certaines espèces clés comme le loup, la loutre ou le grand-duc d’Europe est une preuve que les efforts de conservation portent leurs fruits », conclut l’organisme, qui ajoute que la protection de la nature n’est pas profitable qu’à la faune sauvage.

« Cela nous permet aussi de faire face aux défis de la société tels que le changement climatique, la qualité de l’air, l’approvisionnement en nourriture et en eau. Des mesures telles que la protection des dunes du littoral, la création de réserves naturelles ou encore le maillage vert et bleu dans et autour des villes permettent de limiter les risques d’inondations et les conséquences de la sécheresse. »

Selon le rapport, si nous voulons une biodiversité plus riche en Belgique, il faut penser à éduquer la jeunesse sur la nature, mais aussi sur le développement et la consommation durable. Mais que surtout, l’avenir de nos écosystèmes est dans les mains de nos décideurs. « Une approche cohérente suppose avant tout une stratégie coordonnée entre les différents niveaux de pouvoirs qui tiendra compte de tous les avantages que la nature apporte à la société, pour l’économie, la santé, la sécurité ou le tourisme. »

Le WWF, ses partenaires et 70 autres organisations profitent donc de cette publication pour lancer une grande campagne, intitulée #Ensemblepourlabiodiversité, qui propose à chacun des pistes pour contribuer, à sa façon et selon ses moyens, à préserver la richesse naturelle de la Belgique.

Sur le même sujet

Notre Selection