Pesticides interdits : l’hypocrisie de l’Europe

©BELGAIMAGE-167675506
©BELGAIMAGE-167675506
Teaser

Paraquat, dichloroprène, cyanamide... L’utilisation de ces substances très toxiques est interdite dans l’UE. Pourtant, dénoncent les ONG Greenpeace et Public Eye, l’Europe autorise ses entreprises à les exporter massivement vers l’Amérique du Sud, l’Afrique ou l’Asie. Un double jeu auquel prend part la Belgique.

En toute discrétion, l’Union Européenne (UE) autorise ses champions de l’agrochimie à produire et exporter des tonnes de pesticides dont l’utilisation est interdite sur son sol. Et ce, de manière massive : selon une enquête de Greenpeace UK et de l’ONG suisse Public Eye, 81.615 tonnes de pesticides contenant des substances toxiques ont été exportées en 2018 par des sociétés européennes ou opérant depuis l’Europe. « Chaque année, expliquent les deux organisations, des pesticides interdits dans l'UE en raison de leur toxicité avérée sont expédiés depuis le sol européen vers des pays où les réglementations sont plus faibles ». Un « double standard […] inadmissible » pour Michael Fakhri, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, cité par Public Eye. « Si un pays interdit des pesticides en raison de leurs dangers, il ne devrait pas autoriser ses entreprises à les exporter », juge Michael Fakhri.

Parmi une liste de 41 substances interdites, figure notamment le paraquat. Un herbicide extrêmement nocif ; une seule gorgée suffit pour donner la mort. Même à faibles doses, une exposition chronique peut favoriser le développement de la maladie de Parkinson. Selon Greepeace et Public Eye, Syngenta, géant suisse de l’agrochimie, continue pourtant de produire du paraquat dans ses usines du Royaume-Uni, avant de les exporter vers l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique du Sud.

La Belgique 7ème plus gros producteur

Parmi les pays d’où sont exportés le plus de pesticides interdits dans l’UE, le Royaume-Uni arrive largement en tête, suivi par l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, l’Espagne… et la Belgique. Notre pays figure en effet dans le top 7 des plus gros producteurs, avec près de 5.000 tonnes exportées en 2018, principalement de acétochlore et de carbendazime. L’acétochlore est un herbicide, considéré comme cancérogène et répertorié comme perturbateur endocrinien. Il est produit chez nous par filiale de Monsanto (reprise par Bayer en 2018) et Corteva, un géant américain. La carbendazime est un fongicide toxique causant des anomalies congénitales.

Effet boomerang ?

Les exportations de pesticides interdits dans l’UE sont destinées aux États-Unis, au Brésil, à l’Ukraine, au Maroc ou encore au Mexique : 85 pays, principalement émergents, sont concernés. Les agriculteurs locaux, souvent peu informés et moins regardants, courent des risques non négligeables en utilisant ces produits sans protection et/ou sans formation. Et puis, les pays utilisateurs de substances interdites exportent bien souvent à leur tour leur production finale vers l’Europe. Au risque, pour le consommateur européen, de retrouver dans son assiette des résidus ultratoxiques ?

En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) contrôle de manière aléatoire les aliments importés ; ceux-ci doivent répondre à des normes strictes. Sur les quelques 2.900 échantillons analysés en 2018, 98% étaient conformes.

Plus de Actu

Notre Selection